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Le sexisme dans le Sport, entre atténuation et persistance

Le sexisme dans le Sport,
entre atténuation et persistance


Le Sport semble aujourd’hui tiraillé, entre d’un côté, son machisme originel, cultivé par sa médiatisation, et de l’autre, son adaptation à l’évolution globale de nos sociétés.
En effet, les inégalités de traitement entre les hommes et les femmes qui persistent en son sein, sont aujourd’hui confrontées à un vent contraire, celui de la relative féminisation de la civilisation moderne. Alors, le Sport rompra-t-il un jour avec un sexisme qui lui a si longtemps paru inhérent, ou restera-t-il une forteresse imprenable pour la parité sexuelle et ses plus fervents
partisans ?

D’après Catherine Louveau, sociologue, « l’histoire du sport s’est construite par et pour les hommes […] le sport a été pensé et organisé pour former les hommes à la masculinité et à la virilité », l’origine de son profond machisme reposerait donc sur son essence et sa construction. Ce n’est pas le Baron Pierre de Coubertin qui contredirait cette théorie, lui qui déclarait en 1912 : «  Une olympiade femelle serait « impratique », inintéressante, inesthétique et incorrecte. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs ».

Le Sport, sexiste génétiquement et par son développement

Ce clivage par le genre, reposerait donc sur l’origine du Sport. Mais aussi sur son évolution : en
effet sa médiatisation accélérée s’est déroulée en amont des préoccupations d’égalité des sexes susceptibles de l’impacter. En effet, en France par exemple, l’apparition dans les années -80 d’une véritable concurrence dans l’univers télévisuel (avec notamment la naissance de Canal +
en 1984) a naturellement entraîné l’explosion des droits de diffusion de certains sports (football, puis rugby notamment) dans leur version masculine.


Alors qu’à titre de comparaison les premières lois hexagonales sur la parité homme/femme en politique ou dans le monde du travail datent du début du XXIe siècle*, une époque ou le gouffre
financier entre sports masculins et féminins s’était déjà creusé. De plus, la légitime revendication féministe : à compétence égale, salaire égal, ne peut prendre corps qu’en cas de mixité. En effet, au sein d’une même entreprise, cette dite compétence peut se définir et se comparer en fonction du diplôme obtenu ou du poste occupé. Alors qu’entre la Ligue 1 et la D1 féminine, pour reprendre l’exemple du football, la comparaison ne peut exister. Elle serait en
elle-même une hérésie.


Des disparités qui vont du sport pour tous au haut niveau

Mais cette sous-médiatisation du sport féminin (en France, seulement 7% des retransmissions sportives sont consacrées aux femmes) n’influe pas seulement sur les salaires des professionnelles, elle impacte la pratique dans sa globalité. Difficile aujourd’hui pour une petite fille de s’identifier à une sportive dont elle ne peut entendre parler qu’une fois tous les 6 mois, quand son voisin de classe suit l’actualité de son héros dans les médias : de la télévisions aux journaux, en passant par les réseaux sociaux.

Fabienne Broucaret, auteur du livre  Le sport féminin – Le sport, dernier bastion du sexisme ?, insiste sur un autre facteur qui entraîne cette plus rare vocation: l’absence de femme à des postes à responsabilités : « Le monde du sport reste aujourd’hui très masculin dans son encadrement. Pour promouvoir le sport féminin, il faudrait que des femmes soient présentes à des postes d’entraîneurs, d’encadrement. Pour donner envie aux petites filles et à leurs parents de venir s’inscrire dans un club de football par exemple sans avoir peur que leur enfant devienne un garçon manqué. Pour s’identifier, les filles ont besoin de modèles de réussite. » 

Cette intervention, datée de 2012, reste d’actualité, car bon nombre d’équipes sportives féminines sont toujours coachées par des hommes1 alors que l’inverse semble encore presque
impensable… Presque ? Oui car la saison prochaine le club Clermont Foot 63 sera entraîné par une femme, Helena Costa.


S’il est impossible de savoir si le club Clermontois lui confie les rênes de son équipe fanion pour ses compétences, ou pour le seule avantage médiatique qu’il pourrait tirer de cette image de pionnier de la lutte pour l’égalité des sexes, cette nomination reste une première dans l’histoire du football professionnel masculin.

Une influence culturelle non négligeable

Mais le sport n’abrite pas les mêmes inégalités dans tous les pays. Selon leur culture, les nations sont plus ou moins adeptes de certaines disciplines, et en l’occurrence, les femmes y sont parfois à l’honneur. En effet, en 2011, la chaîne allemande ZDF a réalisé sa meilleure audience sportive de l’année… à l’occasion de la coupe du monde de football féminin.

Aux Etats-Unis, le soccer justement, est plus populaire chez les filles que chez les garçons. Et
l’équipe nationale féminine y obtient de biens meilleurs résultats (championne du monde à deux reprises et triple championne olympique en titre, entre autres trophées) que son homologue masculine.


Pour la Russie, en athlétisme, le 400m est historiquement une discipline qui réussit plus aux femmes qu’aux hommes. En effet le pays détient le record du monde en salle du relais 4 X 400
m féminin (et le record en plein air appartient à l’Union Soviétique, depuis 1988). De plus, dans cette discipline, ces dames n’ont plus quitté le podium olympique depuis 4 Olympiades, alors que sur la même période les hommes ne sont montés qu’une seule fois sur la boite et ne peuvent se targuer de détenir le moindre record mondial.


Autre exemple, les Pays-Bas investissent plus dans le rugby à 7 féminin que dans son homologue masculin, ainsi les joueuses bataves sont aujourd’hui 12e au classement de l’IRB Women’s Seven World Series, alors que leurs compatriotes garçons n’appartiennent pas pour l’instant au gratin mondial.

Les différences culturelles jouent donc un rôle dans ces disparités d’engouement et de résultats mais elles ne sont pas les seules à influer sur le degré de sexisme d’une pratique. Le fait qu’elle soit collective, ou non, n’est pas anodin non plus.

Dans le sport individuel, des inégalités moins marquées

Le magazine Time a publié le mois dernier son classement annuel des 100 personnalités les plus influentes de la planète. Parmi elles, cinq sportifs. Deux femmes _ Lydia Ko (golfeuse) et Serena Williams (tenniswoman) _ qui pratiquent un sport individuel, et trois hommes _ Cristiano Ronaldo (footballeur), Jason Collins (basketteur), Richard Sherman (footballeur américain) _ qui pratiquent quant à eux un sport collectif.
Ce classement ne signifie pas que seules les femmes peuvent briller en tant que solistes (Bolt, Phelps ou encore Woods ont eux aussi une certaine renommée), mais il atteste du fait que dans les sports individuels, les inégalités sont moins prononcées.

Ainsi, Camille Mufat (nageuse) et Yannick Agnel (nageur) ont tous les deux gagné la même somme en 2013 (500 000 €, source Francetvinfo). Autres exemples, en ski les dotations sont
évaluées sur une base commune entre hommes et femmes (mais la liberté est laissée aux organisateur de moduler ce semblant d’égalité), en patinage artistique, la parité des gains est respectée lors de chaque Grand Prix, et en tennis, depuis 2007, elle l’est lors de tous les tournois du Grand Chelem (l’US Open avait été précurseur en la matière en 1973).  


Au sujet de la petite balle jaune, la question d’étendre cette égalité économique à l’ensemble du circuit se pose d’ailleurs… tout comme celle de sa légitimité lors des quatre levées du GC.

Une légitimité dont certains joueurs n’hésitent pas à douter ouvertement.

Au tennis, une partielle parité qui ne fait pas l’unanimité

En 2012, Gilles Simon s’était élevé contre cette identique rémunération « on est les seuls à pratiquer la parité dans les prize money alors qu’on fournit un spectacle plus attrayant ». Le joueur français insistant sur la différence de qualité, qu’il soupçonne, entre les deux circuits « Je pense qu’aujourd’hui le tennis masculin est en avance sur le tennis féminin » et argumentant également sur le temps de jeu (travail ?) « En Grand Chelem, les hommes passent deux
fois plus de temps sur les courts que les femmes 
», finissant par évoquer, moqueur, une finale féminine d’un tournoi WTA qui avait selon lui été regardée par « …vingt spectateurs. »


La réponse laconique de Maria Sharapova, « Je crois que mes matchs sont regardés par plus de monde que les siens… » fut ensuite cinglante, coupant court au débat.
Un débat qui peut être éternellement relancé. Libre à chacun de se faire son opinion.

Une chose est sûre, en tennis, le fait que les tournois masculins et féminin se déroulent parfois simultanément est une des raisons de cet écart infime entre joueurs et joueuses, en termes de
médiatisation. Mais associer  les compétitions des filles et des garçons n’est pas forcément synonyme de succès.


Le couplage des événements, avantages et inconvénients


Ainsi, les initiatives visant à promouvoir le Sport des dames grâce à la médiatisation de celui des sieurs, aussi potentiellement bénéfiques qu’elles puissent-être, renforcent parfois le sentiment d’injustice que peut susciter le traitement inégal de deux pratiques qui ne diffèrent que par le sexe de leurs participant(e)s.

Par exemple, à partir de cette année la dernière étape du Tour de France masculin, sur les Champs-Elysées, se verra précédée de quelques minutes par une course de femmes. Certes,
l’intention est noble, mais juste avant le dessert d’un menu copieux et haut de gamme, qui a vu les fans de vélo se délecter pendant trois semaines de mets divers et variés… offrir grassement un en-cas, aussi gouteux soit-il, en guise de repas complet aux amateurs de cyclisme féminin, paraît presque incongru.


Marianne Vos, championne olympique, triple championne du monde et cycliste la plus emblématique du peloton féminin depuis quelques années s’est pourtant réjouie, dans les
colonnes de l’Equipe, de la création de cette Course By Tour de France.


Mais lorsqu’on sait que cette même Vos s’était classée, en 2009, 3e de la dernière édition de la Grande Boucle Féminine (ex Tour de France féminin), on comprend que le petit pas en avant qui vient d’être fait, succède à un moonwalk bien plus conséquent.  

Dans la même veine, lorsqu’en rugby des matchs féminins sont organisés en lever de rideau de rencontres masculines, dans un grand stade, ce dernier sonne parfois bien creux. Surtout
quand les quelques spectateurs occupent des places éparpillées aux quatre coins d’un antre qui en compte des milliers.


Mais dans des disciplines individuelles, certaines femmes ne souhaitent pas seulement marcher de paire avec leurs homologues masculins. Elles souhaitent les affronter.

   L’accès à la mixité,
juste « privilège » pour les championnes d’exception ?


Lorsqu’une sportive est au dessus du lot, la possibilité de la voir aller chercher dans le sexe opposé des adversaires à son niveau est souvent évoquée. Avec plus ou moins de second degré.

Les sœurs Williams à la fin des années -90 se vantaient de pouvoir battre des tennismen n’appartenant pas au Top 200 du classement ATP. Finalement, l’affrontement avait bien eu lieu, dans un match sans enjeu (compétitif), et le modeste Karsten Braash (203e
à l’époque) s’était imposé face à chacune d’entre-elles, « clope au bec » au changement de côté, et sans l’aide d’une deuxième balle de service dont il était privé.


Mais si ce match relève plus de l’anecdote, parfois la mixité est un vœu bien plus sérieux. Fin 2012, la requête de la skieuse Lindsey Vonn (participer à une course masculine) naissait
d’un véritable besoin de se jauger, en plus d’être la traduction de l’énorme ego de la championne américaine et du coup marketing fantastique qu’elle espérait réaliser. Avant elle, la golfeuse Annika Sörenstam avait participé en 2003 à un tournoi du circuit PGA (masculin), ne franchissant pas le cut, (exploit qu’avait réalisé la mythique Babe Didrikson Zaharias2 … en 1938), mais étant à créditer d’une performance honorable.


Cette mixité occasionnelle, ou du moins son évocation, n’est pas l’apanage des sports individuels. L’an dernier, en NBA, certaines rumeurs annonçaient Brittney Griner, une des joueuses les plus dominantes du basket universitaire américain, proche d’être recrutée par
Mark Cuban (propriétaire de la franchise des Dallas Mavericks). D’ailleurs, si elle était un jour draftée, ce ne serait pas une première, car Denise Long (en 1969) et Lusia Harris (1977) l’ont déjà été... mais sans jamais fouler les parquets de la NBA. 


Pour le cas de ces différentes athlètes, l’enjeu est de marquer l’histoire en se confrontant aux meilleurs, à des adversaires théoriquement supérieurs… mais le sexe fort n’est pas toujours le même dans tous les sports. Plus ou moins consciemment, certaines pratiques son d’ailleurs associées à l’image d’Eve, et d’autres à celle d’Adam.

Des sports catalogués, un sexisme parfois « inversé »

Ce catalogage, parfois exacerbé, est source d’un autre type de sexisme. Celui qui existe dans les esprits et les discours. « Jouer comme une gonzesse » ne sera sans doute jamais un compliment dans la bouche d’un coach de rugby… pas plus que « bouger comme un bonhomme » ne le sera dans celle d’un entraîneur de gymnastique rythmique.

Ce n’est donc pas seulement le sexe féminin qui est dévalué par le langage et l’imaginaire de chacun. Mais même dans ce domaine, les sports symboliquement réservés aux hommes sont plus
nombreux et semblent se proclamer virils encore plus vigoureusement que ceux plus féminisés ne se déclarent gracieux.


Globalement, si les inégalités sexuelles, qui régissent l’univers sportif _ qu’elles reposent sur des préjugés, des capacités physiologiques ou des particularités historiques et qu’elles se traduisent en termes de revenus, de médiatisation ou d’accès à la pratique_ tendent à s’amenuiser, elles paraissent trop encrés dans les mentalités pour finir par totalement s’évaporer. De plus, les différences morphologiques, scientifiquement avérées, qui existent entre les deux genres humains font du sexisme, non seulement un des incurables  maux du Sport (lorsque ce
constat se transforme en dénigrement), mais même une partie intégrante de son ADN.  


« Les Hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres », teintée d’humour et d’ironie, cette citation de Coluche (fortement inspirée d’un apologue de George Orwell3) n’est pas dénuée de sens, loin de là, et pourrait bien s’appliquer à l’évolution de
cette dualité.


Ainsi, même si mâles et femelles devaient un jour devenir égaux dans le monde du Sport… les hommes y resteraient sans doute un peu plus égaux que les femmes.
 

FARVACQUE
Simon
 

*http://www.ambafrance-at.org/IMG/pdf/parite.pdf

1 Bien qu’en faire une généralité serait déplacé (la bêtise d’un seul homme ne
doit pas être prise pour référence), l’image de Gunnar Prokop [ex entraîneur de l’équipe de handball féminin de Niederösterreich (Autriche)]  entrant sur le terrain pour percuter une joueuse adverse et affichant ensuite un sourire narquois reste symbolique de la question que peut entraîner cette surreprésentation des hommes dans l’encadrement des équipes féminines.
http://archives.tdg.ch/3-ans-suspension-entraineur-antisportif-2009-11-04

2 Redoutable golfeuse
mais aussi joueuse de baseball et athlète polyvalente (Championne olympique au
javelot et en course de haies) 

3 Extrait
de  La ferme des animaux (1945) :
« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».

http://www.elle.fr/Societe/Interviews/Le-sport-au-feminin-sexisme-inevitable-2088364
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Boucle_f%C3%A9minine_internationale
http://time.com/time100-2014/
http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/26/gilles-simon-est-contre-egalite-primes-homme-femme_n_1627613.html
http://www.linternaute.com/sport/tennis/classement/dotations-des-tournois-de-tennis/4.shtml
http://www.footdelles.com/article/Promotion-et-developpement-foot-feminin_La-sous-mediatisation-du-sport-feminin_88536.html
http://www.irbsevens.com/standings.html /http://wsws.irb.com/standings.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_des_%C3%89tats-Unis_de_soccer_f%C3%A9minin
http://www.lemonde.fr/sport/article/2012/11/04/lindsey-vonn-privee-de-descente-face-aux-hommes_1785433_3242.html