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Des Aussies maîtres en leur patrie

 Cette semaine (19-24 janvier), le Santos Tour Down Under ouvrait le calendrier World Tour. Avec six succès en six étapes et un doublé au classement général (Simon Gerrans 1er, Richie Porte 2e) les coureurs australiens s’y sont montrés intraitables.

Ce « prologue » du World Tour n’a pas attiré les plus grands noms du peloton. En effet, Peter Sagan, Vincenzo Nibali et Nairo Quintana étaient en Argentine, pour disputer le Tour de San Luis (2.1), Chris Froome et Alberto Contador en train de parfaire leur condition en Espagne, John Degenkolb en reconnaissance nostalgique à Roubaix* etc. Ainsi, face à une concurrence dense (Sergio Henao, Domenico Pozzovivo, Geraint Thomas, Juan José Lobato…)mais à leur portée, les chefs de file australiens (Richie Porte, Rohan Dennis, Simon Gerrans, Caleb Ewan…) sur tous les terrains, étaient attendus en haut de l’affiche.

1ère étape : Ewan, évidemment 

 

 


Vainqueur de la People’s Choice Classic (17 janvier) en préambule de ce 18
e Santos Tour Down Under (ex- Tour Down Under), Caleb Ewan (Orica-GreenEDGE, 21 ans) a confirmé ce que son excellente saison 2015 (onze succès) avait déjà laissé entrevoir: il fait maintenant partie de la caste des meilleurs sprinteurs. Sur cette première étape il a ainsi déposé ses adversaires, dans un style proche de celui d’un certain Mark Cavendish, s’imposant avec plusieurs longueurs d’avance sur le poisson pilote habituel… de ce même Cavendish, en la personne de Mark Renshaw (Team Dimension Data, 33ans). 

2e étape : McCarthy, d’un souffle 


L’arrivée à Stirling est un classique de l’épreuve qui sourit aux sprinteurs et/ou aux puncheurs (Matthews, Slagter, Ulissi, Lobato s’y sont imposés ces dernières années). Sur qui la formation Orica-GreenEDGE va-t-elle miser ? Sur Gerrans (35 ans), qui présente le profil parfait et peut espérer briller au classement général, ou sur Ewan, qui est capable de s’illustrer malgré un léger dénivelé (
victoire devant Degenkolb et Sagan, sur la Vuelta 2015 ) et est en grande forme ? Une chute dans le dernier kilomètre ruine les espoirs de l’équipe australienne, qui comptait visiblement sur le plus expérimenté de ses leaders. Bien emmené, Jay MacCarthy (Tinkoff, 23 ans) résiste à Diego Ulissi (Lampre-Merida, 26 ans), qui ne réédite donc pas sa performance passée, et à Rohan Dennis (BMC Racing Team, 25 ans). Le jeune Aussie, qui sait se montrer habile tacticien (créant par exemple une cassure favorable à ses coéquipiers, lors de la dernière étape du Tour du Danemark 2015 ), démontre ses qualités de finisseur et s’empare de la tête. 

3e étape : Gerrans, en costaud 


En vue de la victoire finale, les choses sérieuses commencent. Dans la dernière bosse du jour (sommet à 5km de l’arrivée), Jay McCarthy prend ses responsabilités et assure le tempo. Richie Porte (BMC Racing Team, 30 ans) allume la première mèche, d’une accélération progressive. Il met en difficulté son coéquipier, Rohan Dennis (dont il avait été le dauphin en 2015, alors que les deux hommes ne défendaient pas encore les mêmes couleurs). Seuls Domenico Pozzovivo (AG2R La Mondiale, 33 ans), Michael Woods (Cannondale Pro Cycling Team, 29 ans) et Sergio Henao (Team SKY, 28 ans) arrivent à le suivre… mais les deux derniers cités le contrent. Le duo de fuyards est repris dans la descente, par Pozzovivo et Porte, mais aussi par McCarthy, Gerrans, Dennis etc. qui ont bien résisté dans la côte. Dix coureurs se disputent donc la victoire d’étape et Gerrans, qui lance pourtant son sprint en 6
e position à 150 mètres du but, glane son premier succès individuel depuis le GP de Montréal 2014, en sautant Dennis sur la ligne. Il prend les rênes du classement général. 

4e étape : le leader bisse 


Grâce à un excellent travail de Daryl Impey (Orica-GreenEDGE, 31 ans) qui lui permet d’aborder les derniers hectomètres dans des conditions idéales, le maillot orange récidive dès le lendemain. Gerrans devance Ben Swift (Team SKY, 28 ans) et Giacomo Nizzolo (Trek-Segafredo, 26 ans). L’Italien, très fort, peut regretter son mauvais placement. En réussissant à acquérir dix nouvelles secondes de bonifications l’Australien conforte sa place de numéro 1 (14s d’avance sur McCarthy, 26 sur Dennis, 28 sur Henao, ou encore 36 sur Porte). Tiendra-t-il la cadence des meilleurs grimpeurs dans Willunga Hill ?

5e étape : triplé de Porte en solo, Gerrans garde le maillot


C’est le juge de paix du Santos Tour Down Under, et si Gerrans y a déjà gagné, depuis 2014, c’est le jardin de Richie Porte : à Willunga Hill le sort de la course va se décider. Le double danger que représente la BMC pour Orica-GreenEDGE… n’en est pas un. En effet, quand le tenant du titre se dresse sur les pédales pour répondre à une attaque de Simon Clarke (Cannondale Pro Cycling Team, 29 ans), à moins de 2km de l’arrivée, ce n’est pas pour montrer qu’il est en mesure de conserver son bien, c’est uniquement pour préserver les chances de son coéquipier. En effet, Dennis ne peut suivre le rythme des meilleurs, tandis que Porte s’envole. Il dompte la colline de Willunga pour la troisième année consécutive, seuls Henao (2
e à 6s) et le très en jambe Woods (3e à 9s) ont tenu le choc dans son sillage immédiat, mais son attaque (portée à l’aube du dernier kilomètre) ne lui permet pas de reprendre plus de 29 secondes à Gerrans (bonifications comprises). Ce dernier, déjà recordman de victoires sur la course par étapes australienne, s’apprête à triompher une quatrième fois, après ses succès de 2006, 2012 et 2014. 

6e étape : Orica-GreenEDGE parachève son œuvre 


Caleb Ewan avait marqué de son empreinte le début de la compétition… il la termine en boulet de canon. Un sprint impressionnant lui permet de laisser Renshaw (2
e) et Nizzolo (3e), impuissants, sur le carreau, et de conclure une semaine proche de la perfection pour sa formation. Plus largement, les coursiers australiens auront presque tout raflé (seul le classement-équipes, remporté par Cannondale Pro Cycling Team, et celui « de la montagne », glané par Henao, leur ont échappé).

Une hégémonie qui peut s’expliquer par l’intérêt des Australiens pour « leur » tour et par leur nombre (21% des engagés – 30/140), mais qui reste exceptionnelle. En effet, si le Santos Tour Down Under a toujours fait la part belle aux représentants de son pays… c’est la première fois, depuis qu’il a le statut World Tour (2008), que ces derniers le conquièrent quasi-exhaustivement (toutes les étapes et le classement général).

Au-delà de cette réussite globale : la confirmation du talent de Caleb Ewan, l’aperçu du potentiel de Jay McCarthy, le retour au premier plan de Simon Gerrans et les débuts convaincants de Richie Porte au sein de l’équipe BMC n’occultent pas l’échec du tenant du titre, Rohan Dennis (23e).

Ce rouleur en pleine mutation, qui ne cache pas ses ambitions – « à long terme, mon objectif est de gagner un Grand Tour » (1) - n'a pas été à la hauteur de sa réputation. S’est-il fixé des défis différents de ceux de l'an passé, et donc astreint à une préparation adaptée ? Ses performances à venir sont en tout cas à scruter, tant ses récents résultats (gain du Tour du Colorado 2015 en plus des faits d’armes déjà évoqués), et ses capacités, font écho à l’avènement de Tom Dumoulin sur la dernière Vuelta (6e, mais si près du sacre). 

L’arrivée de Porte à ses côtés, lui fermera-t-elle celles du succès ?

Simon Farvacque

* Ensuite parti en stage en Espagne, Degenkolb a subi un accident, avec cinq de ses coéquipiers : 

http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Actualites/Six-coureurs-de-giant-renverses-par-une-voiture-en-espagne/627443

(1) Voir interview de Dennis après sa victoire sur la première étape du Tour de France 2015 : http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Actualites/L-objectif-de-dennis-a-long-terme-gagner-le-tour/571767

Sources et informations complémentaires :

Programme de la saison WT :

http://www.procyclingstats.com/races.php

Article publié le 24.01.2016