Tweets sur sporthinker
Sporthinker
Un rendez-vous hebdomadaire pour tous les passionnés de sport.

Top 14, la fin d'une époque

L’USAP et le BO, ex-champions en perdition, cas isolés ou révolution ?
 
    De 1992 à 2013 aucun club n’a réussi l’ « exploit » de remporter le bouclier de Brennus puis de connaître une relégation. Ainsi, en neuf ans d’existence, jamais le Top 14, jusqu’à cette saison, n’avait été quitté par l’un de ses champions. Or cette année, ce sont deux de ses anciens vainqueurs qui s’en voient boutés et descendent à l’étage inférieur. De plus, l’USAP et le BO, les ex-souverains exilés, croiseront dans l’ascenseur un LOU* aux dents acérées qui représente une ville, Lyon, autrement plus peuplée. Alors assistons-nous seulement au crépuscule de deux puissances hexagonales de l’ovalie ou leur chute est-elle révélatrice d’une tendance plus globale dans l’évolution du rugby ?
C’est officiel. L’USAP et le BO sont relégués. Sans être un cataclysme pour la France du rugby, cette nouvelle n’est pas anodine. C’est même un petit événement. Car bien qu’abonnés au ventre mou et non plus aux sommets depuis quelques saisons (ni Biarritz ni Perpignan n’ont su se hisser dans le dernier carré du Top 14 depuis quatre ans), ces deux
clubs restent des acteurs majeurs du rugby français des dix dernières années.
En 2010, le BO bataillait encore face au Stade Toulousain pour conquérir l’Europe (défaite 21-19 en finale de H Cup), et l’USAP affrontait Clermont pour conserver son précieux bouclier de Brennus (défaite 19-6 en finale de Top 14). Alors, comment en sont-ils arrivés là
aujourd’hui ?

Biarritz, un cycle qui s’achève, une équipe à reconstruire
 
Le BO, avec son effectif vieillissant et un renouvellement de ses cadres quasiment inexistant, paraissait destiné à sombrer au fil du temps. Les figures de ses succès, plus
ou moins récents, sont aujourd’hui celles de son échec cuisant : Harinordoquy, Yachvili, Peyrelongue, Traille, tous au club depuis au moins 10 ans, ont ainsi connu la joie des titres nationaux (2002, 2005, 2006) et les vertiges des finales continentales (2006 et 2010), avant de vivre l’humiliante relégation de cette année. Parmi ces quatre joueurs emblématiques, seul le premier cité reste évasif sur son avenir et les trois autres quittent enfin le navire.
A partir de la saison prochaine, c’est donc avec un effectif renouvelé que le BO va tenter de se reconstruire en Pro D2 suite à une rétrogradation, certes brutale, mais relativement
prévisible. Le club biarrot peut compter sur un centre de formation performant, avec notamment de jeunes prometteurs au poste de flanker : Molcard et Guyot (d’abord passé par le Stade Français). Par contre, un de leurs joueurs les plus en vue cette saison, le
talentueux ¾ polyvalent, Teddy Thomas, ne devrait pas être de cette renaissance
(il s’est engagé en faveur du Racing Metro 92).
Le BO a tant souffert pour tourner la page de son glorieux début de siècle (Thion ou encore August n’ont quitté le club qu’à l’issue de la saison passée), il est aujourd’hui contraint
de le faire. Défense la plus perméable, attaque la moins prolifique et dernière presque de bout en bout, l’équipe biarrote, derrière les discours de façade, se prépare déjà depuis plusieurs mois à se relever de cette chute presque programmée.

Tout le contraire de son compagnon de galère.

Perpignan : si belle fût la reconquête, si terrible est la chute
Reléguable pour la première fois au soir de l’avant-dernière journée, encore en position de se sauver à 10 minutes du dénouement de la saison, l’équipe perpignanaise vit une dégringolade encore plus tragique et douloureuse. 
Depuis qu’elle y avait accédé en 1911, jamais l’USAP n’avait quitté la première division. Si le club brillait ainsi par sa longévité, il connut entre 1955 et 2009, une longue période de
disette en ne remportant aucun titre de champion de France durant 54 ans.  
Mais en clôture de l’exercice 2008/09, les perpignanais viennent à bout de clermontois décidément maudits. L’homme de la finale, Jerôme Porical héritier d’une famille dans laquelle porter le maillot catalan est une tradition, offre à son père le trophée qu’il
n’avait jamais su gagner. Immense fierté pour ce jeune joueur, qui déclarera peu après la consécration : « Je pense à mon grand-père, à mon père surtout […] il y a une petite part du Brennus qui est pour lui. ». Parfois, que l’Histoire est belle.

Finaliste l’année suivante, chroniquement absent des phases finales depuis, l’USAP réalise pourtant un début de saison 2013/14 convainquant, se classant 5e en octobre, au bout de 10
journées. Mais le mois de novembre se soldera par cinq défaites en cinq matchs. Le début du cauchemar. En Décembre, Camille Lopez, jeune ouvreur fraîchement international
français, se blesse gravement au genou, lors d’une déroute sur le terrain du Munster (36-8) en H Cup. Saison terminée.
 
Alors que, paradoxalement la blessure de Dan Carter, recrue star de la saison 2008/09, avait semblé être un des actes fondateurs du titre qui avait suivi, celle de Camille Lopez, paraît être une des principales raisons de la relégation du club catalan. Ajoutez à cela la blessure de Sofiane Guitoune, en janvier, à nouveau sur la scène européenne et elle aussi synonyme de vacances prématurées… et le cercle vicieux est définitivement enclenché. Finalement, c'est sur le terrain de sa victime de 2009: Clermont, et, ultime clin d’œil  du
destin, 100 ans jour pour jour, après avoir remporté son premier titre de champion, que l’USAP entérine sa première relégation. Parfois, que l’Histoire est cruelle.
Un tournant … seulement pour ces deux clubs ?
 
Pour ces deux clubs, aux trajectoires récentes relativement similaires mais dont les raisons du déclin diffèrent, les années à venir vont être charnières, car si leur retour au premier plan ne se fait pas immédiatement, il pourrait devenir utopique très rapidement. En 2004/05,  par exemple, Béziers (11 fois champion de France entre 1961 et 1984) quitte l’élite et rejoint la Pro D2, participant ensuite à deux phases finales d’accession consécutives sans succès l’équipe termine la saison 2007/08 à la dernière place du championnat et est relégué en fédérale 1. A l’issue de la saison 2010/11 le club biterrois remonte dans l’antichambre du Top 14, mais y végète depuis. Le passé et le pedigree sont une chose, mais ils ne permettent pas d’être au-dessus des lois et ne garantissent pas le rebond immédiat.
Plus globalement, outres les propres préoccupations de Perpignan et de Biarritz, qu’est-ce que cette double-relégation traduit-elle ?

Comme le veut la célèbre maxime de Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », si l’USAP et le BO quittent les hautes sphères du Top 14 c’est que d’autres clubs y prennent place. En l’occurrence ce sont le Racing Metro 92 et le Montpellier Hérault Rugby qui semblent les suppléer dans la hiérarchie. Deux clubs qui, outre le fait de jouer (pour l’instant) dans un stade qui porte le même nom, présentent la particularité d’être à la tête d’une assez grande population. 
 
Ainsi le RM 92, a fait renaître de ses cendres le mythique Racing Club de France, en tant que club des Hauts-de-Seine, et le MHR est l’équipe fanion d’une des plus grandes villes du pays, qui se veut particulièrement sportive.
Poursuite et intensification de la « métropolisation » 

Preuve que la « métropolisation » du rugby en France s’intensifie (car elle ne date pas d’aujourd’hui) : L’année prochaine, cinq des dix plus grandes agglomérations françaises en nombre d’habitants, (Montpellier, Bordeaux, Toulouse, Lyon et Paris), seront représentées en Top 14 (cela avait déjà été le cas en 2011/12) alors qu’elles étaient seulement trois
lors de la première édition de la compétition, en 2005. De plus, à cette époque le MHR avait fini à une modeste 11e place, et seuls les deux Stades (Toulousain et Français) étaient de sérieux candidats au titre. Alors que cette saison les cinq représentants de grandes métropoles (en comptant le club francilien) _ le MHR et le RM92, mais aussi l’Union Bordeaux-Bègles, le Stade Toulousain et le Stade Français_ ont tous fini dans les 8 premiers.

Ce phénomène, accompagné par une désuétude du rugby de clocher, encore très
relative (comme le maintien d’Oyonnax en atteste), s’exprime aussi dans le monde fédéral, où Lille par exemple construit un projet d’avenir intéressant avec pour objectif à moyen terme l’élite du rugby nationale. Cependant, sur cet objectif ambitieux, bon nombre se sont cassés les dents : Saint-Etienne ou encore Marseille, et son coup-Marketing : Jonah Lomu, rattrapés par la patrouille et administrativement rétrogradés de la Fédérale 1 à la
Fédérale 3, n’ont pas encore troqué le ballon rond pour son homologue ovale.

Mais le rugby devrait, avec le temps, continuer de se rapprocher des grandes villes, tant sa crise de croissance des vingt dernières années et son fol espoir de conserver son identité semblent se heurter à leur incompatibilité.

Certes Biarritz, et surtout Perpignan n’ont rien du petit patelin du coin, et une descente d’Oyonnax aurait paru plus représentative de cette tendance globale à l’urbanisation. Mais paradoxalement, leur relégation peut aussi s’interpréter comme un facteur amplificateur de
cette évolution. Car ce sont deux anciens vainqueurs qui quittent les lieux de leurs exploits, et jusqu’à la victoire castraise de l’an dernier, Perpignan et Biarritz étaient les deux plus petites communes à s’être octroyées le bouclier de Brennus depuis que le rugby s’est
professionnalisé, en 1995. De plus, le LOU, l’un de leurs suppléants, qui représente un bien plus grand bassin de population, ne rejoint pas l’élite sans ambition.

Alors, le phénomène de « métropolisation » du rugby hexagonal, en l’occurrence du Top 14, qui concernait jusqu’à présent l’ensemble des participants, mais surtout les seconds rôles et les figurants, va-t-il continuer de s’étendre aux potentiels gagnants ?

*USAP : Union Sportive Arlequins Perpignanais / BO : Biarritz Olympique / LOU : Lyon Olympique Universitaire
 FARVACQUE Simon
http://www.sudouest.fr/2014/04/19/la-fin-des-dinosaures-1530444-8.php
http://www.bfmtv.com/sport/top-14-perpignan-affronte-peur-vie-766511.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Championnat_de_France_de_rugby_%C3%A0_XV_2013-2014#10e_journ.C3.A9e
Publié le 03/05/14