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Andy Murray, un an après

Il y a de cela deux ans, Murray remportait, coup sur coup, le Tournoi Olympique et l’US Open. C’en était enfin fini pour lui. Fini de son image de loser, fini de candidater au titre de « meilleur joueur sans titre majeur », mais il lui restait encore à endosser le costume de sauveur.  Car s’il avait alors vaincu ses propres démons et rompu la malédiction des tennismen britanniques en Grand chelem, celle qui voyait Wimbledon se refuser à eux depuis 1936, continuait de lui résister. Depuis l’an dernier, cette anomalie de l’Histoire est réparée.

En effet, Andy Murray se présente aujourd’hui à Wimbledon en tant que tenant du titre. C’est une première, pour un Britannique, depuis 77 ans, mais outre-manche, le rôle du gentil héros n’a pas toujours collé à la peau de l’Ecossais.

Ecossais avant d’être britannique

Car sa relation avec le public anglo-saxon était d’abord contrastée, pour ne pas dire conflictuelle. De sa touche d’humour, peut-être mal interprétée par certains, lors de la Coupe du monde de football 2006 (à la question, « qui supporterez-vous ? » il avait répondu « N’importe qui sauf l’Angleterre »), au papier du Daily
Mail,
 intitulé : « Andy veut-il jouer pour la Grande-Bretagne ? », faisant suite à un forfait controversé pour une rencontre de Coupe Davis, en 2008, Murray n’a pas toujours fait l’unanimité.

Ainsi, face à Tim Henman _ précédente tête d’affiche du tennis britannique, aux allures de gendre idéal _ il souffrait de la comparaison.

Car outre ce questionnement identitaire, son comportement sur le court faisait aussi débat. En plus de son jeu peu spectaculaire, sa tendance à se plaindre continuellement pouvait exaspérer. Des matchs parfois soporifiques, une gestuelle souvent jugée antipathique… l’Ecossais ne remplissait pas vraiment les conditions nécessaires pour devenir une star planétaire.

Longtemps le maillon faible du Big Four 

Au-delà de son attitude, de ses divers sentiments d’appartenance et de ses choix de carrière, se sont les résultats de Murray qui faisaient de lui, à la fois un incontournable tennisman de son époque, et un mauvaise élève parmi les géants de sont sport. A tel point que sa place au sein du Big Four* tant médiatisé, pouvait légitimement être contestée.

Mais alors que son incapacité chronique à remporter un titre du Grand Chelem aurait pu devenir sa marque de fabrique pour l’éternité, il a refusé de se soumettre à cette pseudo-fatalité. Pourtant, il avait de quoi se résigner, se satisfaire de son statut de meilleur des perdants.

En effet, il lui fallut vingt-huit tentatives pour remporter son premier GC, dix actes de présence dans le dernier carré pour être enfin titré, cinq finales pour finir par décrocher le Graal, lors de l’US Open 2012. A défaut d’être précoce, il fut persévérant.

C’est quelques mois auparavant que ses multiples déceptions avaient atteint leur point culminant.

Wimbledon 2012, ou quand le sort s’acharne

Le 8 Juillet  2012, en finale de  The Championships, le Centre
Court
retient son souffle, le petit Murray remporte la première manche face à Federer, va-t-il enfin devenir grand et ressusciter la gloire d’antan du tennis britannique ? Il cède 7-5 au deuxième set, puis un coup de pouce du destin va aider Roger, le magicien, à reprendre le match en main. La pluie rentre dans la danse. Interruption de quelques minutes, reprise du match toit fermé. A partir de cet instant, dans des conditions indoor qui lui conviennent parfaitement, Federer déroule et s’adjuge son dix-septième titre du GC (4-6, 7-5, 6-3, 6-4). Le compteur du perdant du jour restant donc, désespérément, bloqué à zéro.

Finalement, à la réflexion, pour Andy Murray, cet ultime échec dans sa quête d’un premier GC était (symboliquement) annonciateur des succès à venir. En effet, Ivan Lendl, son coach de l’époque, avait lui aussi perdu ses quatre premières finales en GC, avant d’en remporter sept. Pour son poulain, comme pour lui, la cinquième sera la bonne.

Déclic olympique, une terre promise enfin conquise

Mais avant cela, Murray allait prendre sa revanche, lors des Jeux Olympiques. Cette fois, pas de doute, il défend les couleurs de la Grande-Bretagne, et sait qu’il est à un tournant de sa carrière. Paradoxalement, il est peut-être plus libéré, car la pression de l’événement est certes colossale, mais différente de la "rengaine Grand Chelem" qui l’obsède depuis plusieurs années.

A un pas du sacre, c’est encore la légende, Roger Federer, qui se dresse face à lui. Cette fois, l’Ecossais est sur un nuage, et la pluie ne vient pas l’en déloger, il tutoie la perfection (6-2, 6-1, 6-4). Alors qu’un mois avant cela, il y avait, avec ses larmes de tristesse, enfin gagné le cœur du public britannique, c’est sur ce même Center Court qu’il se pare d’or aux yeux du monde entier.

Il tire dans la foulée un trait définitif sur son passé de serial-loser, remportant donc le GC américain en septembre 2012, et ce fameux Wimbledon en juillet 2013.

Le contre coup de la consécration

Voilà pour le cheminement jusqu’au sommet. Mais y grimper est une chose et s’y maintenir en est une autre : au sortir d’une année (de mi-2012 à mi-2013) riche en émotion, Andy Murray va retourner dans le rang pour diverses raisons.

Physiquement, il marque le pas. Psychologiquement : faire preuve d’un tel investissement continuellement ? Il ne le peut pas. Sa blessure au dos qui l’avait privé de l’édition 2013 de Roland Garros continue de l’handicaper, et le soulagement procuré par ses succès tardifs, laisse place au besoin de décompresser. A tel point qu'aujourd'hui, il n’a plus gagné le moindre tournoi depuis un an.

En septembre dernier, il fait le choix, après un US Open décevant, (défait en quart de finale), de se faire opérer du dos. De retour à la compétition en fin d’année, il entame sa reconquête. Quart-de-finaliste à l’Open d’Australie, puis relativement discret ensuite, il arrive discrètement à Paris, pour la levée française du Grand Chelem.

Prêt à temps pour la confirmation ?

Vu son état de forme et son faible goût, relatif, pour la terre battue: avoir été demi-finaliste, en ce Roland Garros 2014, est un point positif pour l’Ecossais (RG est le seul GC dont il n’a jamais disputé le dernier acte). Certes, l’ampleur de la déculottée que Rafael Nadal lui a administrée à cette occasion (6-3, 6-2, 6-1) apporte un léger bémol à ce résultat rassurant, mais ce dernier prouve que Murray est de retour aux affaires. De retour, en tant qu’outsider, c’est une certitude. En tant que favori, cela reste à prouver. A-t-il retrouvé la motivation qui lui a permis de rompre le mauvais sort ? Que peut lui apporter sa récente collaboration, qui fait beaucoup parler, avec Amélie Mauresmo ? Pour l’instant, il existe plus de doutes que de certitudes autour de l’Ecossais.

Cependant certains facteurs extérieurs plaident en sa faveur.

Le Roi de l’ocre a toujours les genoux qui grincent sur ce gazon maudit
(qu’il a pourtant chéri en 2008 et 2010). Maître Roger n’est plus souverain en son ex-jardin et semble tiraillé entre la petite balle jaune et le couffin. Le Djoker garde de nombreuses cartes en main, mais, bien qu’armé d’un mental d’acier, il verra peut-être un jour sa confiance se déliter au gré des échecs répétés qu’il subit Porte d’Auteuil, où réside le seul Grand Chelem qu’il n’a jamais remporté.

Alors Andy Murray peut espérer récidiver _conservant son titre à Wimbledon (ce qui serait une première depuis 2007)_  et faire à nouveau la fierté des Anglais, qui en cas d’échec n’hésiteront pas à le renier, prétextant alors, qu’après tout, il reste bel et bien écossais.


 

*Federer, Nadal, Djokovic et Murray ont terminé aux 4 premières places du classement ATP de 2007 à 2012. Mais sur cette période, jusqu’à l’US Open 2012 : 9 GC pour Nadal, 8 pour Federer, 4 pour Djokovic et … 0 pour Murray.

 

Simon

FARVACQUE

Sources :

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurM_3233.html

http://www.20minutes.fr/sport/tennis/1001270-tennis-murray-rebelle-ecossais-devenu-heros-tennis-britannique

http://www.tennisaddict.fr/article/149/interview-murray

Publié le 25/06/2014