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Quand l'Histoire se répète





Au-dessus de la Ligue1, qui débute ce soir, plane l’ombre de l’ogre parisien et du championnat à deux vitesses dont son écrasante domination risque d’accoucher. Ainsi, si son hégémonie, à l’échelle nationale, impressionne et pourrait s’avérer bénéfique pour le football français si elle s’étendait à l’Europe, la cohorte de stars du PSG risque de nous réserver un championnat dominical dénué de suspense. Tout le contraire des exercices 1998-99 et 2008-09, qui virent l’Olympique de Marseille et les Girondins de Bordeaux s’affronter, jusqu’à la dernière journée, dans le but de décrocher le titre de champion. Avec, par deux fois, le même dénouement favorable aux Bordelais. Retour sur ce clin d’œil de l’Histoire, si douloureux pour les Phocéens.



  n troublant parallèle caractérise les éditions 1998-99 et 2008-09 de la Ligue 1 (ex-Division 1): une dernière journée durant laquelle tout pouvait basculer, un podium final identique (Bordeaux, Marseille, Lyon), la joie du sacre pour les Girondins et les regrets éternels pour l’OM.  Mais derrière ces similitudes se cachent des scénarios, légèrement, différents.

1998/99 : Duel Bordeaux/OM, arbitré par un partial (?) PSG

Au début de la saison 1998/99, la France du football se cherche un souverain. Les six dernières éditions du championnat ont sacré un champion différent et la course au titre s’annonce encore une fois très indécise. Mais rapidement, deux clubs se détachent de la meute de prétendants.

  Girondins et Marseillais mènent un train d’enfer …

A la fin des matchs aller, les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille sont en tête, au coude à coude, avec 38 points (en 17 matchs) et dix d’avance sur leur plus proche poursuivant (le Stade Rennais). Tous deux présentent l’alliage parfait entre jeunesse prometteuse et expérience.

Du côté de la Canebière, Robert Pirès, Christophe Dugarry et Laurent Blanc, récents champions du monde, apportent leur fraîcheur à un groupe marseillais au sein duquel Patrick Blondeau et Fabrizio Ravanelli font figure de leaders. Florian Maurice, ancien grand espoir français (au poste d’attaquant), Peter Luccin et William Gallas, qui l’étaient encore à l’époque, sont d’autres acteurs de la belle saison olympienne, tout comme Stéphane Porato (qui a poussé Andreas Köpke, emblématique gardien allemand, vers la sortie).

Du côté du Haillan, Johan Micoud, Sylvain Wiltord et Lilian Laslandes mènent une attaque de feu. Le goal bordelais Ullrich Ramé conduit une défense solide, symbolisée par la rugosité de Kodjo Afanou. Ali Benarbia et surtout Michel Pavon font profiter de leur vécu et de leur connaissance du haut niveau au reste d’un groupe homogène et de qualité. Mais ce n’est pas l’un de ces cadres qui apposera sa signature à la conquête d’un Graal… que l’OM et Bordeaux se sont disputés jusqu’aux derniers instants de la compétition.

Rien ne semble pouvoir entraver la marche en avant des deux principaux protagonistes du championnat. Même lorsque l’OM est mené 4-0 à domicile, à la mi-temps, dès le mois d’août, par Montpellier, les Marseillais trouvent le moyen de renverser la vapeur et s’imposent 5-4 au cours d’un match qui restera dans les mémoires.

Les hommes de Rolland Courbis (ancien coach bordelais) réalisent donc un parcours presque parfait, mais ceux d’Elie Baup ne sont pas en reste et suivent le rythme olympien. D’un côté les Phocéens ne perdent quasiment jamais (ils ne subissent leur 4e défaite que lors de la 30e journée, alors que cette mésaventure est arrivée à leurs rivaux aquitains dès la 19e journée), de l’autre, les Girondins ne concèdent que peu de matchs nuls, ce qui leur permet de rester dans la roue des héros du Vélodrome.

  Paris et Lens, rapidement distancés, gardent leur mot à dire

En fin de saison, les deux clubs faiblissent. L’OM a pris les commandes du championnat mais rate deux fois l’occasion de creuser l’écart sur son adversaire bordelais. Lors de la 36e journée, Marseille affronte un PSG loin d’être en mesure de se mêler à la lutte finale mais forcément surmotivé à l’idée de pouvoir contrecarrer les plans de son grand rival.  De son côté, Bordeaux se déplace à Lens. Les Sang et Or, champions en titre, réalisent une saison décevante mais viennent d’écraser l’OM 4 à 0, et veulent gratifier leur public d’une nouvelle victoire de prestige.

En fin de première période, la voie semble royale pour les Phocéens. En effet, au Stade Félix-Bollaert, Bordeaux est mené 2-1 et au Parc des Princes les Olympiens ont le contrôle du match (1-0). Seulement, les Girondins égalisent juste avant la pause, puis marquent deux buts et s’imposent 4-2, alors que, dans le même temps, au prix d’une superbe fin de match, les Parisiens viennent à bout des Marseillais sur le score de 2 à 1.Il reste deux journées à jouer, et Bordeaux récupère le leadership, avec un point d’avance.

Statu quo lors de l’avant-dernière journée. Pour clôturer la saison, Bordeaux se déplace à Paris, Marseille à la Beaujoire (Nantes). Les Phocéens remplissent leur part du contrat, et gagnent par le plus petit des scores, mais du côté de la capitale, c’est le chassé-croisé : ouverture de la marque par Bordeaux, égalisation parisienne, les Girondins reprennent l’avantage… mais se font à nouveau rejoindre au score, à moins d’un quart d’heure de la fin du match, et donc de la saison : l’OM est virtuellement champion. Mais un jeune joueur guinéen, Pascal Feindouno (17 ans), va changer le cours de l’Histoire. Il rentre à la 83e minute, puis vient marquer, à une minute de la fin du temps réglementaire, au sein d’une défense parisienne apathique, son premier but en D1. Le premier, le plus important, le plus beau : il offre le sacre à Bordeaux. Le PSG n’ayant quasiment plus rien à jouer sur ce match (9e du championnat, à un point du 8e), et certains de ses supporters se vouant même à la cause girondine en fin de partie, le contexte de ce retournement de situation laissera un goût amer aux Marseillais. Mais si ce scénario hitchcockien s’inscrit au sein de la grande rivalité OM-PSG, c’est en s’inclinant en terres parisiennes, quelques semaines plus tôt, que les Phocéens avaient posé la première pierre de leur échec final. Un échec qu’ils ne doivent imputer qu’à eux-mêmes. 

L’OM termine donc 2e, avec une moyenne de 2,1 points/match [record pour un dauphin (à l’époque)]. Jamais plus, pendant 10 ans, le club marseillais ne sera aussi proche de décrocher son premier titre de champion de France depuis 1992.

2008/09 : Le roi Lyon cède son trône, mais choisit son successeur

Configuration initiale diamétralement opposée, lors de la saison 2008/09 : l’Olympique Lyonnais  reste sur sept sacres consécutifs et s’avance dans la quête de son 8e titre. Au soir de la 29e journée, le peloton de tête reste extrêmement dense : six équipes se tiennent en 4 points : de Lyon, alors premier, au PSG, qui ferme la marche de ce groupe d’ambitieux, il n’y a qu’un souffle.

  Marseille, leader crédible, croit vaincre le signe indien

A l’issue de la 31e levée de la saison, l’OM prend les rênes de la compétition, en s’imposant 4-1 face à Grenoble pendant que l’OL, sur son terrain, concède le match nul à l’AS Monaco.

Marseille gagne à Lorient et confirme son emprise sur le championnat, de son côté, Bordeaux, s’impose face à Lyon, accélérant la fin de règne de l’ex-souverain rhodanien. Un ex-souverain qui verra ses deux précédents dauphins se disputer sa succession, car les écarts se creusent et les contours de la lutte finale se précisent : dix ans après, c’est un nouveau duel OM/Bordeaux qui se dessine.

Les marseillais paraissent portés par la ferveur populaire qui entoure leur progression, alors que les bordelais avancent masqués. A l’OM, Eric Gerets est adulé… pourtant le jeu que produit son équipe n’est pas flamboyant mais l’énergie collective qu’elle dégage est impressionnante. De plus, individuellement, les joueurs phocéens se subliment. Depuis l’arrivée du technicien belge, le virevoltant Mamadou Niang est devenu un redoutable finisseur et Mathieu Valbuena s’est révélé aux yeux de tous, un soir de Ligue des Champions à Anfield Road. La charnière centrale olympienne, composée de Vitorino Hilton et Renato Civeli, présente un savant mélange de grinta et de finesse technique. Avec Lorik Cana à la récupération et Brandao (recrue du mercato d’hiver) en attaque, l’OM ne manque pas d’impact  physique, et la créativité d’Hatem Ben Arfa, qui n’a d’égale que son inconstance, peut lui apporter, en sortie de banc, la folie nécessaire à renverser certaines situations compromises.  Pour le peuple marseillais, c’est sûr, son équipe avance inexorablement vers le sacre qu’il attend depuis 17 ans*.

 Après n’avoir remporté que sept victoires en dix-neuf matchs lors de la phase aller, les Phocéens, portés par leur dynamique positive, gagnent 11 de leurs 14 premières rencontres retour.En s’imposant à Lille, pour le compte de la 33e journée, ils mettent une énorme pression sur les épaules de leurs adversaires bordelais, qui jouent trois jours plus tard, à Rennes, et sont provisoirement relégués à cinq points.

Le sprint final, à peine lancé, va déjà connaître son premier grand tournant.

  Bordeaux, chasseur insubmersible, réécrit la même fin

A cet instant la courbe des résultats girondins est elle aussi rectiligne vers les sommets (5 victoires d’affilées), mais quelques accrocs notables, datés d’il y a plusieurs semaines, confèrent aux hommes de Laurent Blanc le statut d’outsider. Une défaite au Vélodrome, justement, était venue casser le bel élan bordelais (23e journée), avant que l’humiliation face au voisin toulousain (27e journée, 0-3) ne vienne renforcer les doutes suscités par le club aquitain (distancé de 6 points par le leader lyonnais). Mais alors que ce camouflet aurait pu sonner le glas de ses ambitions, il sera au contraire le dernier contre temps susceptible d’entraver sa montée en puissance.

Face au Stade Rennais le scénario catastrophe se dessine pourtant rapidement : 1ère minute, ouverture du score bretonne, par Romain Danzé, 26e minute, expulsion de  Marc Planus. Mais alors que tous les ingrédients sont réunis pour que les Bordelais retombent dans leurs travers, ils vont, au contraire, prend l’ascendant psychologique sur leur rival marseillais.

En infériorité numérique, en deuxième période, Bordeaux égalise par Yoan Gouffran, prend les devants grâce à un coup franc de Yoann Gourcuff et pense alors tenir son succès fondateur. Mais Moussa Sow égalise à la 89e minute. Contre toute attente, dans les arrêts de jeu, Gourcuff, encore lui _ sur une passe de Diawara ! _ décroche une frappe qui ricoche sur le poteau avant d’entrer dans le but rennais. Incroyable. Bordeaux remporte le match 3 buts à 2. Emmené par un Souleymane Diawara infranchissable, des latéraux (Matthieu Chalmé et Benoît Trémoulinas) infatigables, une sentinelle rassurante (Alou Diarra), un Marouane Chamakh dominateur dans les airs et un Yoann Gourcuff qui marche sur l’eau, le onze girondin vient de porter un terrible coup au moral de son vis-à-vis phocéen.

Peu après, un deuxième uppercut mental va secouer l’OM : Eric Gerets annonce qu’il va quitter le club. En quelques jours tout s’est renversé, alors que l’effectif marseillais est gagné par la fébrilité, Bordeaux l’est par le sentiment d’invincibilité.

Lors du match suivant, Marseille se contente d’un point à domicile (2-2 contre Toulouse) et les Girondins reviennent à égalité. Le vent a définitivement tourné.

   Lyon, despote déchu, meurt les armes à la main

L’OM garde l’avantage au classement, grâce à une meilleure différence de buts, mais les discours marseillais, résolument confiants, ressemblent plus à des tentatives d’auto-persuasion qu’à une communication de vainqueur. La méthode Coué bat son plein dans les rangs olympiens.

36e journée, le couperet tombe : l’Olympique Lyonnais s’impose 3-1 en terres phocéennes comme pour prouver qu’à défaut de conserver son sceptre une septième fois d’affilée il peut encore peser sur l’attribution du trophée. Bordeaux ne tremble pas, bat Le Mans (3-2) et prend trois longueurs d’avance.

C’est encore à deux journées de la fin que le club phocéen perd la main. Tout un symbole. Lors de leurs deux dernières rencontres de la saison, Girondins et Marseillais remporteront chacun 6 points. Les positions sont définitivement figées : dix années se sont écoulées… et la sentence bordelaise s’abat à nouveau sur l’OM. Un OM qui décroche encore un record de « meilleur des perdants » : celui du nombre de points maximum pour un 2e du championnat (record battu depuis).

La saison suivante, ce sera Bordeaux qui pleurera, sombrant (à son tour) à la suite de l’annonce du départ de son entraîneur, et l’OM qui sourira, étant enfin (re)sacré champion de France. Les Marseillais vaincront même les Bordelais en finale de la Coupe de la Ligue (3-1)... pas sûr que cela n’ait suffi à exorciser leurs vieux démons. C’était il y a quatre ans, soit une éternité, tant le paysage du football français, depuis, a été bouleversé.

2018/19 : « jamais deux sans trois », on y croit ?

Le Paris Saint-Germain sera-t-il soumis, cette année, à une suffisamment forte adversité, pour offrir à la L1 un dénouement haletant ? Cela semble peu probable. Mais c’est plus globalement, pour l’ensemble des saisons à venir que l’on peut s’inquiéter de la compétitivité des adversaires du PSG… à part de Monaco, de qui pourra bien émerger la dissidence des vassaux parisiens ?

A défaut de se rassurer par des arguments rationnels, les doux rêveurs, qui n’osent croire à un dogmatique et rébarbatif règne parisien s’étalant sur une décennie, peuvent encore s’accrocher à l’espoir de voir l’Histoire se répéter à nouveau … car, oui, pas de panique : Girondins et Marseillais se sont donnés rendez-vous en 2019, pour le 3e volet de leur trilogie.

 

Farvacque Simon

 

*Ou plutôt depuis 16 ans… Car avant d’en être destitué (pour corruption) l’OM avait remporté le titre de champion de France 1992/93. Un titre qui ne sera finalement jamais réattribué. 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Olympique_de_Marseille

http://www.girondins.com/matches/competitions/1999/ligue1/resultats-17.shtml

http://www.om4ever.com/HistSaisons/1998-99.html

http://www.footballdatabase.eu/football.competition.ligue-1.france.2008-2009..997.fr.html

http://www.lequipe.fr/Football/match/128023

Publié le 08/08/2014