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Enseignements du Moyen-Orient, en vue des Classiques du printemps

Enseignements du Moyen-Orient, en vue des Classiques du printemps

Le Tour du Qatar (8-13 février) et le Tour d’Oman (17-22 février) présentent des caractéristiques différentes _ l’un voit son issue soumise aux caprices du vent et au résultat d’un court chrono, l’autre se joue sur une montée sèche _ mais partagent un point commun majeur : ils permettent tous deux de juger de l’état de forme des coureurs amenés à truster les podiums lors des premières Classiques du printemps. Entre coups de force, préparation « diesel » ou « express » et défaillances inquiétantes, où en sont les principaux protagonistes des prochaines grandes courses d’un jour, qui ont participé à ces deux épreuves organisées par ASO ?




Parmi les cinq Monuments du cyclisme, quatre (Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège) se disputent en l’espace de cinq semaines en mars/avril (le Tour de Lombardie se courant quant à lui fin octobre). Avant que Giro, Tour de France et Vuelta ne phagocytent l’attention, ce sont donc principalement les Classiques _ bien que les courses par étapes trouvent toujours une place importante dans le calendrier international _ qui rythment l’univers de la Petite-Reine, au début du printemps. Maîtres en la matière, nouveaux visages et espoirs en quête de confirmation... pour mettre en exergue leurs talents dans ce domaine, les prétendants sont nombreux et au premier rang d’entre eux, un solide Norvégien se montre de plus en plus présent et dangereux. .

Kristoff, encore en progression

Avec déjà quatre victoires en 2015, trois au Qatar (assorties d’une 3e place au classement général) et une à Oman, Alexander Kristoff se révèle être l’un des finisseurs les plus en verve, en ce début d’année. Tout porte à croire qu’il puisse poursuivre la mue qui le fait passer d’honnête sprinteur à cador du peloton, depuis maintenant deux saisons. Mue qui l’avait vu devenir, dès 2013, un coureur rarement vainqueur mais souvent placé  sur les courses-phares du calendrier (glanant six « Top 10 » durant le TDF, terminant 3e de la Vattenfall Cyclassics ou encore 4e du Tour des Flandres) puis, en 2014, une véritable machine à gagner (s’octroyant Milan-San Remo, deux étapes de la Grande Boucle et, justement, la Cyclassics).

Il n’est plus le troisième larron qu’il a été, longtemps éclipsé par l’expérimenté Thor Hushovd et le prometteur Edvald Boasson Hagen, ses compatriotes au champ de compétence proche du sien. Au rayon des cyclistes ayant franchi un cap l’an passé, un autre coureur qui a remporté son premier Monument en 2014 (Paris-Roubaix), réalise un début de saison très satisfaisant : Niki Terpstra prouve qu’il est bel et bien monté en grade, au sein de sa propre formation et dans la hiérarchie mondiale.

Terpstra, première confirmation

Ce Néerlandais de 30 ans a connu une lente maturation. En tant que spécialiste des Classiques flandriennes, il est un membre important de l’équipe de Patrick Lefevere (ô combien motivé par celles-ci) depuis 2011. Cependant, plutôt coéquipier modèle que chef de file durant la majeure partie de sa carrière _ bien que champion des Pays-Bas dès 2010 (puis à nouveau en 2012) _  il s’est longtemps contenté d’un rôle de travailleur de l’ombre, jusqu’à ce qu’il démontre durant l’Enfer du Nord, l’an passé, qu’il a l’étoffe d’un grand.

En s’adjugeant le Tour du Qatar, Il vient de conserver son bien... bis repetita sur le vélodrome roubaisien ? D’ici-là, certains de ses adversaires amélioreront sans doute leur condition physique, alors que la sienne semble déjà quasiment optimale. Si ce n’est le cas, il sera d’autant plus redoutable.

Le meilleur indicateur de sa très grande forme, et de ses progrès, est la victoire qu’il a remportée lors du contre la montre qatarien, au nez et à la barbe de deux éminents spécialistes en la matière : Fabian Cancellara (2e à 8 secondes) et Bradley Wiggins (3e, + 9s).

Spartacus sur courant alternatif  

Le rouleur suisse paraissait alors en rodage, en ce début de saison. En effet sur les routes du Qatar, s’il a parfois été actif en tête de peloton, pour placer en position idéale son sprinteur (Jasper Stuyven), il s’est également fait piéger (levant certainement le pied), plusieurs fois, par des bordures et a donc dû s’incliner sur le chrono (son habituelle chasse-gardée).

Rien d’inquiétant cependant, tant il a redressé la barre avec brio sur le Tour d’Oman, en gagnant une étape en «costaud » devant Valverde et Van Avermaet. L’Helvète _ qui tient à réaffirmer son leadership par la performance et par l’exemple : "Je suis le leader de l'équipe Trek, une des raisons pour lesquels l'équipe existe. Pour être un leader, il ne suffit pas juste de bien rouler et de ramener à la maison les plus belles victoires. J'ai compris cela. [...] Au camp d'entraînement, [...] quand le leader est en forme et le premier lors d'une ascension, quand les autres peuvent l'attaquer parce qu'il est vraiment fort, alors c'est un exemple" _ n’a pas caché son jeu longtemps : il sera bien l’un des hommes à battre lors de Milan-San Remo (dont il ne quitte plus le podium depuis 2011) et à l’occasion des courses flandriennes.

C’est également sur l’une de ces épreuves que Sir Bradley a jeté son dévolu.

Wiggins : objectif Paris-Roubaix

Le vainqueur du Tour 2012 va bientôt retourner à son premier amour, la piste, mais avant cela il tentera de devenir le premier homme à compter à la fois le Tour de France et la Reine des Classiques à son palmarès, depuis Bernard Hinault (1981).

Neuvième lors de la dernière édition de l’Enfer du Nord, il y sera très attendu cette année. En effet, d’un aussi gros rouleur et, qui plus est, d’un homme qui a bouclé sa première Grande Boucle à la 124e position (en 2006) et sa dernière à la première, on ne peut que se méfier. Il pourrait être amené à partager les responsabilités avec Ian Stannard et Geraint Thomas, au sein d’une Team SKY qui aura plusieurs opportunités.

Sur le Tour du Qatar, il a paru peu concerné par les passes d’armes quotidiennes, se réservant pour unique test (plutôt concluant) l’exercice chronométrique de la 3e étape.

Cette étape est la seule que le coureur britannique a terminée dans les vingt-cinq premiers. Tout le contraire de deux coureurs qui seront eux aussi des acteurs majeurs des prochaines semaines, sur le circuit World Tour. 

Boonen et Sagan, dauphins frustrés

Quatre « Top 5 » chez le Belge, sept du côté slovaque (deux 2e places chacun) ... mais toujours aucune victoire : pour Tom Boonen et Peter Sagan, le début de saison est aussi rassurant que frustrant.  Le nouveau leader de la Tinkoff-Saxo, pour les courses d’un jour, a fait preuve d’une belle régularité sur le Tour du Qatar, surtout en tenant compte de sa chute initiale (chute qui avait aussi impliqué Boonen). Sa cinquième place sur la deuxième étape du  Tour d’Oman est, par contre, plus préoccupante, tant le profil du final lui convenait. Moins tueur dans les derniers hectomètres depuis l’an dernier (notamment sur le TDF), Sagan va vite devoir rectifier le tir et se rassurer pour mettre à profit sa polyvalence : il est capable de s’illustrer partout, des arrivées en côtes aux secteurs pavés en passant par les courses débridées. Tommeke, quant à lui, parait être en léger déclin... mais reste un client dès que la course est durcie par le vent, la pluie et la distance. L’an passé, il a été présent parmi les dix meilleurs sur Gand-Wevelgem, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix (dont il est co-recordman avec quatre sacres) : il sera encore à surveiller cette année.

Comme eux, beaucoup d’autres adeptes des sprints massifs peinent à débloquer leur compteur de victoires. C’est aussi le cas de deux sprinteurs français.

Bouhanni/Démare, duel au second plan

S’ils ne souffrent plus de leur cohabitation tumultueuse et défendent aujourd’hui des intérêts différents, Nacer Bouhanni (Cofidis) et Arnaud Démare (FDJ) ne font pour l’instant pas rimer ce changement avec « épanouissement ».

En effet, ils se contentent de places d’honneur (ils comptent tous deux un podium) et subissent le début de saison hégémonique de Kristoff. L’actuelle carte maîtresse de la FDJ, pour les Classiques et étapes de plaine, a déjà fait preuve de bonnes dispositions dans les grandes courses d’un jour et espère y passer un palier. Vainqueur de la Vattenfall Cyclassics en 2012, il bute sur la victoire lors des épreuves plus prestigieuses : 2e de Gand-Wevelgem et 12e de Paris-Roubaix en 2014.

Le nouveau pur-sang de Cofidis ne peut pas se targuer d’une telle expérience, mais il a prouvé qu’il passait bien les bosses (sur la Route du Sud et la Vuelta, en 2014) et faisait de son absence lors de bon nombre de courses d’un jour, lorsqu’il était encore membre de la formation de Marc Madiot, l’un de piliers de ses envies d’ailleurs. L’ambition qu’il caresse est légitime mais certaines interrogations subsistent quant à sa capacité à se dévêtir de son costume de « pur-sprinteur ». Des interrogations, le nouveau leader de l’équipe MTN-Qhubeka en cristallise, lui aussi, énormément.

Boasson Hagen, énigme non-résolue

« Pur-sprinteur » il ne l’a jamais vraiment été, mais Edvald Boasson Hagen a pourtant remporté le maillot vert des deux premières éditions du Tour d’Oman (2010et 2011) tout en terminant, à chaque fois, deuxième du classement général, devant des escaladeurs pourtant talentueux (en 2011). Simple aperçu de son superbe potentiel. Mais l’hybride machine qui enthousiasmait alors le cyclisme mondial, vient de connaître une saison 2014 très décevante (tronquée par une blessure et dénuée de toute victoire, une première pour lui) et, cette année, sur cette même épreuve à Oman, EBH vient de terminer avec un zéro pointé au classement par points et une 38e place.

Cependant, tout n’est pas noir pour lui : 8e du chrono du Qatar, 37e au sommet de la Green Mountain (devant, par exemple, Cancellara, Boonen, Sagan ou encore Joaquin Rodriguez, qui effectue une rentrée très discrète et devrait être autrement plus compétitif sur les Classiques ardennaises) après avoir effectué un très bon travail pour ses grimpeurs, Hagen laisse entrevoir certains motifs d’espoir.

Il se montre en tout cas clair sur les échéances qu’il se fixe "L'objectif principal est Paris-Roubaix’’ et ambitieux ‘’J’aime cette Classique [...] Je serais heureux d'y accrocher un Top 10, mais mon objectif reste de la gagner’’. Sur le Circuit Het Nieuwsblad (une des seules courses à lui avoir réussi l’an dernier, 3e) le 28 février prochain, il aura l’occasion de balayer les doutes qui planent encore au-dessus de son retour sur le devant de la scène... qu’Alejandro Valverde ne quitte presque jamais.

Valverde, infatigable coursier

L’Espagnol est certainement l’un des coureurs les moins sujets aux mythiques “pics de forme” du cyclisme moderne : en effet, il brille quasiment sans interruption, chaque saison. Ainsi, l’an passé, il a terminé sur le podium d’au moins une course par mois, à part en mai, de février à septembre, remportant entre autres le Tour d’Andalousie (19-23 février), la Flèche Wallonne (23 avril) et la Clásica San Sebastián(2 août)  tout en glanant de belles places d’honneur sur le Tour de France (4e, 5-27 juillet), la Vuelta (3e, 23 août-14 septembre) et les Championnats du Monde (3e, 28 septembre). Impressionnant.

L’année 2015 ne semble pas partie pour déroger à la règle. Quatrième au classement général du moins réputé* Tour de Dubaï (4-7 février), acteur important du succès de son coéquipier Rojas sur la première étape au Qatar puis très en jambe à Oman (3e), le vainqueur du « Classement World Tour 2014 » performe déjà.

Il fera encore parler son jump lors des Classiques accidentées (en plus de décrocher la Flèche, la saison dernière, il a terminé 2e de Liège-Bastogne-Liège et 4e sur l’Amstel Gold Race). Classiques qu’affectionne particulièrement Philippe Gilbert.

Gilbert discret, Van Avermaet déjà prêt

Celui qui domina outrageusement la planète vélo en 2011 est l’une des figures incontournables du peloton... bien qu’il y agisse pour l’instant avec discrétion. Ainsi, sur les six rounds du Tour du Qatar, il a toujours terminé entre la 20e et la 35e place. Absent à Oman, le Champion du Monde 2012 confirme la tendance des dernières années : il sera présent lors du triptyque ardennais mais délaisse les pavés (axant notamment sa préparation sur le Giro, cette saison)

Ainsi, lors des prochaines courses, l’équipe BMC confiera certainement plus de responsabilités à Greg Van Avermaet. L’archétype du coureur « qui tourne autour » de la grosse victoire (Paris-Tour 2011 est pour l’instant son plus beau fait d’armes), a gagné du crédit il y a quelques mois en menant la vie dure à sa réputation de perfect loser, en remportant une très belle étape de l’Eneco Tour en août puis le Grand Prix de Wallonie en septembre.

Très bon 9e du contre la montre sur le Tour du Qatar et excellent 3e de l’étape remportée par Cancellara à Oman, il renoue avec ses bonnes habitudes et fait déjà état d’une condition physique intéressante. Facteur toujours très disparate à cette période de la saison.

Outre Purito Rodriguez, qui a donc fait de la patinette à Oman, Lars Boom n’a pas fait d’étincelles au Qatar (exclu lors de la cinquième étape, pour abri prolongé derrière une voiture). Par contre, Heinrich Haussler y a prouvé que son titre national (Champion d’Australie) attestait de son retour au premier plan (6e sur trois étapes et 8e au général). Il pourrait être attendu à San Remo, où Cavendish l’avait cruellement coiffé en 2009. Enfin, Filippo Pozzato, transparent au Qatar, était présent sur la 2e étape du Tour d’Oman, quatrième, intercalé entre GVA et Sagan. Le coureur de la Lampre, moins véloce qu’il a pu l’être, reste un challenger renommé.  

Quid des quelques absents ?

Mais tous les protagonistes des compétitions à venir n'étaient pas présents dans cette région du globe. Du côté des hommes forts, qui ne craignent pas les routes non-goudronnées, Sep Vanmarcke a participé au Tour de l'Algarve (18-22 février) tout comme Sebastian Langeveld, alors que, entre autres, John Degenkolb avait déjà décroché une victoire d'étape et une deuxième place finale à Dubaï (derrière le Cav'), avant de s'envoler vers l'Europe (Vuelta a Andalucia).

Chez les férus des montées explosives, Simon Gerrans, qui s'est blessé à l'inter-saison (clavicule cassée) n'a pas encore repris la compétition, Dan Martin et Tom-Jelte Slagter (membres de l'équipe Cannondale-Garmin) poursuivent leur préparation, Bauke Mollema (maintenant chez Trek Factory Racing) a déjà obtenu un bel accessit sur le Tour de Murcie, dauphin de Rein Taaramäe, devant Zdeněk Štybar, et Michal Kwiatkowski a étrenné sa tunique de Champion du Monde sur les routes de l'Algarve, avec une certaine réussite: 2e, derrière un Geraint Thomas impérial. 

 Des 298 bornes de la Primavera**, aux côtes nerveuses des Ardennes, en passant par les pavés et leur lot de danger, favoris et outsiders sont connus et le décor est planté. Seul le scénario reste à rédiger. Au sein de ce paysage susceptible d’évoluer, quels coureurs sauront se distinguer ?

Farvacque Simon

*car très « jeune » (2e édition)

**Milan-San Remo

 Sources et annexes :

Résultats complets (Tour d’Oman et Tour du Qatar) :

http://www.letour.fr/tour-of-qatar/2015/us/classifications.html

http://www.letour.fr/tour-of-oman/2015/fr/classements.html

Calendrier UCI World Tour : http://www.lequipe.fr/Cyclisme/pro-tour-calendrier.html

Programmes de coureurs majeurs : http://www.cyclismactu.net/news-route-le-calendrier-2015-de-tous-les-leaders-du-peloton-46562.html

http://www.cyclismactu.net/news-route-edvald-boasson-hagen-gagner-paris-roubaix-46959.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_de_France_2013

http://www.cyclismactu.net/news-route-fabian-cancellara-je-suis-le-leader-de-trek-47246.html

http://www.letour.fr/tour-of-oman/2015/fr/coureurs/etixx-quick-step/boonen-tom.html

http://www.sudinfo.be/1172306/article/2014-12-17/philippe-gilbert-renonce-aux-classiques-flamandes-pour-2015-tout-pour-le-maillot

http://yourzone.beinsports.fr/cyclisme-entre-paris-roubaix-et-le-tour-un-symptomatique-desamour-9942/

Publié le 22/02/15