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Stade Français 23 – 18 Clermont (10.06.07), le jour où tout a basculé

Stade Français 23 – 18 Clermont (10.06.07),
le jour où tout a basculé



A la veille de son
déroulement, il était prématuré de l’écrire, trop tôt pour le savoir autant que dur de le prédire : le 10 juin 2007, la finale du Top 14 marquait un changement d’ère dans le paysage du rugby hexagonal, dont la capitale allait subir un net recul. Elle opposait deux clubs aux trajectoires prêtes à diverger le Stade Français, alors au crépuscule d’une décennie de domination, à Clermont, qui vivait l’une des dernières saisons de soumission à son interminable malédiction et avait finalement vu l’équipe parisienne s’imposer, au bout du suspense. Retour sur cette rencontre et coup de projecteur sur le remake de ce soir... prendra-t-il la même dimension « charnière » qu’il y a huit ans ?

Un essai, tel un coup de poignard, à trois minutes du terme. En coin, Radike Samo, le géant australien, s’affale dans l’en-but et le Stade Français glane son 5e titre en l’espace de dix ans, tandis que l’ASM se contente, une énième fois, de rêver d’un tel sacrement. Pourtant, l’entame quasiment idéale des auvergnats laissait présager une volcanique conquête du Brennus tant attendu. Rappel des faits.

Dès le coup d’envoi du match, le club clermontois (sept défaites en sept finales à cet instant) marque son territoire, Martin Scelzo captant le ballon botté par son ouvreur, Brock James. L’ASM ne profite pas de cette première incursion aux abords des 22 mètres adverses et la rencontre s’équilibre.

Clermont, conquérant, croit vaincre le signe indien...  

Les buteurs des deux équipes, en manque de réussite, ne concrétisent pas les velléités respectives de leurs escouades et le tableau d’affichage reste vierge jusqu’à la 21e minute (3-0 pour l’ASM, pénalité de James).  Cinq minutes plus tard, sur une attaque en première main, Tony Marsh perfore le premier rideau défensif, mais n’assure pas la continuité du jeu, perdant le ballon à 10 mètres de la Terre Promise... Montferrand assoit sa domination dans le jeu, mais la matérialise seulement par un nouveau coup de pied de son botteur (6-0, 34e min).

Anthony Floch, l’arrière des Jaunards, rajoute 3 pts, d’un drop opportun (9-0, 39e min)... les joueurs du Stade Français, leaders du championnat de la première à la dernière journée, vainqueur du tenant du titre en demi-finale (18-6), sont dans l’impasse, dépourvus de solutions. Clermont est-il en passe de triompher de sa malédiction, à force d’abnégation ?

Le deuxième acte  s’ouvre sur la poursuite du cavalier seul auvergnat (James, 12-0, 43e min)... mais le vent va tourner. Fabien Galthié fait entrer ses deux « jokers » de luxe, déjà marqueurs d’essais salvateurs au tour précédent : Brian Liebenberg et Radike Samo.

A la 50e minute, Paris ouvre enfin son compteur-points, par Hernandez, de plus de 50 mètres, dans l’axe (3-12). « El Mago » récidive trois minutes plus tard, après que son équipe ait obtenu une pénalité dans les 22 clermontois... grâce à une inspiration de sa part (jeu au pied par-dessus le premier rideau, pour lui-même) relayée par un soutien efficace de Liebenberg (6-12, 53e min). Les maudits d’Auvergne ne sont plus à l’abri d’un essai transformé.

... avant d’être emporté par le chant du cygne parisien

L’heure de jeu approche, lorsque James redonne aux siens un matelas de sécurité conséquent (15-6, 60e min). Une percée de Dominici, repris in extremis par une cuillère de Canale, offre à son numéro 10 argentin, l’occasion de poursuivre la remontée (9-15, 64e min).Survoltés, les joueurs parisiens finissent sur les chapeaux de roues. Ereintés, ceux de Clermont se retrouvent menés pour la première fois du match, quand Agustin Pichot, se fait la malle, aux abords de leurs pagelles, venant matérialiser l’ascendant physique pris par les Stadistes (16-15, 70e min).

Loin de rendre les armes, les protégés de Jean-Marc Lhermet repartent de plus belle. Pris par la patrouille dans un ruck, Paris perd immédiatement la main, car James ne tremble pas, passant une pénalité peu aisée, située dans une position semblable à celle qu’il avait initialement ratée (18-16, 74e min). La 78e minute fatidique approche.

Clermont, si près du but, bénéficie d’une touche dans le camp adverse, Parisse s’infiltre (douteusement, au vu du règlement) dans le camp adverse et intercepte. La suite rime avec perfection, tout s’enchaînant comme dans un rêve, pour le Stade Français. Relai de « Bibi » Auradou, libération rapide pour Pichot qui éjecte le ballon vers Hernandez. « El Mago » transmet, sur un pas, à Liebenberg qui sert Arias, arrivé comme une balle dans l’intervalle. Ce dernier évite Floch avant d’être arrêté par un retour héroïque de Marsh. La charnière argentine fait des siennes, Jeanjean assure la conservation, à deux mètres du bonheur. Après une courte séquence de pilonnage,  les deux Pumas décalent Samo qui allonge ses grands compas au grand dam du peuple auvergnat. Pour parachever son œuvre, Hernandez passe la transformation (23-18, 79e min), le sort en est jeté.

Pour le Stade, sept ans de labeur, pour l’ASM, enfin le bonheur

En cette année 2007, il n’y a donc point eu de passation de pouvoir, entre le Stade Français, équipe dominante du début du siècle (avec le BO) et l’ASM, force émergente du championnat français... mais un vrai passage de témoin symbolique. Certes, le flambeau du Bouclier de Brennus n’a pas changé de main, mais celui de favori, abonné aux finales, est bel et bien passé de Paris à Clermont.

En effet, depuis ce 10 juin d’il y a huit ans, le club de la capitale n’a plus obtenu un meilleur résultat que son rival de jaune et de bleu vêtu (voir infographie suivante).

Le cycle entamé par Clermont, véritable cercle vertueux, culminera en un titre de Champion de France (2010, 19-6 face à l’USAP, après dix finales perdues) tandis que celui du Stade Français, bien plus laborieux, l’aura privé des matchs « couperet » depuis cette même année 2010. Année qui verra l’écart entre les deux équipes atteindre son paroxysme, l’une étant couronnée, l’autre se contentant d’être une « simple » non-qualifiée.

Durant les quatre saisons suivantes, le gap se réduit... par le bas, Paris s’enfonçant dans les méandres du championnat (11e en 2011, 10e en 2013) et l’ASM surnageant à peine, n’atteignant aucune finale de Top 14.

La revanche verra donc les deux clubs, dans des proportions différentes, renouer avec certains de leurs souvenirs du passé. Pour quelques joueurs, ce sera l’occasion de les raviver (Parisse, Rougerie etc.) avec plus ou moins de plaisir et dans des circonstances différentes, mais pour la majeure partie de leurs effectifs respectifs ce sera une première, face à face, à ce stade de la compétition. Qui aborde ce duel dans les meilleures conditions ?

Etat des lieux des forces en présence : un duel indécis

Entre une politique de formation solide et des circonstances favorables (dans la tourmente, plus « simple » de se tourner vers les forces vives en interne) durant cette période plus terne en termes de strass et de paillettes, le club parisien s’est reconstruit en se basant sur la jeunesse (Plisson, Danty etc.). A cette identité ainsi créée, par le biais de joueurs qui mûrissent ensemble des catégories  inférieures au groupe professionnel, se sont greffées des recrues apportant une réelle plus-value (Waiesa notamment). De plus, l’émergence de cette génération sans complexe s’est faite avec l’appui de cadres expérimentés, du talentueux Parisse à l’infatigables Burban, en passant par le rassurant « papa Papé », l’inamovible Rabadan et les renaissants n°9 que sont Fillol et Dupuy.

Même Morne Steyn, fiasco initial, se met au diapason du récital et joue, enfin – en l’absence de Plisson – le rôle de chef d’orchestre pour lequel il a été embauché.

Chez les Jaunards, la puissance collective dégagée est tout aussi grande. Azéma a imposé sa patte en capitalisant  sur les acquis de la période-Cotter. Quelques points d’interrogation subsistent, surtout derrière, à l’approche de ce dernier acte : le forfait de Fofana, notamment, peut être handicapant... mais il reste à double tranchant. Ainsi, son absence fera gagner son équipe en sobriété (Stanley) – infiniment précieux pour un tel match - mais la privera de son « punch », entre autre.

Dans quelle forme est Nalaga ? L’ailier fidjien n’est plus aussi décisif. Celui qui éliminait quasiment à lui tout seul l’USAP, en 2008 (demi-finale), par le biais de deux raffuts destructeurs a-t-il définitivement disparu au profit de celui qui gâche une occasion en or dès l’entame de la finale de la coupe d’Europe, en se faisant « exploser » le ballon des mains à l’impact ? Mais au-delà de ces cas par cas, l’ensemble a fière allure.                                                                                                       

Nouvelle ère, celle de la diversité, en passe de débuter?

Clermont a, semble-t-il, redressé la barre, après une saison 2013-2014 très décevante (défaite en barrage, en championnat, et fessée subie en demi de H Cup). D’ailleurs, ce Delta entre ses performances d’une année sur l’autre (encore plus impressionnant côté parisien) va même jusqu’à se projeter, à moyen terme, dans le passé : la finale du Top 14 opposera deux clubs qui n’ont pas atteint ce stade de la compétition durant les cinq dernières années.... c’est une première depuis treize ans (lorsqu’en 2002, ni Biarritz, ni Agen n’étaient alors habitués à de telles joutes).

 

Derrière cette statistique, distingue-t-on les prémisses d’un Top 14 ultra-palpitant, pouvant voir chaque année deux clubs absents du précédent dernier carré se disputer le sacre (comme c’est ici le cas) ? Est-ce la fin de l’oligarchie des « grosses cylindrées » ? Cette appellation conserve-t-elle du sens dans un championnat si compétitif ? Championnat au sein duquel l’argument de la disparition des « petites équipes » était, hier, une hérésie promotionnelle, voire une superficielle mascarade*, et tend peut-être, aujourd’hui, à devenir une réalité.

S’il est trop tôt pour l’écrire... n’est-il pas l’heure de le prédire ?

 

Simon Farvacque

 *http://yourzone.beinsports.fr/rugby-top14-la-supercherie-de-la-starisation-58829/

http://www.lequipe.fr/Rugby/HIST_ELIT1.html

http://www.dailymotion.com/video/x8v89n_rugby-stade-francais-clermont-final_sport

http://www.lequipe.fr/Rugby/HIST_ELIT1.html

Publié le 13.06.2015