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Manchester United: l'héritage ambivalent de D.Moyes


               Manchester United (MU) détient le record de participations consécutives en ligue des champions (18 depuis cette saison).  Une série en cours, qui dure donc depuis 18 années mais qui risque fort de rester figée à cet âge synonyme de majorité. Comme si une  telle banalisation de l’excellence était réservée au monde imaginaire de l’enfance. Si cet exploit a bel et bien été réalisé, il semble déjà appartenir au passé, car aujourd’hui réalité et concurrence rattrapent un MU dont le manque d’efficacité n’a d’égal que les largesses de sa défense.

 En effet, au bout de 26 journées, le club pointe au 7e rang de la première league à 11 points d’une place de 4e permettant d’accéder au tour préliminaire de la ligue des champions. Une place occupée actuellement par l’ennemi juré : Liverpool. 

Une position qu’il n’a plus connu, au même stade de la compétition, depuis la saison 1989/90. A cette époque, David De Gea et Adnan Januzaj n’étaient même pas né, Juan Mata et Javier Hernandez apprenaient à peine à marcher, mais surtout, un certain Ryan Giggs ne s’était pas encore révélé*. Autant dire que c’était il y a une éternité.

Cette année-là, Liverpool était en train de remporter son 18e titre de champion d’Angleterre alors que Manchester United n’en comptait que 7. Un écart de 11 titres que le club mit 16 ans à combler sous la houlette de  Sir Alex Ferguson (dont s’était un objectif avoué : « Mon plus grand défi c’est d’avoir fait tomber Liverpool de son putain de piédestal »).  

Aujourd’hui,  comme un symbole, les hommes de David Moyes accusent un retard de 11, points cette fois, sur leur éternel rival. Ce retour dans un rôle de poursuivant démontre les difficultés de la passation de pouvoir entre les deux hommes.

Pourtant le départ à la retraite de Sir Alex Ferguson à la fin de saison dernière, incontestable élément déclencheur du relatif déclin qui touche le club, avait été minutieusement préparé. Mais si Fergie n’a pas souhaité laisser son poste vacant, prenant le soin de recommander (si ce n’est choisir) son propre successeur, ce dernier n’est pour l’instant clairement pas à la hauteur. L’élu en question, David Moyes, peine à faire fructifier les espoirs placés en lui. Le poids de l’histoire qu’il tente de perpétuer paraît inhiber ses velléités de futur grand technicien. 

Un héritage au goût d'inconvénient ou d'avantage ?

Une histoire qui n’inclut pas seulement celle de Sir Alex Ferguson (à la tête de MU de 1986 à 2013). En effet, si ce dernier a  redonné ses lettres de noblesse à un club mancunien en pleine période de disette (19 ans sans titre de champion à sa prise de fonction) faisant de lui le club le plus titré de l’Albion, l’ère Matt Busby (1945-58) fut la première à l’élever au rang de grand d’Angleterre.

Or, ces deux managers historiques sont écossais. Un point commun qu’ils partagent avec David Moyes. Bien plus qu’une simple anecdote quand on sait que le dernier titre de champion d’Angleterre remporté par Manchester United, avec sur son banc un manager non-écossais, remonte à 1911. Soit plus d’un siècle. On peut se demander, si s’inscrire au sein d’une telle lignée n’est pas un poids trop lourd à porter pour un entraineur si peu expérimenté.**

De plus, si l’honneur d’être adoubé par Sir Alex en personne offre une certaine légitimé à David Moyes, il lui confère également une pression supplémentaire.

Pression que son surnom aux airs de providences : The Chosen One, ne fait qu’amplifier.

Mais la difficulté de la tâche qui lui est imputée ne se traduit pas seulement par l’ambivalence de cet héritage lourd à porter. En effet Moyes prend les rênes d’un club déjà au sommet et, paradoxalement,  reconstruire sur des ruines est parfois plus aisé qu’entretenir un empire que l’on n’a pas érigé.

Old Traford ne fait plus peur

Il fut un temps où s’imposer à Old Traford résonnait comme un exploit retentissant, souvent réservé aux plus grands. Un exploit qui se banalise tristement.

L’an dernier encore, les adversaires de Manchester y étaient souvent confrontés à une équipe de tueurs faisant du théâtre des rêves le diabolique bourreau des leurs. La saison passée, les mancuniens avaient connus trois fois la défaite sur leurs terres en championnat, mais ils s’y étaient imposés durant les 16 autres rencontres disputées. Obtenant ainsi une excellente moyenne de 2,53 points pris par match à domicile.

Si cette année l’antre mythique n’a rien perdu de sa ferveur, son aura n’est plus qu’un leurre car ses impétueux visiteurs y affrontent une équipe d’enfants de chœur. Une équipe pourtant en partie composée des mêmes joueurs, mais dépourvue du fighting spirit de son ex-entraineur.  En effet, Sir Alex Ferguson semble avoir emporté avec lui la culture de la gagne et le refus maladif de la défaite qui caractérisait son Manchester. Cette identité perdue se reflète statistiquement : cette saison, Old Traford est déjà tombé 4 fois en première league, pour une moyenne d’1,62 point glané par rencontres.

Une autre marque de fabrique de Sir Alex manque cruellement à MU : le Fergie time.
Cette capacité à retourner les situations en fin de match_ autant due à la volonté et au talent de ses joueurs qu’à l’influence de son coach sur le corps arbitral_ magnifiée par le succès en finale de la Ligue des champions 1999 face à un Bayern Munich médusé, n’est plus caractéristique de MU.

Depuis la prise de fonction de David Moyes, le Fergie time a laissé place au Moyes time (cf chronique  d’Erik Bielderman dans L’équipe du 12/02/14) la certitude de vaincre qui décuplait les forces des Red Devils, à l’approche du coup de siflet final, s’est transformée en une peur de l’échec qui les tétanise.

Mais la perte du supplément d’âme qui habitaient les joueurs de MU au profit de cette fébrilité nouvelle, ne concerne pas seulement le money time, elle vaut de la première minute de chaque match, à la dernière. Jadis redoutable prédateur, le club mancunien devient trop souvent une proie facile pour ses adversaires. Bien sûr cette inversion des rôles n’est pas seulement due à des facteurs psychologiques. Ceux purement sportif ne jouent pas non plus en la faveur de Moyes.

L’absence conjuguée, pendant plusieurs matchs, de Wayne Rooney et Robin Van Persie (respectivement 2e et 3e meilleurs buteurs en activité de la première league) a évidemment joué un rôle prépondérant dans la saison en demi-teinte que traverse MU.

Ecrire sa propre histoire 

Cependant les difficultés dont fait preuve David Moyes pour affirmer son leadership restent la principale cause des maux actuels d’un MU méconnaissable. Un Manchester qui se contente maintenant d’un statut d’outsider, contraste saisissant pour un club qui n’était plus habitué à perdre depuis 20 ans.

Ainsi, le MU de Sir Alex Ferguson, Goliath des temps modernes qui faisait trembler le vieux continent, se mue depuis cette saison en frêle David qui effraie à peine ses plus proches concurrents.
Comme nous le conte la légende, le glorieux passé du club s’oppose aujourd’hui à David Moyes. Un géant qu’il doit vaincre en s’émancipant du soutien aussi inhibant que protecteur de son illustre prédécesseur, à cette condition seulement il pourra écrire sa propre histoire.
Une histoire qui fera peut-être de lui, dans 25 ou 30 ans, le symbole du Goliath imposant que devra à son tour terrasser un jeune et téméraire prétendant.

 

 

*Ryan Giggs a signé son premier contrat professionnel pour Manchester United en Novembre 1990

 

 

FARVACQUE Simon

Sources :

http://www.lequipe.fr/Football/FootballFicheEntraineur366.html**
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ryan_Giggs
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alex_Ferguson
http://www.manchesterdevils.com/club.php?page=history&part=index
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Manchester_United
http://www.eurosport.fr/football/premier-league/2012-2013/standing.shtml
http://www.eurosport.fr/football/premier-league/standing.shtml
http://lebuzz.eurosport.fr/article/les-11-citations-qui-ont-fait-la-legende-de-ferguson_a183/1
Journal l’équipe du 12/02/14
Publié le 17/02/14