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Peter Sagan, terreur tout terrain


                  Double tenant du maillot vert du Tour de France, le slovaque Peter Sagan semble destiné à s’en parer chaque année, tant qu’il l’aura décidé. Mais plus encore que par sa mainmise sur ladite tunique il se caractérise par sa capacité à s’imposer sur tout type de parcours, ou presque. Cet ou presque modérateur le sépare encore des plus Grands coureurs. Mais pour combien de temps ?
Depuis le début de la saison 2011, soit sur l'ensemble des trois dernières années, Peter Sagan domine le circuit World Tour au nombre de victoires (23), devançant Cavendish, roi des sprinteurs (21) et Rodriguez maître-puncheur (18). Il n'est pourtant pas supérieur à ces deux coureurs dans leurs domaines de prédilection respectifs, mais il les concurrence chacun sur leur terrain. Cette polyvalence offre à Peter Sagan des perspectives futures si vastes qu'il risque de s'y perdre. 
Capable de s’imposer dans le Tour de Suisse 2011, une fois devant Matthew Goss (excellent sprinteur) et une autre devant Damiano Cunego (vainqueur du Giro, certes en 2004), puis peu de temps après, de remporter le tour de Pologne, malgré une étape de moyenne montagne durant laquelle il a assumé, seul, le poids de la course. Peter Sagan, 24 ans cette année, s’est tout de suite imposé comme un coureur exceptionnel de précocité.
Mais s’il fait tant parler c’est aussi en raison de sa personnalité.

Un personnage facétieux
 
Car bien que routier-sprinter, il aime autant franchir seul la ligne d’arrivée, qu’imposer sa puissance dans un emballage final. Des victoires en solitaire, attestant de son panache, mais qui lui donnent surtout l’occasion de faire preuve d’une débordante imagination.
En effet ses nombreux succès permettent à Sagan de nous gratifier de célébrations diverses et variées
(allant de l’imitation de Hulk, à celle de Forrest Gump). Si l’on ne devait lui en associer qu’une d’entre-elles : ce serait son fameux wheeling 1, véritable marque de fabrique de ce funambule des routes.
 
Mais ses facéties ne s’arrêtent pas forcément une fois l’ère d’arrivée quittée. Son goût du spectacle, parfois interprété comme une touche d’arrogance, dépasse le cadre de la course.
L’an dernier il a ainsi créé la polémique suite à sa deuxième place sur le Tour des Flandres, derrière un Cancellara intouchable. Il s’était permis d’infliger une main aux fesses 2 à l’hôtesse venue offrir au rouleur suisse son bouquet de vainqueur. Le jeune slovaque à l’humour parfois douteux, tempérera ensuite
cette réaction déplacée par de plates excuses, adressées à l’hôtesses en question, par l’intermédiaire des réseaux sociaux.
Un diamant brut, encore perfectible
Mais non seulement divertissante, sa présence sur les podiums est avant tout récurrente.
Cependant, c’est souvent sur la deuxième marche qu’il y figure. L’an dernier il a ainsi terminé 2e de Milan San Remo, du Grand Prix E3 Harelbeke, et donc, du Tour des Flandres, remportant Gand-Wevelgem et le Grand Prix de Montréal, deux courses qu’il avait terminées à la seconde place par le passé (en 2012 et 2010).
Cette propension, très relative, à se contenter d’une place de dauphin s’explique par des choix tactiques pas toujours judicieux, mais toujours assumés  « Je fais encore des erreurs lors des courses, mais j’apprends »   De plus, cette pseudo-faiblesse due à son inexpérience, est aussi une force qui fait son charme.  
Le cyclisme a ceci de particulier : Pour qu’on t’adore tu ne dois pas tout gagner, un certain Contador pourrait en témoigner. En effet ce dernier a vu sa cote de popularité grimper en même temps que sa capacité à le faire diminuait, et que sa giclette s’évaporait.  Qui plus est, la légende d’un cycliste s’écrit autant par ses exploits que par ses défaillances, et Poupou3n’aurait pas été si célèbre en remportant le Tour de France. Une célébrité qui pour tous les forçats de la petite reine 4, répond à la règle des 4P : Palmarès et panache sont les deux clés des portes de la postérité, et l’un sans l’autre ne saurait les forcer.
Descendeur de talent
Si Sagan postule à acquérir, au fil du temps, une place de choix dans l’histoire de son sport, c’est aussi parce qu’il sait mettre ses talents au service du collectif.
 Excellent sprinter, puncheur hors pair et bon rouleur le jeune slovaque n’est aujourd’hui qu’un honnête escaladeur. Mais lorsqu’est atteint le sommet et que l’heure a sonné de replonger dans la
vallée, il se révèle être un formidable descendeur. 
Lors de la Vuelta 2011, au service de Nibali, autre esthète des trajectoires, il a ainsi mené tambour-battant une descente pourtant a priori anodine, permettant à la Liquigas de créer une échappée, et d’y être surreprésentée (4 coureurs sur 5). A la fin de cette étape, son leader se replaçait sur le podium du classement général, et Sagan ajoutait une 12e victoire à sa collection 2011, année de sa confirmation.
Car la saison 2010 fut celle de sa révélation, remportant deux étapes de Paris-Nice à 20 ans à peine. Mais si le talent n’attend pas le nombre des années il n’est pas gage de longévité. Peter Sagan ne doit pas s’essouffler dans une stérile quête d’identité. Pour quel rôle est-il vraiment taillé ?
L’heure du choix ?
En effet, être bon dans tous les domaines est un atout de poids, à condition d’exceller dans l’un d’eux. Condition sine qua non qu’il ne faut pas négliger, car si la polyvalence se cultive au
mépris de l’excellence, elle peut devenir une faiblesse et non plus une carte maîtresse.
Le Norvégien Edvald Boasson Hagen, à qui il reste de nombreuses années pour inverser la tendance, en est aujourd’hui le parfait exemple. Il y a peu leader en puissance, il joue chez SKY un rôle d’homme à tout faire, qui ne semble pas lui déplaire, mais qui frise l’indécence vu l’étendue de ses compétences.
Quant à lui, Peter Sagan exploite pour l’instant quasiment à la perfection son large registre d’action.
 Le statut de leader dont il a naturellement été pourvu lorsque Vincenzo Nibali a quitté l’équipe Cannondale (Liquigas-Cannondale à l’époque) à la fin de la saison 2012, a décuplé son appétit de victoires.
Mais n’est pas Cannibale5 qui veut, et à vouloir tout dévorer Peter Sagan risque de finir affamé.
Il va donc devoir faire un choix. A moins qu’il ne soit capable de mater magistralement tous ses rivaux, sur tous les terrains et par tout les temps, à la manière de Bernard Hinault ou d’Eddy Merckx justement.
Est-il de la même trempe que ces deux là ?


 Seul l’avenir nous le dira.
 
FARVACQUE Simon
 
1Wheeling : littéralement : roue arrière. Pour
plus d’infos :
http://www.sudinfo.be/689745/article/sports/2013-03-24/peter-sagan-vainqueur-de-gand-wevelgem-mon-wheeling-n-etait-pas-tres-reussi
2 http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Actualites/Sagan-prefere-en-rire/360750
3 Poupou
est le surnom de Raymond Poulidor
4 Expression librement inspirée du
terme « petite reine » synonyme de bicyclette, et de l’article Les
forçats de la route
de Albert Londres (au sujet du Tour de France en 1924)
5 Le Cannibale celui d’Eddy Merckx
Autres sources :
http://www.cyclingbase.com/resultatcal.php?id=166&idsaison=30&idtitle=2
http://www.sports.fr/cyclisme/tour-d-espagne/articles/le-chef-d-aeuvre-de-la-liquigas-206516/
http://www.cyclismactu.net/news-divers-sagan-de-mieux-en-mieux-au-fil-des-ans-37546.html
http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Actualites/Sagan-prefere-en-rire/360750
http://www.sudinfo.be/689745/article/sports/2013-03-24/peter-sagan-vainqueur-de-gand-wevelgem-mon-wheeling-n-etait-pas-tres-reussi
Wikipédia
Publié le 02/032014