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L'après-Parker...

... par la continuité ? L'erreur à éviter 

Cet été, l'équipe de France de basket masculin a vécu un crépuscule douloureux. Celui d'une génération qui aura porté beaucoup d'espoirs tricolores pendant plus d'une décennie et avec un succès particulier depuis cinq ans. Les Bleus ont maintenant une nouvelle histoire à écrire. L'échec olympique - cuisante défaite (92-67) en quart de finale face à l'ennemi juré espagnol - suggère que tout est à reconstruire. Et c'est peut-être mieux ainsi. 

Tout est relatif. Face aux querelles intestines des fédérations françaises de natation et de tennis, qui ont rejailli à la surface de manière spectaculaire lors des JO de Rio, les problèmes d'organisation en équipe de France de basket masculin (voire plus largement dans toute la FFBB) n'ont pas fait la Une de l'actualité. Ils sont passés presque inaperçus mais ils ont accouché d'un tournoi olympique totalement raté et dont l'issue semblait inéluctable. 

Entre ambition et jubilé : l'insoluble équation olympique

En revenant sur l'un des choix forts de sa liste - celui de se priver d'Evan Fournier - le sélectionneur de l'équipe de France, Vincent Collet, a illustré à quel point la campagne olympique des Bleus était vouée à l'échec. S'il n'a pas sélectionné Fournier, sur qui il comptait pourtant d'après-lui, c'est parce que "les joueurs susceptibles de quitter le groupe, Antoine Diot, Charles Kahudi et Mickaël Gelabale on tous fait leur job pendant le TQO". Certes, mais il va plus loin : "Sortir Gelabale aurait été un séisme, en (eu) égard à son histoire avec les Bleus. Antoine est celui qui, historiquement, depuis cinq ans, est le plus précieux et fort sur de très petits temps de jeu, en sortie de banc. On ne serait pas champion d’Europe (en 2013) sans lui." L'équipe de France, cet été, ne s'engageait pas dans un tournoi : elle cherchait à clore de la plus belle des façons une page de son histoire. Or, ce genre d'épilogues heureux ne peut se commander. 
La réaction de Tony Parker - le compétiteur (!) - après l'élimination des Français - "Non, je ne vois pas ces Jeux comme un échec"  - en dit peut-être encore plus long. A trop vouloir terminer par un feu d'artifice (Parker, Gelabale et Florent Pietrus tiraient leur révérence), cette équipe s'est éteinte à petit feu.

Communication défectueuse

Si cette mort lente - défense infamante en match de poule contre l'Australie (66-87), vain espoir d'un sursaut d'orgueil face à l'Espagne - s'est faite dans la douceur, s'est notamment parce qu'Evan Fournier a eu la bonne idée de patienter avant de crever l'abcès : "Je ne voulais pas intervenir et dire un truc maladroit. Je connais les mecs, ils ont besoin d'être tranquilles." L'interview accordé par l'arrière/ailier du Magic à "L'équipe", publié ce mardi, soulève beaucoup de questions et met en lumière un grand manque de communication. Sa non-sélection ? Il l'a "apprise sur Twitteravant de recevoir un message vocal de Vincent Collet". 

Un dialogue quasi-nul qui ne date pas d'hier : "Il y a presque zéro contact (avec la fédération). Donc difficile de savoir à quoi s’attendre. Les deux moments où j’ai entendu parler de la Fédération cette année, c’était une visite de Patrick Beesley (DTN) à Orlando pour un repas, où on m’a indiqué les dates du TQO et des JO. On ne m’a jamais dit : si tu ne viens pas à Manille, tu ne viens pas aux JO. Le deuxième contact, c’est un SMS de Vincent Collet, le seul échange que j’ai eu avec lui depuis trois ans, en dehors des compétitions. C’était pour… me demander des places pour un match, pour des amis."

Nécessité de clarifier les critères de sélection

De quoi provoquer en lui un profond sentiment d'injustice et susciter des réflexions plus globales, qui vont au-delà de sa frustration : "Je comprends (la priorité offerte aux joueurs ayant participé au TQO). Si j’avais été au TQO et qu’on m’avait viré, j’aurais été fou. Mais dans ce cas, il faut que cela s’applique à tous… Déjà, les choses n’ont jamais été énoncées clairement. Ensuite, Rudy a été une ‘exception’. Puis, on a mis en place un processus particulier pour Nicolas Batum, qui a signé son contrat aux Philippines etc."

Le bon fonctionnement de l'équipe de France passera par l'élaboration de prérequis pour postuler au maillot national ou, a minima, par une meilleure communication avec les joueurs susceptibles de faire "exception". Car des règles strictes risquent d'être illusoires. Difficile pour la FFBB d'envisager de se montrer péremptoire, tant les franchises NBA ont des calendriers incompatibles avec les compétitions internationales et de puissants arguments à faire valoir auprès de leurs joueurs. Sacré défi. 

Des changements organisationnels pourraient donc se faire à l'échelle institutionnelle, mais sur le parquet aussi, il est peut-être temps de se remettre en question.

Un héritage tactique inexistant 

La période que vient de traverser le basket français correspond à une époque dorée, à l'échelle du palmarès tricolore : quatre médailles internationales, entre 2011 et 2015, dont le titre à l'Euro 2013. Mais pas à une révolution tactique durable et indélébile. La génération fer de lance de cette spirale positive aura marqué l'histoire de son sport en France, certes. Mais elle l'aura fait par le talent des joueurs qui la composent, par les qualités individuelles et intrinsèques de ceux-ci, par leur vécu commun, oui, mais par pas la façon dont ils ont évolué ensemble sur le terrain. Comme un symbole, la Roja a d'ailleurs remporté la bataille stratégique aux Jeux - que de tirs ouverts pour Mirotic (!) - en plus de dominer les débats dans l'agressivité. 

Quid maintenant de Vincent Collet ? Sélectionneur depuis 2009, l'ex-entraîneur de la SIG a-t-il l'envie de repartir dans une nouvelle aventure avec les Bleus ? Il semble en tout cas en avoir la possibilité. En effet, la FFBB en faisait son "option numéro un", selon sa réponse attendue "fin août au maximum", avant les Jeux, et n'a pas changé de posture suite au fiasco de Rio. S'il souhaite rempiler, il devra s'inscrire sur le long terme. Prendre le risque de se tromper en faisant confiance à des jeunes, essayer d'instaurer de nouveaux systèmes, ne pas faire illusion en s'appuyant quelques mois encore sur cet édifice en érosion. S'il confie les rênes de l'équipe à Diaw ou Batum, ce devra être dans des conditions différentes, car ils n'auront certainement jamais le profil "leader unique" que présentait TP. 

La page de l'ère Parker fait partie de celles qui se tournent brutalement, qui nécessitent une nette rupture, pas une simple transition. C'est un chantier qui attend Collet ou son successeur et le plus dangereux serait de ne pas l'envisager comme tel. 

Simon Farvacque

 

Source, journal "L'équipe" et http://trashtalk.co/

Publié le 01.09.2016