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Handball, EDF (F) :

entre frustration et satisfaction, bilan d’un Euro mitigé


Tant de maîtrise initialement dégagée, tant d’espoirs globalement suscités… mais surtout tant de déception à digérer. En une compétition, l’équipe de France de Handball féminin a emprunté un ascenseur émotionnel dans lequel elle a entraîné tous ses fans, s’offrant même le luxe de ponctuer son parcours d’une victoire qui la rapproche du rendez-vous olympique de 2016, répondant ainsi au minimum syndical qu’elle s’était fixée. A l’heure des bilans, que doit-on retenir du championnat d’Europe réalisé par les Bleues (5e) ? Aperçu, non exhaustif, des enseignements que l’on peut en tirer et des perspectives d’avenir qu’il a dessinées.

Le handball fait partie des sports dont l’universalité n’atteint pas les hautes sphères. L’emprise des nations du vieux continent reste ainsi très forte sur les compétitions internationales et le fait de réaliser de bons résultats lors d’un championnat d’Europe est, paradoxalement, plus significatif  que celui de briller durant un rendez-vous mondial. Cet indubitable constat qui régit le handball masculin (22/22 pour les pays européens, Russie et ex-URSS inclus, aux championnats du Monde) ne se caractérise pas par son absoluité chez les femmes (le Brésil, seul « intrus » du top 10 du dernier rendez-vous planétaire, en est tenant du titre) mais reste la traduction d’une forte tendance (19/21).

Des progrès qui n’effacent pas les regrets

 A la lecture de cette particularité sociologique, la mise en parallèle du résultat que l’équipe de France vient d’obtenir (5e de l’Euro) et de celui qu’elle avait acquis l’an passé (6e des Mondiaux) atteste d’une vraie progression. Progression que la jeune demi-centre Grâce Zaadi (21 ans) reconnait comme telle « Sur le projet de jeu, la fluidité et même les systèmes en défense, on voit qu’on a avancé. Cela fait un an et deux mois qu’on évolue toutes ensemble » et considère comme une étape en direction de futurs objectifs, qu’elle se refuse à identifier clairement « On a encore beaucoup de travail mais on est sur la bonne voie.».

Encourageant, le résultat des Bleues aurait pourtant pu être plus glorieux encore. Allison Pineau déclarant ainsi : « Nous pouvons avoir des regrets c’est certain. » avant de se montrer plus positive (voire suite de l’article). En effet, après trois victoires par une moyenne de 6 buts d’écarts et avec la meilleure défense de la compétition, les Françaises s’avançaient, non pas en favorites, mais en candidates déclarées aux demi-finales, à l’aube du deuxième tour. Une défaite (26-29 contre la Suède), un match nul (24-24 face à l’Allemagne) et une victoire (20-18, opposées aux Pays-Bas)  plus tard, elles sont éliminées de la course au titre (finalement remportée par la Norvège, pour la 5e fois en 6 éditions).  

 Que manque-t-il donc encore à cette équipe _ qui vient de terminer invaincue les tours préliminaires des deux dernières grandes compétitions qu’elle a disputées, sans en intégrer le dernier carré _ pour passer le cap des promesses et atteindre celui de la consécration ?

Un manque de rigueur à déplorer ? Un mal récurrent identifié.

« De la rigueur » selon Grâce Zaadi, qui fustige le relâchement coupable qui a suivi  cette entame satisfaisante «C'est dur de se dire qu'on est passées à travers nos deux premiers matches du deuxième tour et qu'on le paye aujourd'hui» ; de la constance (les deux sont intimement liés), sans doute ; de l’expérience (huit joueuses sur les quinze sélectionnées comptent moins de 50 capes), sûrement. Mais ce groupe, ainsi que ses récents prédécesseurs, souffre également de sa relative incapacité à se sublimer dans les grands moments.  Ainsi, aux Jeux Olympiques 2012, la France a chuté en quart de finale face au Montenegro, pour un but seulement (23-22). L’année suivante, durant les championnats du Monde, même stade la compétition, même cruelle désillusion : défait 22-21 face à la Pologne. A l’occasion de l’Euro qui vient de se clore, c’est en concédant le partage des points avec une Allemagne pourtant déjà éliminée que les Bleues ont hypothéqué leurs chances de qualifications (« inexplicable » selon la capitaine Siraba Dembélé).

Dans les matchs à très forts enjeux, qui se jouent dans les dernières secondes, sur une ou deux possessions, l’escouade tricolore pêche presque toujours. C’est une des carences qui l’empêche de soulever des trophées.

Au-delà de ce constat, le tableau n’est pas tout noir pour autant. Certaines joueuses ont su tirer leur épingle du jeu et élever leur niveau, alors que subsistaient beaucoup de questions autour de celui de l’équipe de France, à l’approche de ces championnats qu’elle attaquait diminuée (privée de Cléopâtre Darleux, sa gardienne titulaire, ainsi que de Blandine Dancette et Audrey Derouin, toutes trois blessées).

Nze-Minko, la révélation. Pineau, l’indispensable maillon ?

Parmi elles, Estelle Nze-Minko (23 ans) a fait forte impression. Pour sa première grande compétition elle n’a paru faire preuve d’aucune appréhension et a symbolisé, au même titre que Grâce Zaadi, Alice Lévêque (25 ans) et bien d’autres joueuses d’avenir, le futur de la sélection.

Pour son présent : entre ces jeunes pousses et les taulières que sont Siraba Dembélé (28 ans), Paul Baudouin (30 ans) et Nina Kanto (31 ans), le rôle de brillant intermédiaire peut être endossé par Allison Pineau (25 ans... mais déjà un très gros vécu sur la scène internationale).

La meilleure joueuse du monde 2009 a rencontré plusieurs soucis physiques depuis l’obtention de cette distinction _ menant notamment une véritable course contre-la-montre pour participer aux JO de 2012 _ et abordait encore cet Euro en manque de compétition, à la suite d’une énième blessure.

La demi-centre du club slovène RK Krim, très active sur internet (par l’intermédiaire d’un site fréquemment alimenté) a démontré l’ampleur de ses aptitudes ... tout en laissant espérer qu’une meilleure préparation puisse lui permettre d’être encore plus souveraine dans les mois à venir. Condition qui s’impose, sinon comme un prérequis aux bons résultats de l’équipe nationale, en vecteur important de la poursuite de son développement.

Cette dynamique devra justement être entretenue en juin prochain (avec les retours des absentes évoquées et de Mariama Signaté, joueuse majeure des dernières années, non appelée pour cet Euro ?) lorsque l’équipe de France passera par des barrages dans le but de gagner sa place pour le Mondial 2015.

Mais ce dernier n’est pas le seul objectif qui trotte déjà dans la tête des Bleues.

Un pas de plus vers l’Olympe. L’objectif initial est rempli.

La touche finale victorieuse que les Françaises viennent d’apporter à leur Euro, en triomphant des Hongroises (26-25), sur les terres de ces dernières, représente bien plus qu’un lot de consolation. Elle démontre en effet leur qualité de rebond et leur capacité à outrepasser leur déception, mais, surtout, leur entrouvre les portes de la compétition aux cinq anneaux. En effet, la 5e place qui en découle offre, sauf modification de dernière minute, le droit de participer au tournoi de qualification de mars 2016, ce qui était l’objectif minimum  affiché.  De plus, cette rencontre remportée au prix d’une haute lutte et d’un suspense haletant vient contredire la théorie de leur fâcheuse tendance à flancher dans les derniers instants des matchs importants.

Le discours d’Allison Pineau exprime cette plurielle satisfaction « on voulait tous cette victoire pour bien finir et surtout pour ne pas gâcher nos chances pour l’avenir et les prochaines échéances internationales comme les JO » que partage, mais modère, Estelle Nze-Minko : « Nous sommes déçues bien sûr, mais malgré la fatigue, on a bien réagi. ».

Cette avancée vers une participation aux Jeux Olympiques _ que l’équipe de France féminine n’a jamais remportés (n’y décrochant même aucune médaille en quatre tentatives) _ et la dimension primordiale qu’elle revêt, font écho à la dualité qui peut exister entre hommes et femmes dans le handball français. En effet, la sélection des filles souffre, en termes de visibilité médiatique, du phénoménal succès de celle des garçons _ à l’inverse, ou presque, des footballeuses, avec pourtant des résultats similaires_ et suscite parfois des attentes démesurées. Chez les dames le drapeau tricolore n’est pas celui d’une invincible nation !

Pourtant, sans en être l’incontestable patronne, l’équipe de France fait partie de l’élite mondiale du handball féminin et aspire légitimement à en truster les podiums dans les années à venir. Ses résultats durant les championnats d’Europe viennent à la fois de prouver qu’elle avait tout pour y parvenir et de rappeler l’ampleur du chemin qui lui reste, pour cela, à parcourir. Les échecs ne sont intrinsèquement ni fondateurs, ni destructeurs, ils peuvent endosser des rôles opposés, selon les leçons que l’on sait, ou non, en tirer. Charge à l’équipe de France de faire de cet Euro mitigé une étape vers de grand succès et non le symbole de son incapacité à concrétiser les espoirs qui en elle sont placés.

Farvacque Simon

Sources :

http://www.sports.fr/handball/championnat-du-monde-hommes/palmares.html

http://www.lequipe.fr/Handball/Actualites/Zaadi-on-a-manque-de-rigueur/522922

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_de_France_f%C3%A9minine_de_handball

Le journal L’équipe du 20/12/2014 

Publié le 21/12/2014