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Ugo Legrand : « tout a une fin »

Ugo Legrand : « tout a une fin »

Après dix ans d’émotions contrastées, de sacrifices et de culte du dépassement de soi, Ugo Legrand a dit adieu au haut niveau. Retour sur la brillante carrière d’un judoka français s’illustrant dans l’ombre d’un géant, nommé Riner, mais dont le talent n’avait rien de mineur.

C’est en ces mots qu’Ugo Legrand (26 ans) s’est adressé, via un célèbre réseau social en ligne,  à tous ses fans : «  »*, expliquant son choix, avec clarté, exprimant, humblement, sa gratitude et sa fierté.

Rester digne dans la victoire comme dans la défaite et dans les salutations comme dans les « au revoir », c’est aussi l’une des qualités d’un champion, qui a conscience de ce qu’il peut inspirer et ne fuit pas ses responsabilités. Des responsabilités qu’il s’octroie avant tout par ses performances … et Ugo n’a pas échappé à cette règle, cumulant les distinctions individuelles, basées sur une vocation quasi-originelle.

Potion « judo-passion » dans le biberon

En effet, élevé dans un environnement familial résolument rompu à la compétition sportive (plusieurs de ses proches parents ont pratiqué un sport – judo, gymnastique, lutte gréco-romaine – à niveau international) il débute sur les tatamis dès l’âge de 3 ans, dans le dojo de son père, qui officie alors en tant qu’entraineur au sein du Judo Club Grand-Quevilly. La filiation se poursuit [http://www.ina.fr/video/4522380001007]. Cette activité devient pour Ugo un art de vivre et prend une place croissante dans son quotidien : « le judo est un virus et j'ai été contaminé ».

Les résultats ne tardent pas. A partir de 2005 – année de son entrée à l’INSEP – Legrand remporte au moins une médaille internationale par an, jusqu’en 2014 !

Il s’illustre d’abord « chez les jeunes » : premières places d’honneur lors de championnats d’Europe en cadet (médaille de bronze, en 2005) et junior (bronze puis argent, en 2006 puis 2007) auxquelles succèdent des titres continentaux et mondiaux (2008), toujours en junior. En 2009, son double changement de catégorie (passage en espoir et de -66kg à -73kg) est lui aussi couronné de succès (il règne encore sur le Vieux Continent). C’est l’heure du grand saut « chez les grands » (entamé dès 2009, malgré quelques blessures qui retardent son éclosion).

Ascension régulière, palmarès imposant

Ugo n’a pas encore 21 ans, lorsqu’il échoue dès le premier tour des championnats de France -73kg (sénior), battu par l’expérimenté Benjamin Darbelet, 29 ans à cet instant et médaillé d’argent dans la catégorie de poids inférieur, aux Jeux Olympiques de Pékin, en 2008. Cependant, Legrand est choisi pour représenter son pays aux yeux de l’Europe et, en vertu d’une récente modification des barèmes de qualification des athlètes pour les grandes compétitions – la France peut emmener deux judokas par tournoi (ce qui ne sera pas le cas aux Jeux) – les deux hommes sont sélectionnés pour les Mondiaux.

Lors des championnats d’Europe 2010, Ugo couronne sa première cape d’une breloque en bronze, tandis que le grand rendez-vous planétaire accouche pour lui d’une décevante, autant que prometteuse, 7e place (il est battu aux portes d’une demi-finale, par Wang Ki-chun, souverain en titre).

L’année suivante, toujours lors des championnats du Monde, à Paris, il prend sa revanche sur ce même adversaire, éclatante et sans appel (il s’en défait en quinze secondes seulement) https://www.youtube.com/watch?v=Cv3iyoZcLM8 , avant d’obtenir une médaille dont le métal lui laisse encore un goût amer (il termine 3e). C’est en 2012, à seulement deux mois des Jeux Olympiques qui phagocytent tant son attention, qu’il fête son premier sacre en sénior, se parant d’or aux championnats d’Europe.

Un premier sacre qui lui vaut d’aborder les JO avec un statut nouveau… celui de favori (tête de série numéro 6) et non plus de jeune à qui un bel avenir est promis. S’il avait déjà entamé cette « mutation » progressivement, au gré de ses bonnes performances, elle est maintenant achevée : il ne peut plus se cacher. Ce n’est, de toute façon, pas dans ses habitudes. En effet, Legrand assume son ambition : « Je m’aligne sur les Jeux avec encore plus de confiance […] cela me conforte dans le fait que je peux aller chercher ce titre olympique, j’en suis maintenant persuadé et je veux y croire jusqu’au bout. » et a conscience des espoirs placés en lui « Je risque d’être un peu plus attendu… mais ça ne me dérange pas plus que ça » (voir témoignage complet, en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=CjQ3DEsLsBY).

Rêve olympique partiellement accompli  

Legrand veut planter son drapeau au sommet de l’Olympe, mais il est éliminé de la course à la gloire suprême, en quart de finale. Il n’a pas dit son dernier mot. En remportant le tournoi de repêchage, il se pare de bronze, non sans rappeler qu’il espérait mieux, il fait part de sa joie : « C'était une grosse déception de perdre en quart de finale car je venais ici pour gagner. […] J'ai énormément bossé depuis quatre ans pour être en phase finale. Je savais que c'était mon dernier match après tant d'efforts donc j'ai tout mis. Je suis plus qu'heureux ! » (1).

http://www.melty.fr/jo-2012-nouvelle-medaille-francaise-au-judo-avec-le-bronze-d-ugo-legrand-a121607.html

Un an plus tard, il monte encore sur la boite d’un tournoi majeur… mais n’y figure pas sur la première marche, bien qu’il tutoie l’or d’encore plus près qu’à Londres. En effet, c’est en finale des championnats du Monde qu’il échoue, face au Japonais Shohei Ono.  

Lors des championnats d’Europe 2014, il décroche encore une médaille d’argent qui témoigne du bon niveau qu’il conserve mais dont il ne peut se satisfaire (battu par Dex Elmont, qui fut déjà son tombeur aux CDM 2011 et aux JO 2012). Aux Mondiaux de la même année, Legrand – qui court toujours derrière un titre à une échelle planétaire – est rapidement sorti de la compétition (dès son deuxième combat). En milieu d’olympiade cet échec résonne comme un coup d’arrêt. L’échéance de Rio 2016, qui passe par plusieurs rendez-vous internationaux, n’est plus si lointaine et nécessite une immédiate remobilisation. 2015 s’annonce cruciale.

Corps meurtri, choix assumé et réfléchi

Alors que son épaule droite le fait souffrir depuis quelques temps (ce sont déjà de tels problèmes articulaires qui avaient contrecarré sa progression en 2009), Legrand fait une chute à vélo. Cette fois, c’est son épaule gauche qui est touchée. L’opération s’impose et sa saison 2015 s’en voit réduite à une course contre-la-montre, dans l’optique des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Mais plus encore que dans sa chair, c’est dans sa tête que le bât blesse : pour retrouver le niveau qui fut le sien, il va devoir s’astreindre à une préparation draconienne. Il n’est plus en mesure de consentir ce don incessant de son temps et de son esprit : « je ne me sens plus capable de fournir ces efforts au quotidien.». Par le communiqué précédemment évoqué, il dépose les armes. Cette bataille n’est plus la sienne.

Bien qu’il tourne la page sur une grande partie de son existence, Ugo Legrand ne referme pas le livre de son histoire avec le judo. Non, il n’en est pas encore « guéri » le judo (à un plus modeste niveau), je ne l'arrête pas et je ne l'arrêterai jamais » et dans une dernière main tendue en direction des gens qui l’ont soutenu, dans la lignée des actions qui ont jalonné sa carrière (implication dans le programme « Bien manger, c’est bien jouer ! », organisation de stages d’initiation etc.), il confirme que ce point final est celui d’un chapitre et non celui de sa passion pour son sport et de son ouverture aux autres « Je compte rester proche de vous et disponible pour partager l'ensemble de ce que j'ai appris tout au long de ma carrière. N'hésitez pas à continuer de m'envoyer vos messages perso. Je tâcherai d'y répondre. ».

Tout a une fin… mais certains épilogues douloureux dessinent les contours d’un futur heureux.

Simon Farvacque

* voir communiqué complet >>>https://www.facebook.com/418965564805781/photos/a.580944811941188.1073741837.418965564805781/931919226843743/?type=3&theater

(1) Aujourd’hui encore, il tient le même discours, ne reniant ni ses espoirs d’un dénouement encore meilleur, ni sa satisfaction et son bonheur « J'avais ce rêve d'être champion olympique étant petit, je n'ai été que médaillé mais, croyez-moi, cette médaille et cette carrière en général m'a entièrement comblé de bonheur. ».

Sources :

https://www.youtube.com/watch?v=CjQ3DEsLsBY

http://www.ugolegrand.com/biographie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ugo_Legrand

https://www.facebook.com/645587395484532/photos/a.655576117818993.1073741829.645587395484532/950816321628303/?type=3&theater

http://www.leparisien.fr/sports/JO/jeux-olympiques-londres-2012-france/jo-judo-ugo-legrand-decroche-le-bronze-30-07-2012-2107619.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.fr%2F

http://www.francetvsport.fr/legrand-en-bronze-13695

Publié le 09.10.2015