Tweets sur sporthinker
Sporthinker
Un rendez-vous hebdomadaire pour tous les passionnés de sport.

US Open 2014 : le Tournoi des Légendes ?

A l’aune de leurs récents résultats, Serena Williams et Roger Federer, tous deux quintuples vainqueurs de l’US Open, peuvent légitimement ambitionner de remporter une sixième fois le Tournoi de Flushing Meadows (25 août – 7 septembre). Mais tout ne plaide pas en faveur de ce scénario. Alors, le Grand Chelem américain sera-t-il celui de ce légendaire duo ?

17. Ce nombre unit Serena Williams et Roger Federer dans l’Histoire du tennis. Il représente la totalité des Tournois du Grand Chelem qu’ils ont respectivement su remporter (en individuel). Seulement, le fait qu’il les unisse depuis près d’un an témoigne de leur incapacité à faire évoluer leur compteur de victoires dans ce domaine. S’élèveront-ils, main dans la main, dans les hautes sphères du panthéon de leur sport, ajoutant simultanément une unité à leur collection de trophées ? C’est en tout cas la tendance qui émerge de la tournée américaine. En effet, ils sont les seuls à avoir atteint le dernier carré du Masters du Canada et de celui de Cincinnati. De plus, leur forme est ascendante : après avoir échoué près du but dans le premier cité, ils ont remporté le second. L’an passé, les plus convaincants sur ces deux tournois (SW, encore, un titre et une finale) et Rafael Nadal (deux sacres) avaient confirmé leur emprise sur la concurrence en remportant l’US Open.

Mais au-delà de ce similaire été, la saison de la cadette des sœurs Williams et celle du Maestro diffèrent en de nombreux points.

Serena Williams à nouveau sur courant alternatif

Si l’Américaine est confortablement installée sur le toit de la WTA, sa faillite chronique lors des tournois majeurs, ainsi que son taux de matchs remportés (passé de 95%, en 2013, à 84% en 2014) remettent clairement en cause sa domination. Alors que depuis Wimbledon 2012 elle semblait s’être enfin débarrassée de la fâcheuse incapacité à briller sans discontinuité qui a caractérisé la majeure partie de sa carrière, son année 2014 est pour l’instant marquée du sceau de l’irrégularité. Pire encore, il y a quelques semaines, ce n’était pas seulement son niveau de jeu qui inquiétait, mais bel et bien son état de santé*. Maintenant que ces aléas semblent oubliés, la numéro 1 mondiale peut tenter de réaffirmer sa souveraineté.

Absente des quarts de finale lors des 3 GC de l’année alors qu’elle les a tous disputés _ cela faisait plus de 8 ans qu’elle n’avait pas connu une aussi mauvaise série en la matière (à cheval sur les saisons 2005 et 2006) _ elle cherchera à rétablir l’ordre dans un tennis féminin orphelin de sa patronne. En effet, la période de doutes qu’elle traverse coïncide avec celle d’instabilité du circuit WTA qui a vu cinq joueuses différentes remporter les cinq derniers Tournois du GC. Sachant que six hommes se partagent les 38 derniers opus masculins… la comparaison est symptomatique de l’absence d’une véritable hiérarchie chez ces dames.

Chez ces messieurs justement, Maître Roger caracole de nouveau parmi les tous premiers rangs du classement, ce qui, en début d’année, était loin d’être évident.

Roger Federer : la prophétie est en marche

Débarrassé de ses problèmes de dos, armé d’une nouvelle raquette1, réconcilié avec son jeu de jambe et son coup droit, métronomique au service, toujours aussi élégant sur le court, le Suisse a déjà remporté plus de titres cette année (3) que lors de sa décevante saison 2013. Une saison qu’il avait bouclé à la 6e place du classement ATP (« pire » résultat pour lui depuis … 2002). Actuellement 3e à la faveur de sa finale à Wimbledon (la première en GC depuis deux ans), il paraît à l’aise dans ce rôle, tout nouveau pour lui, de luxueux outsider. Son adaptation progressive à ce statut presque inédit, s’est faite dans la douleur, mais est aujourd’hui l’une de ses plus grandes armes.

Finalement, tout semble s’être mis en place, comme dans un rêve, pour qu’à Flushing Meadows se fasse le retour aux affaires du Roi Federer, et ce, dans un savoureux clin d’œil statistique. En effet, né le 08/08/1981 Roger a l’occasion, à l’US Open (qu’il n’a plus remporté depuis.. 2008), de remporter son 18e titre du GC et son 81e tournoi. 

Les deux champions abordent donc l’événement américain dans des situations différentes : Serena en reine (à peine) contestée qui se doit de « ré-asseoir » sa suprématie ; Federer en challenger, craint et respecté, qui peut bousculer l’ordre établi et continuer sa remontée dans la hiérarchie. 

Du côté de la concurrence aussi, la donne n’est pas exactement la même pour ces deux ténors en reconquête de leur statut de « maître ès tournois majeurs ». Alors d’où viendra pour eux le danger ?

Aux femmes l’honneur.

Halep et Bouchard, en perte de vitesse

A priori, à la lumière de l’ensemble de sa saison, Eugénie Bouchard (tête de série numéro 7) a tout de la sérieuse prétendante. En 2014, la jeune Canadienne a remporté le premier titre de sa carrière (Open de Nuremberg) et a participé à sa première demi-finale en GC. Performance qu’elle a même réalisée trois fois. Elle est d’ailleurs la seule à avoir été présente dans le dernier carré de tous les GC déjà disputés cette saison.

Seulement voilà, l’embellie laisse place au désenchantement et rien dans ses performances de l’été ne laisse présager que la passe de quatre soit réalisée : éjectée dès son entrée en lice à Montréal (en 3 sets… mais dont deux concédés sur le score de 6-0) et Cincinnati, la prometteuse Eugénie est dans le creux de la vague.

Simona Halep, autre joueuse à la trajectoire ascendante depuis plusieurs mois (47e en 2012, 11e l’an dernier, 3e aujourd’hui) connait elle aussi un été nuageux. Absente au Canada, défaite en quart de finale à Cincinnati, puis dès son premier match à New-Haven (où elle s’était imposée l’an passé) elle se présentera tout de même à l’US Open en tant que tête de série numéro 2, car Na Li est forfait.

Quid d’Azarenka ? Discrète Sharapova

Ce rang, c’est Victoria Azarenka (TDS n°16) qui l’occupait l’an dernier. Mais depuis son deuxième échec consécutif face à Serena en finale de l’US Open 2013, la Biélorusse a quasiment disparu des radars. De son état de fatigue global _ elle déclarait en fin de saison dernière : « … parfois la motivation manque. Mentalement et physiquement, je suis juste fatiguée » _ à ses blessures récurrentes (dont l’une, au pied droit, l’a privée de Roland Garros), l’année qui vient de s’écouler a, pour elle, été très compliquée. Elle présente donc actuellement peu de garanties sur son niveau de jeu.

Cependant, Vika est peut-être la seule joueuse du circuit à pouvoir battre Serena Williams, à la régulière, sur dur. Elle a en tout cas les armes pour rivaliser avec elle, comme elle l’a prouvé lors de leurs deux derniers duels finaux à Flushing Meadows (perdant à chaque fois en 3 sets, servant même pour le match en 2012). Capable de tenir le bras de fer du fond du court, capable de résister aux coups de boutoirs de l’Américaine et de la prendre de vitesse en cadence.

Tout ce qui manque à Maria Sharapova (TDS n°5), qui face à Serena paraît impuissante. Quinze fois de suite que Williams la bat, dix ans que le duel de cogneuses tourne immanquablement en la faveur de l’Américaine. Qu’il est loin le temps où, en 2004, la fraîcheur de la jeune Masha (17 ans à l’époque) emportait tout sur son passage, Williams comprise (battue 6-1 6-4 en finale de Wimbledon).

La Russe, absente lors des deux derniers US Open, n’a plus remporté de GC sur surface rapide depuis l’Open d’Australie 2008 (gagnant Roland Garros par deux fois, entre-temps… un comble pour elle). Elle sort d’un été discret (demi-finale à Cincinnati) et avance masquée en quête d’un deuxième sacre new-yorkais.

Kvitova, enfin la confirmation ? Radwanska, enfin la consécration ?

Petra Kvitova (TDS n°3), sacrée à Wimbledon, cherchera à enchaîner. Ce qu’elle n’avait pas su faire l’année de ses 21 ans, en 2011, lorsqu’elle avait obtenu son premier titre londonien ainsi que remporté cinq autres trophées.

Elle vient de s'imposer à New-Haven, mais à l’US Open, elle n’a jamais atteint les quarts de finale. Tout comme Agnieszka Radwanska (TDS n°4). La Polonaise en est à huit échecs consécutifs dans sa quête de Top8 sur le GC américain.

Elle a remporté le tournoi de Montréal puis de n'a perdu qu’en quart de finale à Cincinnati et débarque donc à Flushing avec une bonne dose de confiance.

Si son tennis complet, fait de variations et d’une parfaite occupation de l’espace, plaide en sa faveur, son relatif manque de puissance risque de rester rédhibitoire.

Stosur, tout ou rien ?

Samantha Stosur, elle, est dans une situation diamétralement opposée. Ancienne gagnante de l’US Open (en 2011 face à... Serena Williams) à une époque où elle était membre du Top 10 WTA, elle est aujourd’hui retombée au 25e rang de ce même classement (TDS n°24). Sa défaite d’entrée à Cincinnati (7-6 7-6), face à la n°1 du circuit, s’est avérée plutôt encourageante,  tout comme son assez bon tournoi de New-Haven (battue en demi par Kvitova après trois victoires, dont une, 6-2 6-2, sur Bouchard).

L’Australienne ne fait pas dans la demi-mesure à l’US Open, un sacre donc, mais aussi six éliminations au premier tour : que nous réserve-t-elle cette année ?

Notons que dans ce tennis féminin qui fait la part belle aux surprises depuis plusieurs années, la liste des prétendantes à la victoire finale ne saurait être exhaustive. Par exemple, Venus Williams (TDS n°19), finaliste à Montréal, vient de prouver qu’elle pouvait encore, ponctuellement, rivaliser avec les meilleurs.

Dès le premier tour, la très talentueuse Taylor Townsend se présentera face à Serena Williams, puis Kvitova, Azarenka, Bouchard et Stosur, pour ne citer qu’elles, seront susceptibles de se dresser sur sa route avant la finale. Sharapova, Halep et Radwanska étant les épouvantails de l’autre moitié de tableau.

Du côté du tournoi masculin, amputé de son tenant du titre, Rafael Nadal, impérial l’an dernier, quelles sont les forces en présence ?

Djoko, la tête ailleurs ?

Le serbe Novak Djokovic (TDS n°1, juste devant Federer) est dans une des (très courtes) périodes les moins fastes de sa carrière. Incapable de mettre son jeu en place, depuis son titre à Wimbledon, son esprit semble occupé par d’autres priorités que la petite balle jaune… en effet, il vient de se marier et il semble aussi heureux en amour que déboussolé sur le court.

Pourtant, avant la tournée américaine, il se montrait confiant quant à sa capacité à cumuler accomplissements personnel et professionnel : « Le tennis, c'est toute ma vie depuis que j'ai quatre ou cinq ans. Le mariage et tout ce qui m'est arrivé dans ma vie privée, ça ne peut que me servir de motivation supplémentaire et d'inspiration pour jouer encore mieux. […]  Je suis plein de joie, je suis plein de bonheur, plein d'énergie positive que j'espère pouvoir transférer sur les courts de tennis dans cette saison sur dur.»

Cette dernière fut un fiasco, avec deux éliminations en 8e de finale (face à Tsonga et Robredo).  Mais lors de cet US Open, le Djoker pourrait bien rebondir suite à ces déceptions, car c’est lors des grandes occasions que les champions prouvent qu’ils en sont. De plus, l’épique finale qu’il a remporté face à Federer (6-7 6-4 7-6 5-7 6-4), sur le gazon londonien, peut lui conférer un avantage psychologiquement sur ce dernier.

Tsonga, la confiance retrouvée

Si Djokovic a déjà prouvé qu’il savait se sublimer lors des grands rendez-vous de l’année, Jo-Wilfried Tsonga (TDS n°9) lui, peine à y arriver. Il était notamment passé à côté de son sujet lors de sa demi-finale perdue à Roland Garros, l’an passé.

Sa victoire à Toronto est venue récompenser tous les efforts qu’il consent depuis le début de la saison pour retrouver le niveau qui avait fait de lui le 5e du classement ATP (février 2012). Après un début d’année catastrophique, le Français réalise enfin des performances  dignes de son standing. Lorsqu’il est au top de sa condition physique et efficace au service, son son coup droit dévastateur fait de lui un sacré client sur surfaces rapides.

Il vient de glaner le deuxième Masters 1000 de sa carrière (après Bercy en 2008), la prochaine étape, après laquelle il court depuis sa finale perdue à l’Open d’Australie il y a six ans, c’est la victoire en Grand Chelem.  Victoire en laquelle il croit, déclarant en janvier dernier : « Je suis toujours en quête d'une première victoire en Grand Chelem, et je sens que j'en ai les capacités. Maintenant, c'est du travail, de la rigueur, et un peu de chance bien sûr !».

Ne serait-ce que pour atteindre les demi-finales il risque de devoir éliminer, successivement, Andy Murray et Novak Djokovic. Programme corsé.

Murray, vainqueur le plus récent des engagés

L’Ecossais (TDS n°8), décevant à Wimbledon (éliminé en quart de finale) s’était imposé à l’US Open 2012. En l’absence de Nadal, il est donc, parmi les joueurs présents, le dernier à avoir soulevé le trophée. De plus, ce sacre était son premier en GC : le tournoi américain lui réussit bien. 

Malgré sa saison paradoxale (toujours au moins en quart de chaque GC, mais aucun titre ni même aucune finale) et le fait que les effets de sa collaborations avec Mauresmo tardent à se faire ressentir, il sera un outsider à surveiller.

Tout comme David Ferrer (TDS n°4) finaliste à Cincinnati et toujours aussi constant (5e saison avec au moins un titre et parmi les dix premiers à l’ATP) ou Milos Raonic (TDS n°5) et Grigor Dimitrov (TDS n°7) dont les manifestes progrès se sont concrétisés par une première demi-finale en GC à Wimbledon.

Mais Federer devra aussi se méfier de l’un de ses compatriotes

Wawrinka, sacre australien enfin digéré ?

Si après son titre à l’Open d’Australie, Stanislas Wawrinka (TDS n°3) avait vite confirmé (victoire à Monte-Carlo face, en finale, à... Roger Federer), le reste de sa saison prouve que le déclic espéré peut se muer en un poids trop lourd à porter.

Décevant depuis plusieurs mois, il devra élever son niveau de jeu pour assurer lors d’un tournoi qui ne lui avait jamais vraiment souri... jusqu’à l’an dernier (demi-finale) ce qui lui vaut de nombreux points à « protéger » au classement ATP. S’il devait affronter l’homme aux 17 GC, ce serait en finale.

Le tableau de Roger Federer est, a priori, taillé pour lui. Avec, dans les premiers tours, la perspective d’affronter des « machines à ace » qu’il aime tant dérégler et jusqu’à la finale seulement deux potentiels adversaires qui, en GC, ont déjà su le faire tomber : Gulbis (TDS n°11), son bourreau à RG,  et Berdych (TDS n°6) qui sort d’un transparent été.

C’est donc avec un but commun mais dans des contextes légèrement différents que le Suisse et l’Américaine débarquent à New-York pour agrémenter leurs palmarès, déjà si fournis, d’un sixième US Open.

Serena Williams et Roger Federer, deux des plus grands chasseurs de Grand Chelem de l’Histoire du tennis, ne sont pas rassasiés, mis en appétit par une tournée américaine qui les a vu dévorer la concurrence, ils s’attablent sereins, à partir d'après-demain, pour un énième festin.

Au menu, certains adversaires qui n’ont rien de proies faciles et qui n’entendent pas jouer aux victimes expiatoires. Alors, qui aura l’audace de troubler la quiétude de ces deux légendes vivantes en venant s’inviter à leur royal banquet dans un rôle de seigneur et non de met ? 

Farvacque Simon


*A Wimbledon, engagée en double avec sa sœur, elle a été contrainte d’abandonner suite à un malaise : http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/S-williams-s-explique-un-peu/486171

1 Qu’il utilise depuis janvier et à laquelle Wilson a apporté quelques réglages début août (en plus d’en changer la couleur pour une « opération marketing ») : http://lemag.eurosport.fr/tennis/une-nouvelle-arme-pour-roger-federer-7347/

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurF_5302.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurF_4322.html

https://fr.sports.yahoo.com/news/serena-williams-t%C3%AAte-s%C3%A9rie-1-flushing-165117559.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Azarenka-juste-fatiguee/411313

http://www.lequipe.fr/base/tennis/duels/FaceaFace.html#JOUEUR1=333&JOUEUR2=1500000000003013

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurF_1500000000003013.html

http://www.welovetennis.fr/atp-toronto/88518-novak-djokovic-je-suis-plein-de-bonheur

http://www.lequipe.fr/Tennis/wta-classement.html

http://www.sports.fr/tennis/joueurs/atp/jo-wilfried-tsonga.html

http://www.eurosport.fr/tennis/tsonga-les-capacites-pour-gagner-un-grand-chelem_sto4082227/story.shtml

Le journal l’équipe du 22/08/2014

Publié le 24/08/2014