Tweets sur sporthinker
Sporthinker
Un rendez-vous hebdomadaire pour tous les passionnés de sport.

Coupe Davis – Croatie-France : Sur quel pied danser ?

L’équipe de France de tennis affronte son homologue croate, du 16 au 18 septembre, en demi-finale de Coupe Davis, à Zadar (sur dur). Les joueurs tricolores abordent ce rendez-vous important avec peu de certitudes, alors qu’il y a seulement une semaine ils semblaient aptes à s’avancer vers cet objectif avec aplomb.

Ascenseur émotionnel. De la déception, à la lassitude en passant par d’agréables surprises, les sentiments se bousculent : Après des Jeux Olympiques ratés et un US Open paradoxal, la dynamique du tennis masculin français est inqualifiable. Il y a quelques jours, pourtant, aucun nuage ne venait troubler le ciel bleu azur qui avait chassé l’orage brésilien.

Performance historique

Oubliées, l’élimination de Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert dès le premier tour et la mascarade Benoît Paire. Balayés, les pépins physiques de Jo-Wilfried Tsonga et la défaite frustrante de Gaël Monfils en quart de finale. L’US Open, en quelques jours, avait réussi à éclipser le fiasco de Rio. Bien sûr, tous les maux n’étaient pas réglés, mais le sourire était retrouvé. Au stade des quarts de finale, en simple (H), la France comptait encore trois représentants (Lucas Pouille, Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils). Pour les Tricolores, c'était (et c’est toujours) un coup de force inédit depuis 1927 à Flushing Meadows et depuis 1947 en tournoi du Grand Chelem. Dans le détail de cette réussite (relative et) partagée, un match a marqué les esprits.

Pouille, la sensation

Il l’a fait. Breaké dans la dernière manche de son duel face à Rafael Nadal, et alors qu’il venait déjà d’enchaîner deux matches en cinq sets, Lucas Pouille a terrassé l’ancien numéro 1 mondial, en huitième de finale (6-1, 2-6, 6-4, 3-6, 7-6). Son succès, homérique, a suscité un énorme engouement… que Yannick Noah a vite relativisé : «On en fait un demi-dieu vivant (…) Il n’a gagné qu’un gros match». Prudent, presque paternaliste, le capitaine de l’équipe de France était alors dans une situation idéale. Tsonga et Monfils, de leur côté, s’étaient montrés convaincants pour rejoindre le grand 8, surtout « La Monf’ », qui n’avait laissé filer aucun set en route. Mahut et Herbert, aussi, envoyaient des signaux positifs en se hissant dans le dernier carré (finalement éliminés en demi-finale d’un tournoi qu’ils avaient remporté l’an passé).

Tsonga, Monfils… un air de déjà vu

Noah voyait donc la rencontre en Croatie se profiler avec un double solide, trois hommes en forme et une hiérarchie naturellement instaurée entre les solistes : Un jeune loup (Pouille) encore un peu trop tendre pour exiger de remplacer les deux tauliers (Tsonga, Monfils), mais prêt à les remplacer a On a connu pire. Mais depuis, les choses se sont un peu corsées. Jo’, physiquement, a craqué face à Djokovic (souffrant du genou gauche, 3-6, 2-6, ab.) et Monfils, après avoir éliminé un Pouille essoré (6-4, 6-3, 6-3), mentalement, est retombé dans des travers qui ne l’ont jamais vraiment quitté. Il s’est à son tour incliné face au « Djoker », en demi-finale (6-3, 6-2, 3-6, 6-2), dans une rencontre au niveau de jeu parfois infamant. Noah se retrouve finalement avec un joueur prometteur mais inexpérimenté, un leader tourmenté et l’autre blessé. Forcément, cela change la donne.   

Gasquet, trouble-fête ?

Pour remplacer Tsonga, forfait, Noah a fait appel à Richard Gasquet, éliminé au premier tour de l’US Open (par Kyle Edmund, 6-3, 6-3, 6-2). Le Biterrois, touché aux abdominaux cet été, se veut rassurant sur son intégrité physique : « Tout va bien, il n’y a plus de douleurs », autant qu’inquiétant sur son niveau. Son échec américain n’était pas directement dû à un problème physique : « (des douleurs) Je n’en avais déjà plus à New York ». Conscient de s’être envolé pour la Croatie en qualité de doublure, Gasquet a retrouvé du rythme à l’entraînement et rappelle qu’ « en Coupe Davis il peut se passer beaucoup de choses ». Monfils est arrivé entamé à Zadar, lundi midi (quelques heures après les autres membres du groupe, présents depuis dimanche) : « Je suis super fatigué ». De quoi faire réfléchir le capitaine de l’équipe de France ? Pas sûr. L’avantage, pour le staff tricolore, c’est que son adversaire se pose autant de questions. Une, surtout.

La Croatie, dans le flou aussi

Quid du genou droit de Berna Coric ? Le grand espoir de la Croatie s’est dit « agréablement surpris » par l’état de son articulation, ce mardi, après avoir tapé la balle pendant 1h30 dans la Kresimir Cosic Hall. Mais il y a peut-être, dans cette déclaration, une part de bluff. La forme de Marin Cilic, elle aussi, interroge. Décevant à l’US Open (sorti au 3e tour par Jack Sock, 6-4, 6-3, 6-3), le numéro 1 croate (11e à l’ATP)* joue également la carte des ondes positives : « Je n’étais pas blessé (…) j’ai bien récupéré ». Enfin, Zeljko Krajan, le capitaine de la sélection, ne s’est pas étendu sur ses points d’interrogation. Il a préféré subrepticement lancer les hostilités : « La France a de bons joueurs… mais peut-être pas un leader pour les guider vers la victoire finale».

D’un tournoi olympique moribond durant lequel seul Monfils a surnagé, à une demi-finale de Coupe Davis préparée avec autant de motifs d’espoirs que de doutes, en passant par une performance collective historique à l’US Open : En six semaines, le tennis masculin français a tout connu. A tel point qu’aujourd’hui, fermer les yeux et voir les Bleus en train de soulever le Saladier d’argent le 27 novembre prochain, pour la première fois depuis 2001, n’est ni plus, ni moins incongru que de les imaginer subir une terrible déconvenue.  

Simon Farvacque

 

*Monfils, n°1 français, est 8e. Classement complet : 
http://www.atpworldtour.com/en/rankings/singles

N.B : Monfils, justement, déclare forfait 

 

Tableau de la Coupe Davis : 

http://www.lequipe.fr/Tennis/DAV_2016.html

Sources :

http://rmcsport.bfmtv.com/tennis/noah-sur-lucas-pouille-on-en-fait-un-demi-dieu-vivant-pour-etre-la-haut-il-faut-en-gagner-15-1034140.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Zeljko-krajan-capitaine-de-la-croatie-la-france-n-a-peut-etre-pas-un-leader/726869

 

Publié le 14/09/2016