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Le Celta de Vigo, taillé pour durer ?

Le Celta de Vigo, taillé pour durer ?


L’équipe du Celta de Vigo, qui affronte aujourd’hui (samedi 24 octobre, 16h) le Real Madrid, réalise un début de Liga BBVA détonnant. Après huit journées, les Galiciens, toujours invaincus, présentent le remarquable bilan de cinq victoires et trois matchs nuls, et pointent à la deuxième place du classement, avec le même nombre de points que leur adversaire du jour, leader contesté. Leurs trois premiers affrontements face à des formations ayant terminé parmi les six premières lors du dernier exercice, se sont soldés par des succès (dont l’un, retentissant, face au FC Barcelone). Qu’en sera-t-il du quatrième, face au vice-champion d’Espagne madrilène ? Cette entame convaincante du Celta, se concrétisera-t-elle sur le long terme ? Eléments de réponse.

 

En quatre-vingt-douze années d’existence, le Celta de Vigo n’a jamais remporté le championnat d’Espagne, ni aucune autre compétition dite « majeure ». Bien qu’il ait connu des périodes de mise en lumière partielle (notamment à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci), il n’a jamais su se muer durablement en l’une des étoiles de la péninsule ibérique.

Une trajectoire ascendante depuis sept ans 

Ainsi, pour le club galicien, le retour à l’anonymat de la seconde division (à l’issue de la saison 2006-2007) n’avait rien d’un évènement et pouvait marquer le début d’une ère austère. Bien au contraire, cette descente précède de peu le point de départ d’une graduelle évolution positive, qui mène aujourd’hui l’équipe de Vigo à ce fragile statut de dauphin (voir schéma suivant, illustrant le classement son classement, à la fin de chaque saison, depuis 2007.08).



Le visage radieux qu’affiche le Celta depuis quelques semaines s’inscrit donc dans une cohérence au long cours, et n’est pas seulement la résultante d’une conjoncture avantageuse. Sur quels piliers repose cette réussite récente ?

Tandis que sa défense « correcte » est parfois friable (8 buts encaissés, 7e meilleur total), le deuxième du championnat excelle dans le domaine offensif (deuxième « attaque » de Liga, avec 17 buts en 8 matchs – soit 2.1/rencontres). Symbole de cette productivité ? Manuel Agudo Durán dit Nolito.

L’ancien pensionnaire du Barça (un but en cinq matchs avec l’équipe première, en 2010-11) a déjà scoré à six reprises, réalisant notamment une performance majuscule face aux Blaugranas (1 but et 2 passes décisives, adressées à un Iago Aspas intenable).

A l’occasion de ce récital, il ne fut pas le seul à « tuer le père ».

L’héritage discutable laissé par Luis Enrique

C’est tout le Celta qui a perpétré son crime parricide, satisfaisant son complexe œdipien, en jouant un mauvais tour à l’un des acteurs majeurs de son redressement : Luis Enrique, coach d’une équipe barcelonaise défaite 4-1 (voir vidéo). En effet, le technicien espagnol avait impulsé l’ascension galicienne, en 2013-14, permettant à Vigo de goûter de nouveau à la première moitié de tableau (9e). Que reste-t-il de son passage au club (treize joueurs présents dans l’effectif à l’entame de l’exercice qu’il a dirigé, le sont encore aujourd’hui, dont notamment Nolito, Orellana ou encore Cabral) ?

Si l’identité de jeu prônée par cet amoureux de la possession de balle, dans la pure tradition de l’institution catalane, ne semble pas ancrée dans l’ADN du Celta version 2015-16, telle une trace indélébile, elle ne s'est pas totalement étiolée. Par exemple, ce match charnière (5e journée) a été remporté grâce à des contres rondement menés, et non par le biais d’une maîtrise des débats par le contrôle du rythme de la partie... mais en adoptant une vision plus globale, la ressemblance se perçoit : avec 59.7% de possession en moyenne, le Celta se classe deuxième de Liga dans ce domaine, derrière le Barça. Au rang des similitudes, figure également l’importance d’un pressing constant (directement à l’origine du second but), qui s’impose comme un trait d’union.

https://www.beinsports.com/france/football/video/liga-celta-vigo-4-1-fc-barcelone/101911

Une des autres victoires notables du Celta, acquise le week-end dernier (18 octobre) sur le terrain de Villarreal, le fut cette fois via des frappes lointaines. Actions qui résonnent plus souvent comme l’un des manquements du fameux « jeu à la barcelonaise » – parfois critiqué pour son risque de stérilité (fustigé par le surnom de « passe à dix ») – que comme l’une de ses vertus. Pas de "copier-coller" donc, mais une sorte de filiation par l'amélioration.

https://www.youtube.com/watch?v=Xp4qwWD5GQ0

Le Celta de Vigo est maintenant cornaqué depuis plus d’un an par Eduardo Berizzo. Ce dernier prône un jeu construit et ambitieux : il inculque au club ses propres principes et a participé à la poursuite de sa croissance, par la réédition d’un bon classement (8e), dès l’année passée, avant, peut-être de lui permettre de franchir un cap cette saison, si tant est que son démarrage en trombe ne soit pas qu’un feu de paille. Le fait que l’attaque tienne l’équipe à flot après huit matchs n’augure pas de grandes perspectives d’avenir quant à la pérennisation de cet état « second ». Ainsi, en 2013-14, c’est en marquant 23 et 27 buts de moins que le Barça (2e) et le Real (1er), mais en s’appuyant sur un socle défensif ultrasolide (26 buts encaissés contre, respectivement, 33 et 37) que l’Atlético a dompté les deux ogres qui étaient à ses trousses. Idem en 2011-12, lorsque Montpellier avait conquis la Ligue 1, c’était en marquant (68) moins que le PSG (2e, 75) et, dans une moindre mesure, le LOSC (3e, 72), tout en faisant preuve d’une plus grande imperméabilité (34 buts à déplorer, contre 41 pour la Ville Lumière et 39 pour la Capitale des Flandres). Aux Galiciens de déjouer les pronostics et de démontrer que les surprises, pour durer, ne doivent pas nécessairement passer par un jeu restrictif (la renaissance de Dortmund, conjuguée avec « durabilité », malgré la parenthèse difficile traversée il y a peu, l’illustrant dans un registre particulier –reposant sur un modèle économique très bien rodé). 

Un championnat toujours "à deux vitesses" ?

Le choc face au Real (opposition entre les deux dernières formations invaincues en Liga), rendra au sujet de cette hypothèse un premier verdict… qui n’aura rien d’irrémédiable.  

En effet, en cas de relatif coup d’arrêt comme en cas de poursuite de cette dynamique vertueuse, le Celta de Vigo conservera des arguments de poids, et une certaine légitimé, à l’heure de candidater à une place dans les cinq premiers de la Liga.

Une Liga qui semble se démocratiser depuis que l’Atlético a prouvé – en s’imposant il y a deux saisons – qu’avec une régulière progression, il était possible de tenir tête au duo Real-Barça (qui a phagocyté dix des onze derniers titres de champion) et de s’émanciper de sa bicéphale domination.

Simon Farvacque

Sources :

http://www.celtavigo.net/en/

http://www.les-sports.info/football-championnat-d-espagne-primera-division-2015-2016-resultats-eprd63561.html

http://www.les-sports.info/football-espagne-division-2-liga-adelante-presentation-palmares-sup2542.html

http://www.marca.com/estadisticas/futbol/primera/

http://www.lequipe.fr/Football/FootballFicheJoueur37411.html
http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Les-bonnes-recettes-du-celta-vigo/600751?utm_medium=&utm_source=Facebook&utm_campaign=echobox&utm_term=Autofeed&link_time=1445671591#xtor=CS1-11

Publié le 24.10.2015