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Money vs Manny : La montagne accouchera-t-elle d’une souris ?

Money vs Manny : La montagne accouchera-t-elle d’une souris ?

« C’est un pic. C’est une cime. C’est un sommet. Que dis-je c’est un sommet ? ... C’est un faîte ! ». C’est un fait,  s’il est impossible d’avancer qu’il eut ainsi inspiré Edmond Rostand, le combat Mayweather/Pacquiao représente un Everest mercantile impressionnant. Cependant le tapage médiatique ne garantit rien sportivement. En effet, parfois c’est d’une souris que la montagne accouche. Mais avant de s’interroger sur ce duel prétendu si farouche, retour sur quelques exemples de mayonnaises aussi bien montées que fades en bouche.

A leur mesure, dans des proportions et circonstances bien différentes, d’autres sportifs et/ou évènements ont fait retomber plus ou moins brutalement le soufflet né de l’excitation qu’ils avaient suscitée. Liste non exhaustive (et à visée non-comparative) de films qui, récemment, ne furent pas à la hauteur de leur bande annonce, en raison d’un faible degré d’incertitude, d’une dramaturgie inexistante voire d’un casting tronqué.

Finale de Roland Garros 2008 : Nadal en démonstration

Certes, le jeune Majorquin (22 ans) a remporté le Grand Chelem de la Porte d’Auteuil trois fois d’affilée, pour ses trois premières participations, mais le virtuose Suisse est numéro 1 mondial et bien décidé à stopper l’hégémonie ibérique. En ce 8 juin 2008, dans le cadre de la finale des Internationaux de France, l’opposition entre Nadal et Federer s’annonce passionnante.

Bien que le nouveau maître des lieux ait marché sur Verdasco (6-1, 6-0, 6-2) et Almagro (6-1, 6-1, 6-1) avant d’accorder grassement à Djokovic le droit de lui disputer (en vain) un tie-break (6-4, 6-2, 7-6), il n’a alors jamais battu son rival helvète en trois sets secs. De plus, celui-ci l’a poussé dans ses derniers retranchements  (sans le terrasser) à Monte-Carlo (7-5, 7-5) et Hambourg (7-5, 6-7, 6-3), un peu plus tôt dans la saison.

Le tenant du titre s’avance donc en grand favori, mais l’ambition de son challenger parait légitime et laisse entrevoir la perspective d’une rencontre épique. Elle ne fera pas long feu, éteinte d’entrée par un Nadal souverain. 

En effet, le Roi de la terre battue se montre impitoyable : il écrase Federer (6-1, 6-3, 6-0) dans des proportions jamais vues à ce stade de la compétition depuis plus de 30 ans, lorsque Vilas n’avait fait qu’une bouchée de Gottfried (battu 6-0, 6-3, 6-0), en 1977.

Quelques semaines plus tard, le duel titanesque a bien lieu. Le Taureau espagnol voit rouge et vient à bout de l’icône, sur son gazon londonien (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7). Cet affront prive Federer de la passe de cinq à Wimbledon et  marque le début de son déclin ... ou du moins la fin de son règne sans partage sur le tennis mondial, car sa chute n’a rien de vertigineux : près de sept ans après ce retour « sur terre » douloureux, il est encore 2e du classement ATP un rang devant... Nadal.

Le rendez-vous avec l’Histoire était donc seulement repoussé. Il a d’ailleurs maintes fois été honoré par deux joueurs dont les carrières resteront intimement liées autant que gravées dans les mémoires pour de nombreuses années.

Saison 2013 de Formule 1 : Le suspense ne fait qu’illusion  

L’année précédente, six pilotes champions du monde s’étaient alignés au départ de la saison. Michael Schumacher (sept titres entre 1994 et 2004), Fernand Alonso (gagnant en 2005 et 2006), Kimi Räikkönen (en 2007), Lewis Hamilton (en 2008), Jenson Button (en 2009) et Sebastian Vettel, double tenant du sceptre, étaient les protagonistes de ce record en la matière.

La course au sacre indécise qui pouvait découler de cette plurielle présence de têtes couronnées... fut une réalité. En effet, sept vainqueurs différents lors des sept premiers Grands Prix, quatre lors des quatre derniers, et un final haletant qui voit Vettel (281 pts) être de nouveau sacré, mais avec une infime avance (seulement trois unités) sur un Alonso (278 pts) qui, jusqu’au bout, pouvait le renverser : la cuvée 2012 de la F1 fut passionnante.

La suivante promettait de l’être tout autant. Schumi s’est (re)retiré, mais le reste du quintette est prêt à en découdre... et fait face à une belle concurrence : Mark Webber (« Top 6 » au général et au moins un GP remporté par an depuis quatre saisons) tourne autour de la consécration alors que Nico Rosberg et Romain Grosjean frappent à la porte des grands.

Après dix GP, plus qu’à mi-parcours, Vettel mène la meute, mais rien n’est gravé dans le marbre. L’Allemand ne s’est imposé que lors de 40% des courses disputées, Iceman n’est qu’à 28 points de lui, Alonso à 39 et Hamilton à 48. Ces trois poursuivants, les plus pressants, comptent tous une victoire tandis que Rosberg en a déjà décroché deux. Peu après, Hamilton entre en scène et sabre à son tour le champagne.

Mais la belle empoignade ne dure qu’un temps : en F1, sans sa machine le pilote n’est rien. En l’occurrence ce sont les pneus qui jouent un rôle majeur. Durant l’été, Pirelli modifie ses pneumatiques, à partir du GP d’Allemagne (9e du calendrier), et dès lors Vettel s’envole.

Le pilote teuton de l’écurie Red Bull gagne les neuf dernières étapes de la saison et glane son quatrième trophée de champion. Le plus historique (13 victoires, dont 9 consécutives, records partagés), le plus éclatant... mais pas le plus enivrant, tant un soupçon de suspense manque au cocktail de son règne.

Il déchantera quelques mois plus tard, lors de l’exercice suivant, voyant les bolides de Mercedes ne laisser que des miettes derrière leur marche triomphale. La Formule 1 _ dont l’intérêt compétitif fait de plus en plus débat et qui voit certains de ses fondements identitaires questionnés (quid du bruit des moteurs, du degré de dangerosité ? etc.), voire son essence mise à mal (un comble) _ a bien des questions à se poser.

Tour de France 2014 : Contador et Froome se font faux bond

La 101e édition de la Grande Boucle s’apprête à débuter, en juillet 2014. El Pistolero, invincible « à la pédale » entre 2007 et 2011 sur les Grands Tours, a perdu de son aura. L’année passée, ses attaques jadis tranchantes eurent à peine l’effet de pétards mouillés, face au Kenyan blanc qui l’avait passé à la moulinette de son pédalier. Seulement, depuis, il a regagné du crédit. Irrésistible sur Tirreno-Adriatico, autoritaire sur le Tour du Pays Basque (tous deux remportés), il a marqué des points, à distance, face à Chris Froome (lui aussi convaincant). De plus sur le Critérium du Dauphiné, l’espagnol s’est montré à son avantage dans une confrontation directe dont Andrew Talansky a fini par profiter (Contador, esseulé lors de l’étape décisive, terminant 2e et Froome, mis à mal par une course débridée, 12e). C’est dans ce contexte que les deux hommes s’avancent conjointement en favoris. Le troisième homme, Nibali, fait peu de bruit. Discret 7e sur le Dauphiné, il sait pourtant parfaitement où il en est. En effet, il avait bouclé cette même course au 28e rang en 2012, avant de grimper sur le podium du Tour... sa montée en puissance est donc déjà bien engagée. Que le spectacle commence !

Le monstre à deux têtes et demie perd rapidement l’une de ses figures de proue. Froomey, jette l’éponge suite à des chutes à répétition, avant même les secteurs pavés qui devaient décanter l’épreuve. Nibali, qui a déjà planté la première banderille en remportant la 2e étape en costaud, y dévore la concurrence. Dans le rétroviseur, Contador est déjà à plus de 2min30. L’espoir de voir l’Ibère relancer l’enjeu de l’attribution du maillot jaune sur les Champs renait lors de la première arrivée en côte... et s’évapore dès le surlendemain, sur une gamelle synonyme d’abandon. Le sacre du Transalpin (qui rejoint la caste très fermée des vainqueurs des trois GT) s’accompagne d’un résultat enthousiasmant pour le cyclisme français [(doublement) représenté sur la boite, pour la première fois du siècle] et n’en est en rien entaché.

Cependant, un goût d’inachevé demeure pour certains spectateurs, vis-à-vis de son succès si aisé. Deux mois après, le tête-à-tête au sommet se déroule enfin. Alors que Quintana leur pose à son tour un lapin pour cause de gadin, Contador, convalescent ailé, flingue Froome, machine réhumanisée, et remporte la Vuelta pour la troisième fois. Cette saison, les deux coureurs se sont déjà rendu coups pour coups sur la Vuelta a Andalucí(l’Anglais terminant 1er, l’Espagnol 2e à... 2 secondes) : leur duel n’a pas fini de battre le rythme du pouls des amateurs de la « petite reine ».

LE PLUS GRAND COMBAT DU SIECLE... vraiment ?

Celui qui est souvent affublé du titre honorifique de meilleur boxeur des années 2000, Manny « Pac-Man » Pacquiao, défie l’invaincu Floyd « Money » Mayweather Jr. C’est « Le combat du siècle » et c’est pour le 2 mai prochain, à Las Vegas. Et, puisque Floyd va plus loin et nous le présente ainsi : « «Je vais repousser mes limites car je n'ai jamais voulu autant gagner un combat de toute ma vie. Et je suis sûr que c'est la même chose de son côté. Pacquiao-Mayweather, ce sera le plus grand combat de boxe de tous les temps», ce n’est pas discutable. Quoique...

L’appellation interpelle (quel siècle ? le XXIe, entamé il y a peu ou la période qui s’étend de 1915 à nos jours ?) et fait référence à un affrontement mythique _ « Smokin’ Joe » Frazier / Mohamed Ali, au Madison Square Garden de NY, en 1971 _ qui a placé la barre très haut.

S’il est un domaine où le duel de cette année peut bomber le torse sans peur, c’est bien celui du marketing. L’évènement est bien (sur)vendu, c’est un euphémisme. Ainsi, les 16 800 places mises en vente se sont écoulées en quinze minutes, coûtant chacune une modeste somme comprise entre 1500 et 7500 $, alors que la retransmission télévisuelle en « Pay-per-view » (« paiement à la séance ») est estimée entre 90 et 100 $ et que la recette totale pourrait avoisiner, voire dépasser, les 100M. La rencontre s’annonce ainsi comme l’unique manifestation sportive de l’année à pouvoir concurrencer le Super Bowl sur son terrain, celui de l’extrême démesure médiatique.

La communication est donc au point. Mais, sur le ring, qu’en sera-t-il des poings ?

Deux protagonistes en aval de leur plénitude ?

Le « Pac-Man » (57 Victoires, 7 Défaites, 2 Nuls en « pro ») a connu ses heures de gloire au début de ce millénaire. Il reste redoutable, mais s’est fait battre deux fois d’affilée (pour la première fois de sa carrière) en 2012.  Deux accrocs que son rival (47 V, 0 D et N en « pro ») n’a pas manqué d’évoquer lors de la conférence de presse du 11 mars dernier, insistant sur le fait que le sentiment apporté par un combat perdu ne s’oubliait jamais... oubliant lui-même de nous parler de son propre vécu en la matière (il n’est invaincu qu’en professionnel).

D’ailleurs, depuis quelques temps, le « Pretty Boy » perd lui aussi de sa splendeur. En 1996 il obtient une médaille de bronze aux JO d'Atlanta puis, jusqu’en 2005, il dispute 35 combats, en remporte 24 avant même qu’ils arrivent à leur terme (KO, TKO, RTD etc.*) et 11 par décisions unanimes. Trente-cinq succès limpides donc. Depuis 2006, 12 rencontres (certes, toutes couronnées de succès), seulement deux KO (ou TKO) assénés, 7 victoires absolues et 3 « partielles » (par MD ou SD, comme face à Oscar de la Hoya par exemple). Son taux de succès avant le gong final est donc passé de 0.69 à 0.17%. Moins impressionnant.

Ces deux éminents représentants de la boxe actuelle sont-ils au faîte de leur potentiel ? Peut-être pas. Si leur affrontement s’était déroulé il y a quelques temps il aurait sans doute été, sportivement, encore plus marquant.

Véritable animosité ou guéguerre orchestrée par opportunité ?

En effet, le combat de 2015 fait suite à un premier rendez-vous manqué en 2009, lorsque les négociations pour un tête-à-tête en mars 2010 n’aboutirent à rien (en cause notamment, un imbroglio autour de tests sanguins). A cette époque, ils viennent tous deux de faire tomber le « Golden Boy » (de la Hoya) de son piédestal, Mayweather Jr en super welters (2007) et Pacquiao en welters (2008) [(1) voir catégories de poids]. Floyd reste sur un retour convainquant (victoire par décision unanime face à Márquez) après deux ans sans combattre, alors que Manny n’a pas encore connu sa période de disette de 2012 (dont Márquez sera d’ailleurs un acteur majeur) : le contexte était alors peut-être encore plus favorable à un duel anthologique.

De plus, pour que ce dernier ait lieu aujourd’hui, le piment d’une profonde inimitié est un ingrédient qui pourrait également faire défaut à ce duo qu’aucune haine viscérale ne semble unir autant qu’opposer, dans un sentiment d’amour-haine qui ajoute souvent un supplément d’âme à ces répliques à peine atténuées des luttes à mort de l’Antiquité, que peuvent être les combats de boxe les plus acharnés. Lorsque Frazier voit Ali faire de lui l’ennemi public numéro 1 de sa communauté... alors qu’il fut le premier à lui tendre la main quelques années auparavant, lorsqu’il était pris dans la tourmente de son objection vis-à-vis de la guerre du Viêt-Nam (2), la relation entre les deux hommes dépasse naturellement le cadre du sport. Tandis que lorsque Mike Tyson, tel un pitbull, se jette sur Lennox Lewis durant la conférence de presse préalable à leur confrontation (le mord à la cuisse ?), en 2002, les joutes ne sont pas seulement verbales.

Point de tout cela entre Mayweather Jr et Pacquiao... mais, après tout, le calme présage parfois de la tempête.

A l’heure d’écrire une page de l’Histoire de la Boxe, les deux protagonistes de ce combat _ qui y occupe d’ores et déjà une place importante par bien des aspects (principalement économiques) _ n’ont plus qu’à saisir la plume de leur destin. Entre leurs gants, une énorme responsabilité, celle de se faire une place dans la Légende de leur sport... sans décrédibiliser son évolution, tant une lutte sans relief à l’aune de la surexposition préalable de l’affrontement, ferait de ce dernier l’infidèle imposteur d’un teasing mensonger et une bien piètre publicité. Sauront-ils éviter qu’une souris naisse du Mont Dollar ? Pour eux, pour nous, pour le Noble Art.

Simon Farvacque

*Lexique des décisions d’arbitrage et d’attribution des victoires en Boxe :

KO = le boxeur est compté, au sol, pendant 10 secondes.

TKO = KO technique, quand l’arbitre considère un boxeur comme étant « inapte à la reprise du combat ».

RTD = abandon d’un boxeur ou de son staff

UD = décision aux points unanime (cas dans lequel les 3 juges déclarent le même gagnant)

MD = décision aux points majoritaire (lorsque deux juges désignent un boxeur comme gagnant et le 3e considère que les deux combattants sont à égalité).

SD = décision aux points partagée (quand deux juges désignent un boxeur comme gagnant... mais le 3e considère que c’est son adversaire qui doit s’imposer).

 « Résultat nul » (lorsqu’au moins deux des trois juges votent pour un « match nul » ou quand un juge le fait et les deux autres plébiscitent chacun un boxeur différent).

(1 (1)   http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_cat%C3%A9gories_en_boxe

(2 (2) http://yourzone.beinsports.fr/boxe-histoire-ali-frazier-foreman-klitschko-categorie-des-lourds-reine-dechue-de-son-trone-67750/

Sources :

La chaîne de télévision « L’équipe21 »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Webber

http://www.lequipe.fr/Boxe/Actualites/Mayweather-pacquiao-programme-le-2-mai/537927

http://www.lequipe.fr/base/tennis/duels/FaceaFace.html#JOUEUR1=2862&JOUEUR2=676

http://www.tennis-histoire.com/palmares/rg/palmares-garros-h.html

http://www.lequipe.fr/Boxe/Actualites/Pacquiao-mayweather-le-show-commence/542413

Publié le 16/03/15