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La toute-puissance de la Liga, bon ou mauvais présage pour la Roja ?




La toute-puissance de la Liga, bon ou mauvais présage pour la Roja ?
 

Une course au titre passionnante au dénouement des plus indécis, une ligue Europa remportée et une Ligue des Champions à ses pieds : cette saison, sur l’Europe, le football espagnol semble régner. Mais alors que se profile, dans
moins d’un mois, la coupe du monde au Brésil, la forme étincelante de ses clubs est-elle annonciatrice pour l’Espagne, d’un nouveau sacre de son équipe nationale ?

Depuis 2008 l’Espagne est l’astre autour duquel tourne la planète football. En effet, les deux Coupes des Confédérations qu’elle a grassement abandonnées au Brésil ne pèsent pas bien lourd face à l’historique triplé1 qu’elle a réalisé.


Mais son hégémonie n’est pas gravée dans le marbre, et rien ne garantit que son succès se perpétue. Lassitude de ses joueurs cadres, désuétude de son système de jeu, émergence de nouveaux adversaires… les facteurs susceptibles de remettre en cause sa domination sont légion.
Pour autant, les raisons de croire en la poursuite de son embellie ne manquent pas: stabilité, expérience et autoritaire qualification se font l’avocat de son ambition. Mais dans quelle case la flamboyante santé sportive de ses clubs est-elle à ranger ?

Vient-elle étoffer l’argumentaire des détracteurs de la Roja 2, ou celui de ses amoureux transis ? Partons du postulat  qu’elle est de bon augure.


Suprématie continentale réaffirmée
La saison dernière, en Ligue des Champions, à partir des quarts de finale tous les clubs espagnols se font éliminer par des clubs allemands, en demi le FC Barcelone subit une cinglante défaite face au Bayern Munich (7-0 sur l’ensemble des deux matchs) et la finale est 100% germanique.  Sur fond de passation de pouvoir, tant le Barça a marqué les dernières éditions de la compétition, le football allemand, dans le sillage de ses clubs, semble prendre les commandes de l’Europe.


Que nenni. Le constat est clair, en un an tout à changé. Entre l’ogre sans pitié et l’ancien roi humilié, les rôles se sont inversés : cette année le Real Madrid a éliminé successivement trois équipes germaniques, vengeant, comble de l’ironie, son rival catalan en écrasant le Bayern Munich 4-0 sur ses propres terres. Un rival  catalan que seul l’Atlético Madrid a su stopper. Le football espagnol est au sommet.


Dans l’imaginaire de chacun, cette toute puissance ne peut être que positive pour le ballon rond hispanique: car elle vient non seulement infirmer la théorie de son déclin, mais représente même un tour de force qui marque les esprits.


Or, pour consolider son emprise, le tyran doit conserver son aura, et la crainte qu’il suscite chez ses assaillants est l’avantage psychologique sans lequel son règne ne saurait  perdurer. Lorsqu’une équipe est capable de démythifier le haka néo-zélandais, elle effectue le premier pas vers l’exploit. Le jour où les adversaires de Federer se sont décomplexés, le maître a commencé à déchanter. Ainsi lorsqu’un sportif ou une équipe au firmament voient leur prétendue supériorité se déliter, leur statue se fissurer, c’est une véritable brèche dans laquelle leurs opposants peuvent s’engouffrer. 


Si la majorité des prétendants à sa succession se voient encore comme de simples faire-valoir, le tenant du titre espagnol pourrait bien récidiver et remporter la Coupe du Monde. Car en plus de semer le doute dans l’esprit de ses adversaires, cette saison l’a sans doute rassuré en certains points.


Dynamique positive et esprits revanchards


Les performances encore satisfaisantes du poumon de l’équipe catalane (Xavi-Iniesta-Busquets), la progression éclair de son possible nouveau goleador, Diego Costa, la renaissance de son meilleur buteur, David Villa (libéré de l’ombre de son ancien coéquipier
Lionel Messi) sont autant de motifs de satisfaction  pour la Roja. La pléthore d’attaquants dont dispose Vicente del Bosque pourrait même l’amener à ne pas sélectionner Villa,
c’est dire les nombreuses solutions qui s’offrent à lui offensivement. De plus, dix des onze joueurs ibériques à avoir réalisé le triplé sont encore candidats pour être sélectionnés cette année. Le changement se fait par la continuité.


Mais plus globalement, c’est soi portés par la dynamique d’un cercle vertueux soi à la fois réconfortés par une saison plutôt convaincante et animés d’un fort sentiment de revanche que vont se présenter bon nombre de joueurs espagnols cet été.
Dans les deux cas, ce sera avec un esprit conquérant.


Cependant la finale de la Ligue des Champions jouera certainement un rôle important dans
les performances estivales de l’équipe d’Espagne. Par exemple, une défaite des joueurs du Real, ce samedi, serait destructrice moralement.
En effet, la Decima se fait déjà attendre depuis 12 ans, s’en voir priver par son voisin madrilène serait un cataclysme pour la Maison Blanche 3.

Mais ce possible blues de certains de ses leaders n’est pas la seule épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête de la sélection espagnole. Les résultats probants de ses clubs ne sont peut-être que le nuage de fumée qui masque son essoufflement.
Possession désacralisée, plan de jeu désuet ?

Paradoxalement, l’écrasante victoire madrilène sur une impuissante équipe bavaroise made in Guardiola ne serait-elle pas une mauvaise nouvelle pour le football ibérique ? Car cette saison, apparemment rose pour lui, a également remis en cause certaines de ses certitudes. Les échecs du Paris Saint-Germain, du Bayern Munich et du FC Barcelone, dans la plus grande des compétitions européennes, personnifient en effet celui de la possession stérile
du ballon.


Or, cette tare de la passe à dix qui guète la Roja semble se préciser depuis quelques mois, voire même quelques années. Interrogé à ce sujet l’an dernier, Sergio Ramos avait répondu « Nous devons continuer avec ce qui nous a mené au succès, qui est notre philosophie, notre style de jeu, il ne faut pas le changer ». S’accrocher à son identité lorsque l’on y a forgé ses plus grands succès tout en sachant se remettre en question est une chose, se borner à ne pas évoluer en est une autre. Et entre ces deux options la frontière est parfois infime. Alors l’Espagne mourra-t-elle avec ses idées ?


Outre la potentielle révolution tactique qui se cache derrière le constat précédent, l’état de sa défense pose question (quid de Gerard Piqué, a-t-il encore la tête à son sport ?). De plus, l’influx nerveux que les joueurs de l’Atlético, du Real et du Barça auront perdu dans cette terrible lutte à trois, ainsi que celui que les madrilènes laisseront ce week-end sur le pré, se ressentira peut-être dans quelques semaines.


Une problématique quasiment nouvelle pour les joueurs espagnols ces dernières années.


Le Barça et la Roja, des palmarès sur courant alternatif 


Si l’Atlético Madrid, comme le FC Séville cette année, a remporté la Ligue Europa en 2010 et 2012 _ n’étant alors qu’un faible pourvoyeur de joueurs pour l’équipe national _ de son côté le Barça a soulevé la Coupe aux grandes oreilles en 2009 et 2011, établissant une
troublante alternance entre ces deux victoires et celles de la sélection (2008, 2010 et 2012). D’ailleurs, aucun club hispanique n’a atteint la finale de la C1 une année de Coupe du Monde ou d’Euro, depuis que l’Espagne règne sur le monde. La dernière fois qu’elle s’est
présentée à un grand championnat en tant que détentrice de la Ligue des Champions, en 2006, elle avait été éliminée en 8e de finale, pourtant sûre de son fait, par la France d’un Zidane qu’elle se voyait déjà envoyer à la retraite.


De plus, lors des trois saisons qui se sont conclues par un sacre de la Roja, la Liga n’avait accouché d’un véritable suspense qu’en 2010, et en moyenne, sur ces trois exercices, l’écart entre le champion et le 3e culmine à… plus de 28 points ! Autant dire que cette année, l’éreintante course-poursuite à laquelle se sont livrés l’Atlético, le Real et le Barça (qui se tiennent en 3 unités) est une grande nouveauté.


Sachant que le trio offensif de Manchester City, Navas-Silva-Negredo_ qui représente
trois candidats sérieux à la liste des 23 _ a lui aussi du batailler jusqu’à la dernière journée pour être titré en Angleterre, on comprend que la grande majorité des joueurs sélectionnés par Vicente de Bosque, n’auront eu que peu de répit avant d’entamer la Coupe du Monde.


L’Atlético, troisième larron perturbateur ?


Des joueurs qui viennent d’horizons plus diverses que les dernières années, la domination du duo Barça-Real sur la sélection se veut d’ailleurs moins écrasante que lors des précédentes grandes compétitions internationales: 11 joueurs sur 23 dans le meilleur des
cas, contre 12 en 2012 et 2010.


Là aussi, on peut y voir un risque pour la Roja. Pourtant, le danger a longtemps semblé être, justement, la cohabitation difficile entre merengues et blaugranas. Mais c’est dans cette
surprenante relation que s’est construit la base du succès espagnol. Une relation à la limite de la schizophrénie : les joueurs des deux équipes se battant parfois comme des chiffonniers lors de Clasicos à l’atmosphère irrespirables, avant de s’unir dans l’adversité durant un été sur deux pour mettre en commun leurs capacités et porter leur pays4 au sommet.  


Cette année, une première depuis 2008, le monstre à deux têtes qui est née de cette
alliance forcée n’est plus majoritaire et la présence, entre autres, d’un certain nombre de joueurs de l’Atlético (jusqu’à 4) va rabattre les cartes et remettre en cause cet équilibre enfin trouvé.


 De plus, la possibilité évoquée précédemment, de voir trois joueurs d’un même club étranger sélectionnés s’inscrit dans une tendance plus globale : En effet, il n’est pas incongru de penser que dans sa liste des 23 (pour l’instant élargie à 30) Vicente del Bosque retienne des joueurs issus de quatre championnats différents _ (Pepe Reina [Naples] devrait
être conservé, Martinez voire Alcantara  [Bayern] ont une belle carte à jouer et Premier League et Liga sont d’avance invitées)_ alors que lors des trois précédentes campagnes victorieuses, seulement deux étaient représentés.


Ce relatif cosmopolitisme, pose une autre question : finalement, existe-t-il vraiment des enseignements à tirer des bons résultats des clubs espagnols sur la scène continentale et du championnat relevé qu’ils ont proposé ? Et d’une manière plus générale, peut-on aujourd’hui établir un lien entre la réussite des clubs et de la sélection nationale d’une même nation ?


Le championnat domestique, indicateur parfois trompeur ?


Prenons l’exemple de l’Angleterre, chez qui ces deux données sont diamétralement opposées.


En 2007/08, la ligue des champions est la propriété de la Perfide Albion, nous sommes au paroxysme de la dictature des clubs anglais sur l’Europe.En effet, durant cette édition de la C1, aucun d’entre eux n’est éliminée par un adversaire d’une autre contrée, et la finale voit s’opposer les équipes qui ont terminé l’année aux deux premières places de la Premier League : Manchester United et Chelsea.


Mais 2008 est aussi une sombre année pour le football anglais : en effet, alors qu’elle n’en avait raté aucun depuis 1984, sa sélection ne participe pas à l’Euro. En berne depuis son controversé titre de champion du monde en 1966, poursuivi par la malédiction des tirs au but, le berceau du football fait pâle figure pendant que ses clubs rayonnent aux yeux de l’Europe.


Si cette absence de représentativité est une des particularités de la Premiere League5, où elle est exacerbée, elle traduit tout de même la réalité du gouffre qui se creuse au sein de certains pays, entre la compétitivité des clubs et celles de l’équipe nationale. Des nations comme les Pays-Bas (et peut-être la Belgique dans les années à venir) en sont l’exemple opposé : celui d’un pays dont l’équipe fanion est plus performante que le championnat. Les
potentielles raisons d’un tel contraste sont multiples (répercussions de l’arrêt Bosman, facteurs économiques…) et méritent réflexion.


Mais samedi, dès le coup de sifflet final qui viendra clore la Ligue des Champions, toutes ces préoccupations seront provisoirement oubliées, et tous les regards se tourneront alors vers l’événement de l’année. Que les résultats de ses représentants soient pour elle un avantage ou un inconvénient, l’équipe d’Espagne s’envolera dans quelques jours pour le Brésil dans le but de lui ravir le statut de dernière nation à avoir conservé sa couronne mondiale (1958-1962). Un exploit qui lui permettrait de prendre une place encore plus importante dans l’Histoire du football. Une Histoire qu’elle a déjà marquée de son empreinte par sa philosophie de jeu et son palmarès récent, mais dans la quelle trente et un autres
pays aspirent à s’illustrer cet été.


Alors, la Roja va-t-elle continuer de conjuguer sa Légende au présent, ou a-t-elle fait son temps ?


FARVACQUE
Simon


1 Le triplé Euro (2008)-Coupe du Monde (2010)-Euro (2012),
une première dans l’histoire du football
2 Surnom de l’équipe nationale espagnole
3 Surnom donné à l’équipe du Real Madrid (le terme merengues utilisé plus tard en
désigne les joueurs)

4 Simple constat sportif. Car le patriotisme de la grande majorité des joueurs catalans… ne s’exprime pas envers l’Espagne, mais bien envers la Catalogne.
5 Outre les équipes d’Arsenal ou de Newcastle, au
fort accent français, c’est plus globalement le système du championnat qui se
veut moins « patriotique ».
Par exemple : les équipes anglaises ne sont pas soumises à un nombre
maximum de joueurs extracommunautaires. Cependant il existe certaines
conditions pour engager un joueur extracommunautaire (concernant le niveau de
jeu de ce dernier) pour plus d’infos :  
http://soccerpopulaire.wordpress.com/2014/02/26/extracommunautaires-etrangers-joueurs-locaux-tour-dhorizon-des-reglements-europeens-et-sud-americains/


Publié le 20/05/14

Autres sources :

http://fr.uefa.com/uefachampionsleague/season=2014/statistics/round=2000479/clubs/kind=distribution/index.html#order=6desc


http://www.goal.com/fr/news/758/coupe-du-monde-2010/2010/05/20/1933998/mondial-2010-la-liste-des-23-espagnols


http://www.goal.com/fr/news/32/espagne/2014/05/13/4815315/les-30-espagnols-pr%C3%A9s%C3%A9lectionn%C3%A9s-avec-diego-costa


http://www.calciomio.fr/les-23-espagnols-de-leuro-2012_142487


http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_d'Espagne_de_football_au_championnat_d'Europe_2008