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Grégory Baugé, une œuvre à parachever

 

Il a connu l’ivresse de la domination sans partage et les vertiges des titres intercontinentaux. Il doit aujourd’hui se contenter, sobrement, de la course aux accessits et de la simple satisfaction des podiums nationaux. Grégory Baugé n’est plus l’invincible sprinteur qu’il a été, mais il ne cache pas son ambition : reconquérir ses galons de maître de la vitesse sur piste et glaner le seul titre majeur qui manque à son imposant palmarès, celui de champion olympique.

 
Les Championnats de France de cyclisme sur piste 2014 (2-5 octobre) se sont achevés sans que Grégory Baugé n’y décroche la moindre médaille d’or. Métal auquel il n’a d’ailleurs plus goutté depuis plus de deux ans. Sur cette période, le spectaculaire avènement de François Pervis _ triple Champion du Monde cette année (keirin, kilomètre et vitesse) après une première consécration internationale la saison précédente (déjà titré sur le kilomètre) _ l’a condamné à pédaler au second plan. En effet, les courbes que dessinent les carrières des deux hommes sont diamétralement opposées : quand l’une, celle de Pervis, ne cesse de s’élever, l’autre, celle de Baugé, parait encline à perpétuellement décliner.

 

Seulement, à l’occasion de la compétition de vitesse des Championnats de France, Grégory Baugé vient de remporter leur duel, tant attendu, avec pour enjeu, bien moins prévu, d’être tout de bronze vêtu(Quentin Lafargue décrochant l’or). Peut-il, à son tour, inverser la hiérarchie et redevenir l’insatiable ogre qu’il fut ? Retour sur cette époque, pas si lointaine, qui le voyait réduire la concurrence au rang de faire-valoir.

Les années fastes

En 2008, le Britannique Chris Hoy _ qui, jusqu’ici, brillait surtout en vitesse par équipe et dans l’exercice du kilomètre (quadruple Champion du Monde de la discipline entre 2002 et 2007) _ s’impose comme le roi de la vitesse individuelle. Doublement médaillé d’or, aux Mondiaux et aux JO, dans ce domaine (mais aussi en keirin), il met ainsi fin au règne de Théo Bos qui avait décroché la distinction mondiale en 2004, 2006 et 2007.

Dans ces conditions, à l’approche du grand rendez-vous international de 2009, la blessure de Hoy et le passage sur route de Théo Bos (aujourd’hui membre de l’ambitieuse équipe sud-africaine MTN-Qhubeka), entrouvrent la porte à l’émergence d’un nouveau patron. Cette occasion, c’est Grégory Baugé qui va la saisir. Triple tenant du titre par équipe (associé à Arnaud Tournant et Mickaël Bourgain) il décroche son premier trophée de Champion du Monde de vitesse individuelle, venant notamment à bout de Kévin Sireau, autre grand espoir français, en demi-finale.

En 2010, triomphant de Shane Perkins, puis en 2011, s’imposant devant Jason Kenny, il conserve son sésame et confirme son emprise sur ses adversaires. Il est alors au sommet de son art et de sa discipline.

La première fausse note de la parfaite partition que récite alors Grégory Baugé, ce n’est pas sur scène qu’il va la jouer. Il l’a en fait déjà effectuée.

« No show », premier accroc

Contextualisation : le suivi longitudinal, instauré par l’AMA (Agence Mondiale Antidopage), s’applique à certains sportifs choisis par leur fédération comme appartenant à un « groupe-cible » (Grégory Baugé en fait partie) et leur impose d’être contrôlables chaque jour. Pour cela ils remplissent par internet un calendrier de géolocalisation, rendant ainsi compte de leur présence à leur domicile fixe ou dans un tout autre endroit, qu’il leur est alors demandé d’identifier.

Ils ne sont pas soumis au respect d’un emploi du temps quotidien précis mais doivent être sur le fameux lieu annoncé au moins une heure par jour. Heure qu’ils définissent eux-mêmes mais doivent scrupuleusement respecter ! Ainsi, en cas de contrôle inopiné manqué par négligence, ou même d’erreur/d’absence de localisation avérée, les sportifs concernés reçoivent un avertissement et peuvent être sanctionnés s’ils en comptent trois en dix-huit mois.

En janvier 2012 l’annonce est officielle : pour un contrôle antidopage manqué et deux « no-show » (défaut de localisation), donc trois manquements à ses obligations, Baugé est privé des titres qu’il  avait conquis l’année passée. Si cette sanction est rétroactive, c’est en raison de lenteurs administratives : la suspension de Baugé étant actée... seulement à l’heure où elle était censée s’achever. 

Aucune interdiction de participer à des compétitions donc, mais la perte des médailles d’or des Mondiaux 2011, en vitesse individuelle et par équipe (privant ainsi également ses deux coéquipiers de l’époque _ Kévin Sireau et Michaël D’Almeida_ de leur titre),  est un vrai coup dur pour le pistard français.

Reconquête mondiale et échec olympique

C’est donc en challenger, aux yeux des palmarès, qu’il se présente en vitesse face à Jason Kenny, l’officiel détenteur du titre, lors des Championnats du Monde 2012.

Atteint dans sa fierté, piqué au vif par les soupçons (que génère tout affaire ayant rapport avec l’AMA), Baugé ramène Kenny à la raison. Mais si cette mise au point était nécessaire aux yeux d’un tel champion, elle n’était pas l’objectif principal de sa saison.

Revenu bredouille des JO de Pékin 2008 (en individuel) quand il n’était pas encore un cycliste de si grande envergure, il ne pense alors qu’à décrocher l’or sur les terres de son principal rival à l’occasion des Jeux  londoniens. A quelques jours de la compétition il se veut confiant, ne manquant pas de rappeler les circonstances de ses pseudos échecs passés et l’ascendant qu’il possède sur son plus sérieux concurrent : « Kenny est champion du monde 2011 sur tapis vert, vice-champion du monde 2012. C’est quelqu’un de très fort. Il a été vice-champion olympique à Pékin. Toutefois, je pense avoir un ascendant sur lui car il ne m’a jamais battu ».

Seulement ce dernier lui infligera sa première défaite au pire des moments... en finale olympique. Résultat identique par équipe, encore accompagné de Sireau et D’Almeida, Baugé se contente donc deux fois de l’argent quand Kenny se pare d’or, seul et avec ses camarades Hindes et Hoy. Ce même Chris Hoy remporte le keirin et la victoire de l’attelage britannique, en poursuite par équipe, confirme l’hégémonie du pays hôte (qui laissera échapper l’omnium au profit du Danois Lasse Norman Hansen). Hégémonie qui suscitera une certaine polémique, au sujet du matériel utilisé par les pistards de l’équipe de Grande-Bretagne, soupçonné exagérément plus performant que celui de leurs adversaires.

Le temps des questions

Mais cette remise en question de l’équité sportive n’est pas la seule préoccupation de Grégory Baugé. C’est sur sa propre capacité à se relever de cette déception qu’il s’interroge : quels objectifs doit-il dorénavant se fixer ? Ayant déjà évoqué l’hypothèse d’une reconversion dans le sprint... en athlétisme, doit-il se trouver de nouveau défi ?

Le sacre olympique fini par s’imposer comme but ultime à ses yeux et il décide d’aborder très différemment l’événement, déclarant fin 2012 : « J'en suis déjà à dix ans de haut niveau. Repartir pour quatre ans c'est un peu dur. C'est pour ça que je lève un peu le pied sur cette année 2013 ».

Son déclin est donc à relativiser car, si ce n’est voulu, il est en partie contrôlé... en partie seulement, car handicapé par une blessure au psoas en 2013, il peine à retrouver  ses sensations et son âge (30 ans en janvier prochain) ne plaide pas en sa faveur.

Disqualifié au départ d’un relais lors d’une épreuve de Coupe du Monde en début d’année 2014, il faisait part de ses difficultés physiques... comme mentales « Le kiné et l'entraîneur me disent que c'est normal, que je ne pouvais pas revenir directement au top, mais moi je me vois toujours comme le numéro un, donc c'est dur à encaisser. » tout en rappelant que sa démarche n’avait (et n’a toujours) qu’une seule finalité « Mon grand objectif ce sont les JO. Je préfère donc me tromper maintenant qu'en 2016. ».

Lors des prochains Championnat d’Europe (15-19 octobre) il s’exprimera en tant que leader de l’équipe de France (en l’absence de Pervis), sur des terres qui lui sont chères, en Guadeloupe (dont il est originaire). Une nouvelle étape dans son retour vers les sommets, un pas de plus en direction du dernier Mont qu’il lui reste à gravir.

L’Olympe en ligne de mire

En 2012, brutalement rattrapé par une cruelle sanction rétroactive, alors qu’il planait au-dessus de sa discipline, Grégory Baugé avait vite réagi en reconquérant le titre dont il avait été postérieurement déchu ... mais quelques mois plus tard, ses décevantes médailles d’argent aux JO de Londres marquèrent un tournant bien plus marquant dans sa carrière.

Après avoir mis un certain temps à se remettre de ce camouflet, il cherche aujourd’hui à reprendre son envol. Blessé dans son amour propre, touché dans son orgueil, il peut trouver dans cette situation une nouvelle motivation. En effet, s’ils peuvent faiblir au gré de la lassitude que leur procure  leur constante domination, le défi de la résurrection est parfois le meilleur moteur pour pousser les champions à ne jamais laisser l’usure du temps venir à bout de leur passion.

Ainsi, Grégory Baugé, en puisant dans son sentiment d’injustice et sa soif de revanche la force d’obtenir la consécration olympique qui manque encore à son palmarès, déjà bien garni, pourrait s’offrir une place de choix parmi les plus grands sportifs de son pays et faire de sa carrière une épopée aboutie.

Farvacque Simon

Sources :

http://www.francetvsport.fr/cyclisme/gregory-bauge-conduira-les-bleus-aux-championnats-d-europe-247789

http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-piste/Actualites/Bauge-dur-a-encaisser/433127 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chris_Hoy

http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-piste/Actualites/Bauge-une-bonne-journee/504067

http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/02/25/en-france-nous-ne-sommes-pas-assez-pro_1836561_3242.html

http://wtfru.fr/no-show-pas-vu-mais-pris/#

http://rmcsport.bfmtv.com/cyclisme/bauge-n-a-toujours-pas-digere-285904.html

http://www.sportquick.com/actualite/Cyclisme-FRA-piste-MOND-sport#.VDbvTxZMzBY

Publié le 11/10/14