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Handball D1: Une couronne pour trois

L’édition 2014/2015 de la D1 de Handball vient de débuter. Alors que l’an dernier le titre de champion de France était revenu à Dunkerque, les deux précédents détenteurs du trophée : Montpellier, l’ogre du début du siècle, et le PSG, qui aspire à être celui des prochaines années, entendent bien renouer avec le succès. Dans ce duel d’anciens souverains, le tenant du titre saura-t-il s’immiscer, tel un intrus au bal des rois déchus ? C’est en tout cas sur l’une de ses trois têtes d’affiches que la couronne nationale devrait se poser en juin prochain.

Depuis 1998 cela n’était jamais arrivé : entre 2012 et 2014, en trois saisons, la D1 a sacré trois différents champions. En 2013, Montpellier, vainqueur sortant qui régnait sur le handball français depuis des lustres (13 fois champion entre 1998 et 2012, soit en 15 éditions) s’est vu délogé par un PSG  tout juste labellisé QSI (Qatar Sports Investments). Mais si parvenir au sommet est une chose, s’y maintenir en est une autre et dès la saison suivante le club parisien avait dû se résoudre à laisser échapper son bien, au profit, donc, de Dunkerque (USDK). Il est l’heure pour ces trois clubs, qui ont terminé aux trois premiers rangs du classement l’an dernier, de se départager.

Présentation du trio au sein duquel figure vraisemblablement le lauréat de cette année.

L’armada parisienne s’est encore renforcée 

En 2013/2014, malgré la faveur des pronostics, le PSG handball s’était contenté de la 2e place du championnat, perdant notamment ses deux matchs face à l’USDK, garnissant tout de même son armoire à trophée d’une Coupe de France. Une saison loin d’être infamante... mais incontestablement décevante au vu de la manne financière du club et du CV des joueurs qui composent son équipe première. Cette dernière a quelque peu évolué cet été.

Ainsi, déjà impressionnant l’an passé, l’effectif du club de la capitale prend cette saison une nouvelle dimension à la faveur d’un recrutement « 3 étoiles » avec les arrivées de William Accambray, Thierry Omeyer (tous deux en provenance de Montpellier) et Xavier Barachet (contractuellement lié au PSG depuis un an, mais d’abord prêté à Saint-Raphaël), ayant tous déjà brillé à l’échelle internationale sous le drapeau français.

Si cette politique de transferts patriote*, dont Gardent (entraîneur)  ne se cache pas «  on voulait franciser le groupe. Il y avait beaucoup trop de nationalités différentes. [...] Il fallait affiner le fil conducteur », fait écho à celle, plus officieuse, générée par la section football de l’institution parisienne (Lucas Digne, Yohan Cabaye...) la plus-value sportive que ces trois joueurs sont susceptibles d’apporter à l’édifice parisien est réelle. Un édifice qui, ainsi agrémenté, fait figure  de monument.

En effet, le PSG compte en son sein trois des six derniers joueurs élus « meilleur handballeur de l’année IHF » : Omeyer (2008) Hansen (2011) et Narcisse (2012), mais également Igor Vori, l’un des pivots dominants de la décennie (cumulant les distinctions collectives et individuelles1), Luc Abalo, finisseur spectaculaire, et bien d’autres joueurs aux états de service similaires.

Suffisamment d’arguments donc pour se voir affublé du statut de favori incontesté. Seulement, pour se montrer à la hauteur de leur réputation, les parisiens devront faire preuve d’une cohésion bien supérieure à celle de la précédente saison et en deux matchs de championnat ils se sont déjà inclinés une fois, à Saint Raphaël (32-31). Qui plus est, Montpellier, jadis habitué à devoir assumer ce rôle de vainqueur annoncé, se refuse à abdiquer.

Les Montpelliérains ne sont pas résignés

Le club héraultais présente un équipage moins clinquant mais très solide et prometteur. Les expérimentés Issam Tej, cinq fois désigné « meilleur pivot » du championnat, et Michaël Guigou, « meilleur ailier gauche » de la D1 à neuf reprises, en plus de ses multiples exploits en Bleu, encadrent des joueurs d’avenir (Mathieu Grebille, Matej Gaber ou autre Baptiste Bonnefond).  

Ce même Guigou, capitaine du navire, semble conscient de la hiérarchie établie, déclarant : «  Le PSG est le grand favori », mais non moins ambitieux : « on a montré lors du trophée des champions qu'on pouvait rivaliser, en s'inclinant aux tirs au but (34-34, 3-1) [...] ça reste très ouvert. ». Un discours résigné eut été surprenant de la part de celui qui a déjà gouté dix fois au sacre national et remporté une Ligue des Champions, avec un club pour lequel il joue depuis quinze ans.

Au rayon des inquiétudes, l’affaiblissement relatif du groupe depuis deux saisons, certes compensé par l’apport des jeunes, ne peut être occulté : les départs des frères Karabatic (Nikola la superstar et Luka qui aspire à le devenir) suite à l’ « affaire des paris suspects » 2, respectivement au début de la saison 2012/13 et durant celle-ci, ainsi que ceux de Honrubia (2012), Omeyer (après un passage express d’un an) et Accambray symbolisent et causent à la fois le léger déclin du club montpelliérain. Qui plus est, les trois derniers joueurs cités défendent aujourd’hui les couleurs du rival parisien. La reconquête s’annonce difficile pour les méditerranéens. 

Ainsi, c’est peut-être une page du handball français qui se tourne car si Montpellier échoue dans sa quête de titre une troisième saison d’affilée, il vivra une disette qu’il n’a plus rencontrée depuis 1994, soit vingt longues années. De plus, ce vent nouveau pourrait se confirmer, car le troisième candidat désigné pour remporter le trophée n’est autre que celui qui l’an dernier, pour la première fois, l’a glané. 

Dunkerque mise, encore, sur  la stabilité

L’USDK, tenant du titre défait pour son entrée en lice cette saison (21-22 face à Cesson-Rennes) avant de redresser la barre en disposant de Nîmes 27-25, a confirmé la montée en puissance qu’il opérait depuis plusieurs années. En effet, le club du Nord figurait continuellement entre le 4e et le 7e rang du championnat entre 2002 et 2010 sans gagner la moindre compétition, avant de remporter la coupe de France et d’atteindre enfin le podium (3e) en 2011. Après une saison 2011/12 moins convaincante, il termine 2e en 2013 (gagnant également le Trophée des Champions et la Coupe de la Ligue) avant donc, la consécration de 2014.

La recette de ce succès ? Celle qui, si souvent, permet au Petit Poucet 3 de vaincre les grosses cylindrées, à savoir : s’appuyer sur son centre de formation, miser sur la continuité et, surtout, présenter une imperméable défense. Cette dernière fût la principale force des joueurs de Dunkerque l’an dernier. En effet, entre autres grâce à Vincent Gérard, élu « meilleur gardien » du championnat depuis deux saisons, ils n’ont encaissé que 602 buts en 26 journées (contre 730 et 703 pour le PSG et Montpellier). Le club dunkerquois a ainsi réalisé l’exploit de remporter le championnat en marquant seulement 675 buts, contre 825 pour Paris et 824 pour les montpelliérains (seules les trois dernières équipes du classement de l’an dernier ayant fait pire).

Cette saison devra être celle de la confirmation et pour cela l’USDK, club qui a connu le moins de transactions (départs et arrivées cumulés) de tous les membres de la D1 cet été, a réussi à conserver son ossature principale, perdant, certes, Guillaume Joli mais gardant dans ses rangs Vincent Gérard et Baptiste Butto (son meilleur buteur).

Bien que point culminant d’une progression quasi-constante la victoire du club nordiste l’année passée avait été une véritable surprise... un dénouement inattendu pourrait-il cette saison se réitérer ? Parmi les onze autres clubs du championnat un potentiel trouble-fête s’est peut-être caché.

Qui pour faire vaciller les membres du podium envisagé ?

Au premier rang des outsiders, figure le Handball Club de Nantes qui n’a pas quitté le top 5 lors des quatre dernières saisons ... sans jamais faire mieux que 4e. Le club Nantais, à l’accent très hispanique (Maqueda, Entrerrios, Rivera, tous champions du monde 2013 avec l’Espagne) franchira-t-il un nouveau cap vers les sommets ? Sur ses talons l’an passé, le Toulouse de Jérôme Fernandez (meilleur buteur de l’Histoire de l’équipe de France, avec 1418 buts en 368 rencontres) et Valentin Porte (l'une des révélations du dernier championnat d'Europe) sera encore à surveiller. Cesson-Rennes, pour l’instant co-leader du championnat, avec Nantes et Montpellier, grâce à deux victoires en deux matchs, souhaitera poursuivre son ascension (13e, 10e, 7e et 7e lors des quatre dernières saisons). Chambéry, l’ex-rival de Montpellier 4, bien que rentré dans le rang depuis deux ans (4e en 2013, 8e en 2014) reste un des clubs phares du handball français. Cependant, les Chambériens vivent un début d’exercice difficile ponctué de deux défaites, dont l’une, sévère, face à leur ennemi juré (32-22) et semblent condamnés à lutter pour finir dans la première moitié du tableau. Enfin le club de Saint-Raphaël, avec un bilan pour l’instant équilibré (une victoire et une défaite) parait également enclin à ne viser qu’une place d’honneur. Voilà la hiérarchie qui se dessine sur le papier ... Qu’en sera-t-il sur le parquet ?

L’an  dernier, Dunkerque, en triomphant du club de la capitale, a prouvé ce que le sport moderne s’échine à nous rappeler depuis de nombreuses années : empiler noms et célébrités peut ouvrir les portes du succès mais n’est en rien gage de le rencontrer. Alors, cette année, le PSG saura-t-il muer sa supériorité supposée en avantage réel et vérifié ? De cette question dépend en partie l’issue de la lutte à trois que la D1 pourrait nous réserver car s’il est vrai qu’au sujet de son verdict final aucun dé n’est jeté, c’est bien le PSG qui semble en détenir la clé.

Farvacque Simon

 

*Cet accent français que le club cherche à donner à son effectif se traduit également par les départs de Sierra et Robledo (Espagnols), Diaw (Sénégalais) et Hallgrimsson (Islandais)

1 Auteur, entre autres, de 514 buts en 193 sélections pour la Croatie, avec laquelle il a été Champion du monde (2003) et olympique (2004) puis sacré meilleur joueur du championnat du monde 2009. Il a également remporté tous les championnats nationaux qu’il a connu (Croatie, Espagne, Italie, Allemagne et France).

2 Encore en cours, cette affaire traite d’un match de mai 2012,  durant lequel certains joueurs montpelliérains de l’époque auraient parié sur leur propre défaite (ou conseillé à leurs proches de le faire), cette dernière n’étant que peu préjudiciable sportivement... mais pouvant être paradoxalement très lucrative. Si les contextes des départs des deux frères Karbatic sont liés, ils diffèrent légèrement : l’un, Luka, est licencié pour faute grave, l’autre, Nikola, est poussé vers la sortie dans un but d’apaisement des tensions (en raison de son statut de personnage public, notamment). Aujourd’hui Luka joue pour l’équipe Pays d’Aix, Nikola pour le FC Barcelone.

3 Dunkerque a un des plus gros budgets du championnat... mais ce dernier, bien qu’en nette progression (+17,6%) était trois fois inférieur à celui du PSG l’an dernier ainsi que moins important que celui de Montpellier.

4 Chambéry a terminé premier dauphin de Montpellier à onze reprise, ne réussissant qu’une seule fois à échanger les rôles entre vainqueurs et « moins mauvais des perdants » (en 2001).

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Championnat_de_France_de_handball_masculin

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paris_Saint-Germain_Handball

http://www.lepoint.fr/sport/handball-psg-ici-les-gens-sont-plus-spectateurs-que-supporters-11-09-2014-1862491_26.php

http://www.lequipe.fr/Handball/Actualites/Gardent-je-ne-suis-jamais-tres-serein/497282

http://www.montpellierhandball.com/fr/page/joueurs_staff-2

http://fr.wikipedia.org/wiki/Igor_Vori

http://fr.wikipedia.org/wiki/Meilleur_handballeur_de_l%27ann%C3%A9e_IHF

http://www.lepoint.fr/sport/handball-michael-guigou-on-peut-rivaliser-avec-le-psg-10-09-2014-1861843_26.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_Sportive_Dunkerque_Handball_Grand_Littoral

http://fr.wikipedia.org/wiki/Championnat_de_France_de_handball_masculin_de_D1_2013-2014

http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9r%C3%B4me_Fernandez

http://yourzone.beinsports.fr/handball-lnh-d1-une-saison-a-suspense-73984/

Publié le 19/09/2014