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Top 14 - Bilan à mi-parcours : derrière Clermont, peu de certitudes

Le championnat de France de rugby, après un interlude de joutes européennes, entame ce jeudi 22 décembre sa phase retour, par le match Grenoble-Toulouse (20h45). Les treize premières journées du Top 14 n’ont dégagé que quelques tendances : Clermont mène la danse, sept équipes se tiennent en six points à sa poursuite et le duo Grenoble-Bayonne est en souffrance.

1er ASM Clermont Auvergne (41 points – 8V, 2N, 3D) : bien rodée

Points positifs : Un effectif complet, avec des remplaçants au niveau des titulaires – le jeune ouvreur argentin Patricio Fernandez (21 ans) en est l’illustration – qui permet d’opérer un turnover sans cumuler les impasses. La continuité. Le jeu et le groupe clermontois évoluent depuis plusieurs saisons et notamment le départ de Vern Cotter, mais toujours avec une certaine cohérence, une ligne directrice. Sans révolution.

 

Point négatif : Dominer la saison régulière (avant d’échouer cruellement en phase finale ?). Un air de déjà-vu, non ?

 

2e Montpellier Hérault Rugby (37 points – 8V, 5D) : minimum syndical

 

Point positif : Cela gagne. L'une des trois équipes à huit victoires. Une machine, emmenée par son escouade sud-africaine (Jannie du Plessis, en l’absence de son frère Bismarck, écarté des terrains à cause d’une déchirure au grand pectoral gauche, Wiaan Liebenberg, Pierre Spies etc.) qui ronronne mais qui fonctionne.  

Point négatif : Le registre physico-physique est une faiblesse autant qu’une force. Le jeu montpelliérain risque d’être stérile quand l’équipe adverse répond au défi frontal.

 

3Rugby Club Toulonnais (36 points – 7V, 1N, 5D) : manque de stabilité

 

Point positif : Malgré les changements de staff (exit Diego Dominguez, Mike Ford intronisé en deux temps), les remous en coulisse (vente ou non du club par Mourad Boudjellal ?) et les blessures (Bryan Habana, Matt Giteau, Drew Mitchell), Toulon est encore là. Le potentiel varois laisse présager une meilleure deuxième partie de saison.

Point négatif : Le RCT ne fait plus peur. Plus autant en tout cas.

 

4e Stade Rochelais (36 points – 6V, 3N, 4D) : recrutement intelligent

 

Point positif : 9e du Top 14 lors des deux dernières saisons, le club rochelais dessine les contours d’une progression logique. Retour de Steeve Barry (transfuge du Sevens), arrivées de l’international néo-zélandais Victor Vito, de l’expérimenté Brock James et de jeunes joueurs prometteur (Jérémie Maurouard, Vincent Rattez, Arthur Retière etc.) : La Rochelle a su se renforcer sans se transformer et peut espérer passer un cap.

 

Point négatif : Quelques victoires laissées en route face à des adversaires directs pourraient coûter cher : trois matches nuls, dont deux concédés à la dernière minute, face à Toulon (17-17) et au Racing (23-23). 

 

5e Castres Olympique (34 points – 7V, 1N, 5D) : finisseurs discrets 

 

Point positif : Castres est dans le bon wagon et ne sera certainement pas handicapé par les doublons, les 11 et 18 mars prochains (match à Pau et face au Stade Français). Le CO est en effet, avec le MHR, l’un des deux seuls clubs du « top 10 » actuel à n’avoir compté aucun sélectionné en équipe de France, lors de la tournée d’automne.

Point négatif : David Smith et Alex Tulou sont moins en verve que l’an passé. L’ailier et le n°8 castrais figuraient dans le quintette de tête des meilleurs marqueurs d’essais en 2015/2016 : 11 pour Smith, 9 pour Tulou. Cette saison, ils en sont loin, avec respectivement une et deux réalisations.

 

6e Union Bordeaux Bègles (34 points – 8V, 5D) : comme d'habitude ?

 

Point positifs : L’avènement de Baptiste Serin, l’apport croissant d’Adam Ashley-Cooper et le nombre de succès : 8. Cet UBB est dans le coup…

Point négatif : … mais il ressemble à l’outsider qu’il est depuis trois saisons, échouant toujours aux portes du « top 6 », qualificatif a minima pour les barrages (8e, 7e, 7e). Un outsider encore capable de passer totalement à côté de certains matches (comme à Toulouse lors de la précédente journée : 10-37).  

 

7e Stade Toulousain (33 points – 7V, 6D) : nouveau statut

 

Point positif : Le Stade Toulousain n’est pas largué. Il n’est plus ce qu’il a si longtemps été, mais il n’est pas largué. En championnat, il reste donc sur une probante victoire face à Bordeaux Bègles (voir ci-avant). Les joueurs de la « ville rose » pourraient profiter du calendrier (ils se déplacent à Grenoble dès ce jeudi), pour monter sur le podium et mettre la pression sur leurs concurrents pour l’accession aux phases finales.

Point négatif : Ce Toulouse est en reconstruction. Il n’est déjà plus celui de Guy Novès, mais pas encore celui d’Ugo Mola.

 

8e Racing 92 (32 points – 7V, 1N, 5D) : Champion dans le dur

 

Point positif : Des moments de grâce, dignes d’un Champion de France. Le sentiment que le rouleau compresseur des dernières phases finales peut se remettre en marche, comme lors de la victoire bonifiée, 41-30, face au RCT (18 septembre, 5e journée).

Points négatifs : Cadres vieillissants (Chris Masoe notamment, 37 ans), fin de cycle, titre aux airs d’aboutissement… après la consécration de l’an passé, le vestiaire du Racing semble usé, presque lassé. Le fiasco européen (les Franciliens sont déjà éliminés de la Champions Cup, après trois défaites en trois matches alors qu’ils en étaient finaliste la saison passée) pourrait laisser des traces. Tout comme l’imbroglio-Goosen . Mais attention à l’orgueil des stars « ciel et blanc », Dan Carter en tête.

 

9e Stade Français Paris (29 points – 6V, 1N, 6D) : entre deux eaux

 

Points positifs : La clarification de l’avenir de Gonzalo Quesada (qui va quitter son poste d’entraîneur à l’issue de la saison) et une bonne dynamique. Le Stade Français vient d’enchaîner deux succès. Ce n’est pas énorme comme série, certes, mais seul Castres fait mieux (trois victoires). Les Parisiens voient de nouveau la perspective de se mêler à la lutte pour le « top 6 » (5 points de retard, seulement, sur l’UBB et le CO) poindre à l’horizon.

Point négatif : Paris est revenu dans la course, mais son statut de candidat au haut de tableau reste précaire. Le club de la capitale doit recoller rapidement, au risque de vivre une morne fin de saison dans le ventre mou du championnat.

 

10e CA Brive (27 points – 6V, 1N, 6D) : retour à la norme

 

Point positif : Arnaud Méla continue d’emmener un pack solide, Gaëtan Germain enquille (meilleur réalisateur du championnat, avec 175 points) : le CA Brive est là où il est censé être. 

 

Point négatif : Difficile de viser mieux, a priori, alors que les Brivistes avaient tutoyé les barrages en 2015/2016 (8e, au final), au prix d’une première moitié d’exercice brillante (5e après 13 matches). 

 

11e Section Paloise (25 points – 5V, 8D) : all black touch

 

Point positif : Les stars annoncées répondent présent. Sans être resplendissant, Conrad Smith fluidifie la ligne d’attaque de Pau, que Colin Slade mène à merveille. L’ouvreur néo-zélandais a notamment réalisé quelques gestes de grande classe face à Clermont il y a trois semaines (victoire de la Section 40-35).

 

Point négatif : Le club palois est abonné à la onzième place du championnat, qu’il a occupée durant les… onze dernières journées du championnat l’an passé. Comme le CAB, il ne semble pas à-même de viser plus haut, malgré les fulgurances de ses All blacks, ce qui engendre une certaine frustration. 

 

12e Lyon OU (24 points – 4V, 2N, 7D) : objectif maintien

 

Point positif : Avec son effectif composé d’habitués de l’élite (Thibault Privat, Julen Puricelli, Julien Bonnaire, David Attoub, Napolioni Nalaga, Frédéric Michalak, Delon Armitage etc.), le Champion de Pro D2 est bien parti pour ne pas reprendre immédiatement l’ascenseur…

Point négatif : … pour gravir l’Everest-Top 14, il lui reste par contre du boulot. Lyon est encore loin de devenir une des places fortes du rugby hexagonal.

 

13e Aviron Bayonnais (16 points – 3V, 2N, 8D) : infime espoir

 

Point positif : Huit défaites, seulement. Soit autant que Pau, qui est plus proche (arithmétiquement) de la sixième place que de la treizième. Et pourtant : un statut de relégable qui paraît immuable (8 points de retard sur le LOU).

Point négatif : Sentiment d’inéluctable. Le scénario d’un Aviron qui se bat jusqu’au bout et tombe les armes à la main est cousu de fil blanc. En écrire un autre va être très compliqué pour les Bayonnais.

 

14e FC Grenoble (14 points – 2V, 11D) : club en péril

 

Points positifs : Le spectacle. 28 essais marqués (6e équipe la plus prolifique) – 50 encaissés (plus grand total), aussi –, avec Grenoble, on ne s’ennuie pas. Dans ce sens, le retour de Gio Aplon (après une blessure aux ischio-jambiers contractée il y a un mois), ce soir face à Toulouse, est une très bonne nouvelle. L’arrière sud-africain, sept essais cette saison, avait été étincelant en début d’exercice, malgré les mauvais résultats collectifs.

Point négatif : Mais le club grenoblois n’est pas seulement en difficulté sur le terrain, il l’est aussi administrativement. Voir communiqué du club, en début de saison. Une spectaculaire remontée au classement pourrait donc ne pas suffire, si la DNACG sévit (comme elle l’avait fait en 2004/2005, alors que la dette iséroise était bien plus importante).

Enjeu prégnant 

Une seule équipe semble sûre de son jeu, après treize journées de Top 14. Celle de Clermont. Et les résultats européens corroborent ce constat : la formation auvergnate est l’unique de l’Hexagone à être en tête de son groupe, en Champions Cup. Mais son statut de leader en France reste fragile, pouvant s’évaporer en une défaite, et dans son sillage le peloton de poursuivants se caractérise par sa densité. Si le suspense provoqué par cette densité semblait encore artificiel il y a quelques années, les grosses écuries contrôlant stoïquement ce relatif resserrement des valeurs en « choisissant leurs matches » avant de ramener à la raison les impétueux outsiders, force est de constater qu’il s’avère aujourd’hui réel. En 2014/2015, Oyonnax, aujourd’hui en Pro D2, s’est invité à la table des grands (ne perdant que 19-20 en barrage face au Stade Toulousain), quatre équipes différentes (Racing 92, RCT, Stade Français, Clermont) ont participé à l'une des deux dernières finales du Top 14, le Bouclier de Brennus a été soulevé par cinq clubs depuis 2012 et cette année il a bel et bien une petite dizaine de courtisans crédibles.

La période 1994-2008, durant laquelle le Stade Français, le Stade Toulousain et le Biarritz Olympique avaient trusté les quinze titres de Champion de France mis en jeu, est bien révolue.

Simon Farvacque