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Zidane, une précocité exceptionnelle...

... et à double tranchant
Le Real Madrid a remporté ce samedi sa onzième Ligue des Champions, en venant à bout de l'Atlético (1-1, 5 t.a.b. à 3) au Stade San Siro. De son banc, c'est Zinédine Zidane qui a mené la Maison Blanche au sacre européen, moins de cinq mois après sa prise de fonction. Cet "exploit" en est-il vraiment un ? Sera-t-il avec ou sans lendemain ?
 
Le sort s'acharne. Comme en 1974 - lorsque Schwarzenbeck avait égalisé dans les derniers instants de la prolongation (1-1) avant que le Bayern ne soit impérial lors du match d'appui (4-0) - et comme en 2014 - lorsque Sergio Ramos avait ramené le Real à hauteur au bout des arrêts de jeu, avant que la prolongation ne tourne au récital (4-1) - l'Atlético a cruellement échoué en finale de la Ligue des Champions. L'ouverture du score litigieuse de Ramos (entachée d'un hors-jeu), l'échec d'Antoine Griezmann sur pénalty, le tir au but de Juanfran qui ricoche sur le poteau de Keylor Navas : une fois de plus rien n'a tourné en faveur des Colchoneros, alors que la Coupe aux grandes oreilles était à portée de main. 

Lui, par contre, semble touché par la grâce. Zinédine Zidane est à la tête du Real Madrid depuis janvier dernier, en remplacement de Rafael Benitez. Il n'a rien révolutionné. Il a pourtant tout changé. 

Une empreinte tactique discutable, voire inexistante 

Témoin de ce changement par la continuité : Casemiro est l'une des clés tactiques des succès signés ZZ. Mais ce choix a été dicté autant par les circonstances que par une inspiration de génie, et Benitez comptait déjà sur le Brésilien de 24 ans. Il souhaitait en faire un homme de base de son système.Surtout, cette pièce maîtresse n'est pas le garant d'un jeu attrayant. L'entraîneur français s'inscrit dans la ligne directrice de son prédécesseur, mais ses résultats sont meilleurs (le Real a pris un point de plus que le Barça, en jouant pourtant un match de moins, et six que l'Atlético, depuis son intronisation) et l'enthousiasme qu'ils suscitent est sans commune mesure : aux yeux de son groupe et dans les médias, Zidane jouit d'une véritable aura. 

Une aura incomparable  

Entre Bénitez et les stars du vestiaire madrilène, ça ne collait pas. Entre Zizou et celles-ci, tout va. Comme si l'ego surdimensionné d'un Cristiano Ronaldo trouvait à qui parler face à la place qu'occupe l'ancien numéro 10 de l'équipe de France dans l'Histoire de son sport. 

Cristiano Ronaldo et Zidane, complices après l'obtention de la onzième c1 du Real

L'élégant Zinédine surfe encore sur le crédit de son talent technique, sur son image de joueur légendaire. Il participe aux échauffements comme très peu (si ce n'est aucun) de ses homologues ne pourrai(en)t le faire (voir tweet ci-dessous). 


Son travail en interne, difficile à estimer, semble particulièrement efficace. Car être un astre encore plus brillant que son effectif, constellation de grands noms, pouvait aussi créer des tensions. 
Un management remarquable 
Il a réussi à être présent sans être omnipotent. Inculquant de la confiance à son groupe. Parvenir à attirer autant la lumière que ses joueurs - quand leur CV est tel - est un luxe que peu peuvent se permettre. Il a instauré un équilibre quasiment inédit entre la pression qui reposait sur ses épaules et celle qui pesait sur ses hommes. Tous à l'unisson derrière lui, comme l'illustrent les propos de Cristiano Ronaldo, juste après l'obtention de la undécima : "c'est aussi pour Zidane. Il le mérite.
Mais au-delà des discours, c'est l'investissement des remplaçants (James Rodriguez notamment), lors de leurs entrées, qui témoigne de cette unanimité. 
Une consécration express...  
4 mois et 24 jours. C'est le temps qu'il a fallu à Zidane pour soulever la Coupe aux grandes oreilles en tant qu'entraîneur principal d'une équipe première. Prodigieux ? La performance est notable et fait penser à celle de Roberto Di Matteo, qui avait piloté le premier sacre continental de Chelsea, en 2012. A plusieurs exceptions près. Le coach italien avait pris les rênes de l'équipe plus tard (en mars), avait déjà entraîné à haut niveau (West Bromwich Albion) et, surtout, avait modifié plus concrètement le visage des Blues en misant sur des hommes d'expérience (Terry, Lampard, Drogba) bien plus que ne le faisait André Villas-Boas, dont il était l'adjoint jusqu'à son remerciement. 
Il avait pris en main une formation au bord du précipice en c1 (défaite 3-1 à Naples en 1/8e de finale aller...) avant de la maintenir en vie (... suivi d'une victoire 4-1 à Stamford Bridge a.p.) et de la porter au sommet (finale remportée face au Bayern, 1-1, 4 t.a.b. à 3). 
... mais partagée
Le parallèle est très imparfait, car c'est bien le Real de Benitez, et non celui de Zidane, qui a terminé premier de son groupe, s'ouvrant une voie qui s'avérera plus clémente - à défaut d'être royale - que celle de l'Atlético jusqu'à la finale (les Colchoneros ont notamment eu raison du Barça et du Bayern, le Real trouvant sur sa route Wolfsburg et Manchester City à partir des quarts de finale). Le couronnement de Zidane est donc en cela incomplet, ou en tout cas partagé. 
 
 
 
Benitez a mené le Real à la 1ère place du Gr A (c1)
 

C'est ainsi que la durée de son mandat est paradoxale. A partir de quand le peu de temps passé à la tête d'une équipe, en l'occurrence prise en cours de route, pour atteindre un objectif, fait passer une performance de l'exploit à l'opportunisme : quand s'opère le basculement ? Si Zidane s'était emparé  du leadership à partir des quarts, des demies... de la finale, sa performance s'en serait-elle vue magnifiée ou altérée ? 

Déjà au panthéon. Pas sans interrogations 
Cette question mérite d'être posée - ne serait-ce que pour rester modéré sur son avenir dans ce métier, qu'il découvre - sans pour autant y voir le dénigrement du travail effectué par Zidane. Il est le deuxième footballeur à avoir remporté au moins un Ballon d'Or ainsi que la Ligue des Champions en tant que joueur et en tant que coach (après Johan Cruyff). C'est grand. Il vient d'être partie prenante des trois derniers sacres continentaux du club au palmarès le plus prestigieux d'Europe (joueur, décisif, en 2002, adjoint en 2014 et figure de proue que l'on vient d'évoquer en 2016). C'est gigantesque.
Impossible de le nier : oui, les premiers pas de Zinédine Zidane en tant qu'entraîneur principal du Real Madrid sont une réussite. Une immense réussite.
Mais ce que l'on peut en augurer est d'une infinie ambivalence. 

Simon Farvacque