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Del Potro, l'homme aux poignets d'argile, terrible talon d'Achille

Del Potro, l’homme aux poignets d’argile, terrible talon d’Achille

Entre l’Open d’Australie 2006 et Wimbledon 2012, un seul tennisman a réussi à priver le trio Federer (11 GC sur cette période) –Nadal (10) – Djokovic (5), à l’appétit infiniment gargantuesque, d’un titre du GC. Cet impétueux héros, c’est Juan-Martin Del Potro.





558e au dernier classement ATP (616e en mars), l’Argentin ne disputera pas Roland Garros, dont le tableau principal s’ouvrait aujourd’hui. Tandis que Novak Djokovic y fera sa onzième apparition, dans le but d’imiter Federer et Agassi (deux des plus illustres joueurs à buter sur Les Internationaux de France... avant de les glaner lors de leur onzième tentative), Rafael Nadal  tentera d’y triompher une dixième fois et Federer d’y renouer avec sa gloire passée, Del Potro, lui, ne sera même pas de la partie, lassé. Lassé de ses retours avortés, le grand échalas Sud-Américain devrait être encore éloigné des courts jusqu’au mois de juillet (poignet gauche), où il pourrait reprendre la compétition en Coupe Davis (quart de finale Argentine – Serbie). C’est du moins ce qu’il espère, refusant pour l’instant de se faire réopérer (voir suite de l’article).

Mais si le terme « espoir » aujourd’hui l’anime, hier il le caractérisait. Récit de son fantastique début de carrière et des déboires qui tendent à faire de celle-ci un grand gâchis.

2005 - 2009, annoncée, rectiligne, irrésistible est son ascension

Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les cinq premières saisons de Del Potro, sur le circuit professionnel, l’ont mené vers les plus hautes cimes du tennis, à un rythme régulier. 


L’année 2006, celle de ses 18 ans, le voit faire ses premiers pas en GC (défait dès son entrée en lice à RG, ainsi qu’à l’US Open). Son potentiel se décèle rapidement. Longiligne mais puissant, il termine la saison dans le « Top 100 » (92e) du classement ATP, dont il est alors le plus jeune membre.

En 2007, il confirme ses prédispositions à devenir un Champion. Première cape en Coupe Davis, participation aux quatre tournois du GC (dont un 1/16e de finale à Flushing Meadows) et accession au « Top 50 » (44e à l’issue des douze mois de compétition)... Del Potro franchit, une à une, les étapes.

Son développement se poursuit en 2008, lorsqu’il gagne au moins un match de Melbourne à New-York (n’y chutant qu’en quart de finale face à Murray), en passant par Londres et la Porte d’Auteuil et remporte ses quatre premiers titres sur le circuit ATP. Tandis que sa relative fragilité corporelle – l’une des seules raisons de douter de sa capacité à se construire un grand palmarès, déjà – ne l’empêche pas de s’exprimer, son lourd coup droit lui permet de dicter l’échange : il conclut la saison au 9e rang mondial, après avoir participé à son premier Masters.

US Open 2009: Federer, un vincible adversaire

L’année suivante, il perd en quart de finale à l’Open d’Australie (fessé par Roger Federer, 6-3, 6-0, 6-0) atteint le dernier carré à Roland Garros (s’inclinant de nouveau face au Maître) avant d’attaquer l’US Open en outsider. Après un superbe parcours, en finale, il retrouve son bourreau récurrent, qui en est le quintuple tenant.

Certes, Federer a déjà cédé l’un de ses fiefs à la concurrence, l’année passée (lorsque Nadal lui avait infligé un terrible camouflet, en triomphant de lui en finale de Wimbledon), et donc vu son statut d’intouchable en ses terrains de prédilection s’étioler légèrement, mais le numéro 1 mondial vient de conquérir son premier (et unique jusqu’à présent) sacre à RG. Il reste un monument.

En tête à plusieurs reprises (menant un set à zéro, assorti d’un break, puis passant à deux points du match dans la quatrième manche), le génial Bâlois finit par déposer les armes face au jeune Argentin qui, à l’aube de ses 21 ans, glane son premier grand trophée (3-6, 7-6, 4-6, 7-6, 6-2)

La fin de saison de Del Potro est contrastée, entre belles performances –  finaliste du Masters (défaite 6-4, 6-3 face à Davydenko), victorieux de Safin (qui jouait son dernier match sur le circuit ATP) – et pépins physiques.

2010 - 2013 : coup d’arrêt, puis retour vers les sommets

Parmi ceux-ci, une blessure au poignet droit qu’il ne soigne que partiellement... la douleur ne le quittant jamais véritablement. Les ennuis commencent pour lui. Ce problème perdure en 2010, et lui nuit de plus en plus. Ainsi, il est contraint de s’arrêter de nombreuses semaines et, après plusieurs reports de son retour, l’opération s’avère nécessaire. En raison de cette intervention médicale son année 2010 est quasiment blanche.

A partir de son comeback en compétition (2011), et jusqu’en 2013, sa course pour retrouver le devant de la scène se fait sans à-coups (voir infographie précédente) et assez efficacement. Cependant, il peine à renouer avec l’excellence qu’il avait su toucher du doigt, ne réussissant pas à disputer une nouvelle finale en GC, se contentant d’une demie à Wimbledon (2013). Ses bonnes performances lui permettent tout de même de culminer à la quatrième place mondiale, début 2014. Celui qui était vu par beaucoup d’observateurs comme l’un des seuls joueurs de sa génération à pouvoir s’immiscer entre Nadal, Federer, Djokovic et Murray, dans la caste des très grands joueurs contemporains, va-t-il enfin franchir un cap ? Son corps, encore, va l’en empêcher.

2014 : symétrie respectée, deuxième envol brisé

Cette fois, c’est son poignet gauche qui lui cause du tort. En mars 2014, il se fait opérer et repart pour une année de galère, marquée par une nouvelle rééducation et placée sous le sceau de la frustration.

En ce début de saison 2015, il se distingue en battant Fognini (loin d’être une référence absolue, tant l’Italien est irrégulier) à Sydney, mais, prudent, il choisit de subir une nouvelle intervention afin de consolider son articulation meurtrie et s’éloigne à nouveau des courts.

Nouvelle tentative de retour à Miami, il y a deux mois : défaite plutôt rassurante dans le contenu (6-4, 7-6[7] contre Pospisil), mais accompagnés de propos qui incitent autant à l’optimise... qu’à la prudence : « Je ne suis pas à 100% libéré de toute douleur, mais je me sens mieux qu'à Sydney (...) Jouer ce match est un signe positif pour l'avenir. ». Derrière les formules de communication classiques, l’Argentin admet qu’il n’est pas débarrassé de toute gène.

2015 - ... Quelles perspectives d’avenir ? Une urgence relative.  

Aujourd’hui, le tableau est encore moins rose, Del Potro est donc forfait pour Roland Garros, et le serait également pour Wimbledon, envisageant de consulter le médecin de la Fédération Espagnole, sans songer à faire appel une énième fois à la chirurgie (pour l’instant).

Quand sortira-t-il de cette spirale négative ? Est-il en mesure de lui tordre le cou suffisamment vite pour reprendre le fil d’un destin soupçonné plus fantastique ? Certains facteurs (médicaux) ne dépendent pas de lui, qu’en est-il de ceux sur lesquels il peut agir (s’il est rétabli) : la préservation de sa motivation et de son état de forme global ?

Sa précocité, qui l’a vu éclore au plus haut niveau très tôt, donne au grand Argentin des airs de joueur expérimenté, à qui il ne reste plus que quelques années pour retrouver la voie du succès... pourtant, son âge suggère que le temps ne lui est pas encore compté.

En effet, Juan Martin Del Potro a 26 ans. Déjà ou seulement ? La question reste en suspens.  

Simon Farvacque

Sources :

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurM_3340.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurM_3153.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/La-galere-continue-pour-juan-martin-del-potro/558328

http://fr.wikipedia.org/wiki/Juan_Mart%C3%ADn_del_Potro

http://www.atpworldtour.com/Rankings/Singles.aspx?d=25.12.2006&r=1&c=#

http://www.welovetennis.fr/atp/98225-del-potro-ode-la-patience

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/La-galere-continue-pour-juan-martin-del-potro/558328

Publié le 23.05.2015