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Judo - Championnats d'Europe : cinq "matchs dans le match"

A Kazan, la compétition continentale a été dominée par la délégation française. Dans le sillage d'un Teddy Riner monolithique (invaincu depuis 2010, glanant sa cinquième couronne européenne), les Tricolores ont décroché huit breloques, dont cinq du plus beau métal (tournois "par équipes" compris). Mais dans ce panorama bleu azur, la quête de suprématie européenne passait, parfois, au second plan, derrière celle du leadership national. 

"Préparer les Jeux". "L'objectif de la saison, c'est Rio". Ce refrain bien connu, chantonné par une grande partie de la Planète Sport, était le leitmotiv de nombreux discours, ces derniers jours, aux abords des tatamis à Kazan. Si certains judokas français étaient là en quête de sensation (Audrey Tcheuméo, revancharde face à Guusje Steenhuis), voire dans le but de poursuivre leur hégémonie (Teddy Riner), d'autres cherchaient tous simplement à obtenir leur sésame pour l'événement de l'année, avant même de penser à y briller. 

Pour candidater, il faut répondre à plusieurs impératifs. Le comité de sélection de la Fédération Française de Judo peut retenir un athlète par catégorie de poids, à condition que celui-ci figure parmi les 14 (F) ou 22 (H) premiers du classement mondial de la dite catégorie (chaque Comité National Olympique, chargé de valider la liste, a droit à une exception). 

Ce classement est établi sur les deux dernières saisons (avec pondération : les douze premiers mois de cette période étant deux fois moins pris en compte que les douze suivants) et se veut donc le témoin d'une excellence perpétuée. Mais au-delà des performances intrinsèques, il faut donc faire mieux que ses compatriotes, être le numéro un de son pays pour le représenter. Ainsi, en filigrane de ce bilan très satisfaisant - huit médailles dont cinq en or, meilleure nation - plusieurs duels fratricides avaient pour fort enjeu, un billet pour les Jeux.

Gneto - Euranie : deux déçues... l'une moins que l'autre 


En -52kg (F), deux Tricolores pourraient faire preuve d'une légitime ambition à Rio. Annabelle Euranie (33 ans) et Priscilla Gneto (24 ans) figurent en effet dans le "Top10" planétaire. La première citée, en pleine deuxième carrière (retraitée entre 2007 et 2013, 5e aux JO d'Athènes en 2004), "fini(t) ce qu'elle avai(t) commencé ", selon ses propres termes. Consciente de l'importance du tournoi de Kazan - déclarant avant d'y participer : "Je suppose que celle qui fera une perf' aux Europe aura une longueur d'avance" - Euranie a échoué au pied du podium, pendant que sa "rivale" atteignait la finale. 

Cette finale, Priscilla Gneto, bronzée à Londres, l'a perdue face à Majlinda Kelmendi. Celle-ci, championne en titre, est une redoutable adversaire qui ne lui réussit guère (quatre défaites en cinq combats). Gneto était donc amère : "J'ai fait une erreur qui m'a été fatale (...) je voulais vraiment gagner, c'est dommage". Mais si elle n'a pas su s'imposer comme la patronne de sa catégorie, elle a marqué des points en vu de cet été. 

Pavia - Receveaux : Automne reprend la main 

Un cran au-dessus, sur la balance (-57kg), la France présente également plusieurs judokates de haut niveau. Automne Pavia (27 ans), elle aussi médaillée lors des JO 2012 était peu convaincante ces dernière semaines (absente du podium lors du Paris Grand Slam). Hélène Receveaux (25 ans), qui l'avait battue début avril au GP de Samsun, semblait sur une meilleure dynamique (n°1 française au classement mondial).

Les deux femmes se sont affrontées en demi-finale, et c'est Pavia qui s'est imposée, avant de se parer d'or (pour la troisième fois en CDE). De son côté Receveaux a enchaîné avec une nouvelle défaite, échouant pour le bronze. Le vent a-t-il tourné ? 

Emane - Posvite : prime à l'expérience 

En -70kg (F), la hiérarchie du "ranking" a été respectée. Gévrise Emane (33 ans) a remporté son cinquième titre de Championne d'Europe. Après sa médaille d'or mondiale de l'an passé, elle continue de briguer un premier sacre olympique.

Fanny-Estelle Posvite (23 ans) a également réalisé un bon tournoi... mais sa défaite en demi-finale face à Esther Stam l'a privée d'un duel franco-français qui aurait pu rebattre les cartes. La jeune judokate tricolore a terminé sur une bonne note, montant sur le podium grâce à sa victoire sur Sally Conway. Les deux athlètes bleues ont le niveau pour prétendre aux Jeux : la plus expérimentée a un temps d'avance, la plus jeune encore le temps de retenter sa chance. 

Khyar - Limare : même pas cap' ?

Déjà au top. Walide Khyar (20 ans), -60kg (H), disputait sa première grande compétition chez les Seniors... et il s'est paré d'or ! Il a relevé le défi d'obtenir une médaille pour sa première cape, avec la manière, remportant le tournoi grâce à un ippon acrobatique, alors qu'il était mené en finale. Ce superbe succès va lui permettre d'intégrer un "Top 20" planétaire, dont faisait déjà partie Vincent Limare (23 ans), son "concurrent". 

Sorti dès le deuxième tour, Limare a perdu gros. Jeune, lui aussi, il pourrait bien voir son statut de leader français de la catégorie remis en cause par l'arrivée spectaculaire de Khyar chez les grands. Lucide - "Je perds d'une pénalité, ce n'est pas grand-chose, mais à ce niveau-là, la moindre erreur se paie cash" - il voit Rio s'éloigner. 

Korval - Le Blouch : verdict hors des tatamis

Rio, Loïc Korval (27 ans), -66kg (H) pourrait ne pas y être invité. Lui qui était sélectionné pour ces "Europe", n'a pu y participer, en raison d'une suspension due à trois manquements aux obligations de localisation entre 2014 et 2015. L'issue de cet imbroglio jouera un rôle majeur dans le choix des "sélectionneurs". En effet, en l'absence de Korval, Français le mieux classé, Kilian Le Blouch (26 ans) a cédé face à Ardanov, sur ippon dès le deuxième tour (son premier combat). Au-delà des décisions juridiques, Le Blouch devra profiter des tournois de Mai (Grand Slam de Baku, du 6 au 8, Grand Prix d'Almaty, du 13 au 15, par exemple) pour gagner quelques rangs (27e avant ce CDE) s'il veut assurément "profiter" de l'absence de son compatriote. Dans ce tête-à-tête, les critères sportifs ne sont pas les seuls à influer... alors qu'ils suffisent bien souvent à rendre la tâche du comité de sélection compliquée. 

Celui-ci se réunira le 31 mai prochain et devra trancher. Entre dynamique du moment, pedigree, force de l'expérience et fougue de l'insouciance, il devra faire des choix. Certains seront cornéliens.

Simon Farvacque 

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 (Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Championnats_d%27Europe_de_judo_2016 - le tableau des médailles ci-dessus ne tient compte que des compétitions individuelles).

Autres sources : 

http://www.ffjudo.com/uploads/elfinder/PDF/SPORTIF/Systeme_qualification_FF_Judo_Rio.pdf

http://www.lequipe.fr/Judo/Actualites/Championnats-d-europe-la-francaise-priscilla-gneto-en-argent-en-52kg/654456

http://www.ffjudo.com/actualite/championnats-deurope-la-selection-francaise  

http://www.paris-normandie.fr/detail_sport/articles/5579605/judo-championnats-d-europe--vincent-limare-cale-au-plus-mauvais-moment#.Vxwd0jCLSM9

Publié le 24/04/2016