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Biathlon...

Martin Fourcade, d'un programme contrarié à une préparation idéale

L’an dernier, sa préparation avait tourné au cauchemar, la fatigue qui le rongeait alors s’avérant être due à une mononucléose qui risquait de le handicaper une bonne partie de l'année : que nenni, ce mauvais présage n’avait pas impacté le rendement d’un Martin Fourcade tout puissant. Aujourd'hui, à quelques mois de l'ouverture d'une nouvelle saison, c’est au contraire sous d’excellents auspices que s’annonce sa quête d’un cinquième Globe de Cristal consécutif. Entre dépaysement bénéfique et charges de travail conséquentes, le cadet des frères Fourcade a en effet façonné sa condition physique avec autant de sérieux que de sérénité, à Oslo, en ce début d’été.

Loin du stress de la compétition, loin de l'émulation médiatique des grands rendez-vous, c'est en période estivale que les biathlètes (comme tous les pratiquants de « sports d'hiver ») forgent leurs victoires futures. Pour Martin Fourcade, cette phase de préparation – primordiale partie immergée de l'iceberg nommé succès – se déroule d'une façon diamétralement opposée à celle de l'an passé qui, préoccupante, avait pourtant accouché d'une excellence perpétuée. Flash back.

Maladie surmontée, suprématie inédite et confirmée

En 2014, d'abord anormalement fatigué lors des stages visant à parfaire sa condition, sans en connaître les raisons, Fourcade avait fini par passer des examens, fin août. Ces derniers avaient révélé la cause du mal-être du récent double-champion olympique (en « individuel » et « poursuite ») : il souffrait d'une mononucléose.

Celle-ci, en plus de l'avoir pénalisé depuis quelques mois, allait continuer d'être un frein à son approche des compétitions, en l'empêchant de travailler à haute intensité pendant plusieurs semaines. Remis sur pied en octobre, Fourcade se voulait philosophe « J’ai une préparation un peu décalée par rapport à celle de mes coéquipiers. J’ai repris une grosse période de volume. J’ai fait un mois à 85 heures. C’est un joli mois, avec de l’endurance et sans le tir. » et aucunement défaitiste «  Je ne veux pas me servir de cette mononucléose comme prétexte si je suis mauvais. ». Les faits allaient lui donner raison : en remportant un quatrième « gros globe » (classement général) de la coupe du monde consécutif, il allait rentrer dans l'histoire de son sport, devenant le premier homme à réaliser cette performance. Les contre-temps rencontrés durant l'été n'auront donc eu qu'un faible impact sur sa fantastique régularité (comme le montre l'infographie ci-dessous, retraçant les résultats de Martin Fourcade en Coupe du Monde de Biathlon, depuis 2008-2009 jusqu'à 2014-2015, dans les épreuves « individuel », « sprint », « poursuite » et « mass start » ainsi qu'au classement général).
 

Aux Mondiaux, cette répercussion sera à peine plus prégnante. Ainsi, il se « contentera» de trois médailles (dont une en or)... ce qui ne peut être décevant qu'à l'aune de son palmarès impressionnant, faisant de cette grande compétition réussie l'une des moins abouties de son proche passé [en 2012 et 2013 il avait décroché respectivement cinq (dont une du plus beau des métaux) et quatre breloques (dont trois sacres) et restait donc sur deux titres olympiques, assortis d'une seconde place sur la « mass start »].

Mais, si elle n’a eu quasiment aucune conséquence sur la préservation de ses chasses gardées, sa préparation tronquée avait, l’an dernier, eu raison de son envie de les multiplier. En effet, il avait sagement reporté le "double calendrier" ski de fond-biathlon qu’il avait envisagé, pour se préserver en raison des doutes qui pouvaient planer sur son état de santé. 

Lors de la saison à venir (2015-2016) Martin Fourcade devrait voir ce projet se concrétiser - officialisé en accord avec les entraîneurs nationaux des deux disciplines (fond et biathlon) et avec aplomb : "Je ne prends pas tous ces risques pour jouer le Top 30, au fond de moi j'ai l'impression que je peux viser un podium. Je pense avoir le potentiel pour jouer devant"*- aucun nuage ne venant désormais assombrir son avenir

Conditions idéales...

Ce ciel immaculé, c'est d'Oslo, théâtre des prochains Mondiaux, que Martin l'a longuement observé ces dernières semaines. Ce choix important (il est resté deux mois en Norvège avec sa compagne), ne repose pas seulement sur des arguments sportifs, comme l'explique le principal intéressée «  (c'est) un projet qui n'est pas lié à l'organisation des Mondiaux, mais qui vient de plus loin. On avait envie de voyager, de découvrir quelque chose d'autre et je voulais aussi continuer à m'entraîner aussi bien qu'en France. Des lieux qui concilient ça, il n'y en avait pas deux cent mille et Oslo s'imposait. ».

Opération réussie, comme en témoigne la compagne du champion français, qui attend un heureux événement, avec la naissance de leur premier enfant : « Même si ce n'était pas vital, c'était un besoin pour Martin, je l'ai bien senti. Il voulait recommencer à travailler, mais pas dans sa routine. Ici, c'était épanouissant, on s'est ressourcés, tout coulait de source, tout était facile. On a pu se recentrer sur l'essentiel. Travailler dur, mais se reposer vraiment et partager la fin de ma grossesse.(prévue pour fin septembre) ».

A posteriori, Fourcade se montre particulièrement enthousiaste, quant au bien-fondé de cette délocalisation provisoire, la qualifiant d' «expérience unique, très riche et qui va (lui) servir. », mettant en avant la triple dimension de son utilité, en terme de découverte donc, mais aussi de quiétude « j'ai l'impression d'avoir pris beaucoup de repos... » ainsi que de foncier « … alors que j'ai travaillé comme je ne l'avais jamais fait. ».

A tel point qu'il envisage de réitérer ce voyage dépaysant, dans une ville dont l'urbanisme s’insère en pleine nature, offrant des paysages somptueux (voir photo):« Deux mois sans stresser, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Je reviendrai, c'est sûr. ». Cette escapade si appréciée.. sera-t-elle payante, sportivement ?

 

 


(crédits photo : http://www.ledauphine.com/skichrono/2015/07/20/fourcade-une-jour-a-oslo)

pour un nouveau récital ?

C’est dans l’adversité et face aux vents contraires que se distinguent les plus fort, dont l’aura risque de se déliter lorsqu’ils sombrent dans la facilité, se laissant gagner par une certaine forme de confort.

Ainsi, Martin Fourcade avait puisé dans les difficultés rencontrées, il y a de cela une année, la force de se battre pour les surmonter, l'énergie de ne jamais renoncer... déclarant en octobre 2014 : «  (la maladie) m’a permis de me poser et de regarder un peu en arrière. Finalement, on est tout le temps en train de courir, de se demander qu’est-ce qu’on veut de plus, sans prendre le temps de regarder ce qu’on avait fait. La mononucléose m’a redonné goût pour des courses dont je n’avais presque plus envie. Je ne me voyais pas l’an dernier me battre pour la Coupe du monde de biathlon. Je l’avais déjà gagnée trois fois. Mais là, en arrêtant, je me suis dit :''qu’est-ce que j’ai envie de la gagner cette course !'' » -

Cette année, il devra chercher un autre leitmotiv, pour continuer à avancer. Dans cette optique, son orgueil de champion (1) sera sans nul doute l’une de ses plus belles armes, d’autant plus qu’il lui reste de grands exploits à réaliser [les 13 médailles olympiques d'Ole Einar Bjoerndalen, dont 8 en or, lui garantissent encore des années de quête potentielle (2)], un statut à consolider et un destin légendaire à parachever.

Martin Fourcade, à qui il reste de superbes défis à relever, devra donc trouver dans son approche pour l’instant idyllique le compromis entre la soif permanente du dépassement de soi, qui l’a mené au zénith de son sport, et la zénitude nouvelle dont il semble faire preuve.

S’il y arrive, il n’en sera que meilleur. Pour ses rivaux, la perspective fait peur.

Simon Farvacque


* pour participer à la première épreuve de la saison de ski de fond (fin novembre à Kuusamo, en Finlande) il devra passer par une sélection (pour intégrer l'équipe de France). Si ce « double-calendrier » se confirme, il risque de poser quelques problèmes d'organisation... mais, à ce sujet, François Faivre (patron des fondeurs français) se montre confiant « on va trouver une façon de faire, je ne me fais pas trop de soucis ».

(1) Fourcade n'a d'ailleurs pas manqué l'occasion de garder ses virtuels adversaires à l’œil, ce qu'il décrit avec une petite pointe d'humour qui ne dissimile pas son esprit réellement compétiteur : « un soir [...] à la pizzeria, on a vu passer Sundby (fondeur norvégien) sur ses skis-roues. Là, j'ai fait l'impasse sur le dessert ! »

(2)http://yourzone.beinsports.fr/jo-sotchi-2014-bjoerndalen-le-maitre-du-biathlon-entre-au-pantheon-9055/

Sources :

http://rmcsport.bfmtv.com/fourcade-ma-mononucleose-m-a-redonne-envie-de-gagner-837881.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Fourcade et journal L'équipe du Jeudi 23 juillet 2015

http://www.ski-nordique.net/martin-fourcade-doublera-fond-et-biathlon.5727387-72348.html

Publié le 26.07.2015