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Coupe Davis 1992, « l’autre » Dream Team


                                  

En 1992, lors des Jeux Olympiques de Barcelone, l’équipe américaine de basket et sa constellation de stars, éblouissaient le monde, lavaient l’affront de 1988 (défaite en demi-finale des JO face à l’URSS) et symbolisaient la victoire de la commercialisation du spectacle sportif sur l’idéologie de l’amateurisme olympique. Mais cette même année, une autre sélection portait haut les couleurs de la bannière étoilée...

Souverains dans la raquette, les américains l’étaient également engin en main. En effet, en cette année 1992, ils remportèrent la Coupe Davis avec un groupe de joueurs dont le pedigree laisse rêveur : Agassi, Sampras, Courier et McEncore. Armée d’un tel carré d’as, la Team USA, version tennis, avait elle aussi des airs de Dream Team.

On mesure encore mieux aujourd’hui, le degré d’exceptionnalité d’un tel casting, tant Agassi et surtout Sampras ont, depuis, garni leur armoire à trophées et pris une place prépondérante dans l’histoire de leur sport. Qu’en était-il à l’époque ? Quelles embuches ont dû surmonter les membres de cette impressionnante équipe, pour faire de leur supériorité supposée une victoire pour l’éternité ? Retour sur le sacrement de cet attelage impressionnant, de sa genèse à son accomplissement.

Une Amérique conquérante, à l’aube d’un nouveau règne

Aujourd’hui si moribond _aucun titre en Grand Chelem depuis l’US Open 2003, remporté par Andy Roddick ; désabonné au Top 10 ATP _ le tennis masculin américain a connu des périodes bien plus fastes. Au début des années -90, il est en pleine phase de transition, entre deux périodes de domination.

En effet, les Etats-Unis _ qui s’étaient imposés comme la principale puissance mondiale dès l’instauration du classement ATP (1973) : Jimmy Connors (1974-1978) et John McEnroe (1981-84) encadrant le Suédois Björn Borg (1979-80) dans la conquête du trône de ce dit-classement _ voient leur supériorité s’amenuiser, jusqu’à disparaître, entre 1985 et 1991.

Sur ce laps de temps, seuls trois GC sur les vingt-sept disputés reviennent à des représentants de la bannière étoilée (Roland Garros 1989 et 1991 : Chang et Courier, US Open 1990 : Sampras) alors que ces derniers avaient remporté douze des vingt-sept précédents, dont une série de sept victoires d’affilée à l’US Open, réparties entre Connors et McEnroe.

Un Saladier d’Argent vecteur de l’hégémonie des années -90

Mais l’émergence de jeunes talents va confirmer le retour au premier plan des tennismen made in america : Courier (1), Agassi (1) et Sampras (6) s’apprêtant alors à se partager les huit titres honorifiques de « numéro 1 ATP à la fin de l’année » décernés entre 1992 et 1999.

En Coupe Davis, l’éclaircie vient dès 1990, lorsque les Etats-Unis mettent fin à huit longues années de disette, en remportant le Saladier d’Argent au détriment de l’Australie, alors que la Suède d’Edberg et Wilander manque à l’appel de la finale pour la première fois depuis... huit ans. Michael Chang et Andre Agassi (18 et 20 ans) sont deux des principaux acteurs de ce triomphe et le symbole du renouveau tennistique de leur patrie.

L’année suivante, en 1991, les américains atteignent encore la finale mais ne peuvent que s’incliner face à une équipe de France sublimée pour l’occasion : Forget et Leconte se payent tour à tour le jeune Sampras (20 ans), Yannick Noah, capitaine charismatique, peut mener le tour d’honneur sur le rythme de son tube « Saga Africa », dans un Palais des Sports de Gerland conquis.

Mais les vaincus du jour reviendront encore plus forts.

Un savant mélange générationnel, un McEnroe au talent intemporel

En effet : la fougue et l’excentricité du Kid de Las Vegas, le calme et la maîtrise de l’impassible Sampras, la puissance et la polyvalence de Courier, la folie et l’expérience de McEnroe, c’est un quatuor insolent de qualité et d’homogénéité qui mène l’équipe américaine en 1992. Equipe dont le 5e élément (en la personne de Rick Leach, spécialiste du double) n’avait rien de l’être suprême convoité par Bruce Willis*, mais dont l’ensemble avait fière allure... c’est un euphémisme. Pour trouver trace d’un collectif plus dense en terme de top-joueurs, il faut s’aventurer au-delà de l’ère Open (1968 – nos jours), lorsque les années -50 et -60 étaient le théâtre des représentations d’une escouade australienne quasiment invincible (quinze fois titrée entre 1950 et 1967) avec pour acteurs Ken Rosewall, Roy Emerson, Rod Laver ou autre John Newcombe, tous multiples détenteurs de titres du GC.

Mais potentiel et curriculum vitae ne sont que d’une faible utilité à l’heure de s’échanger la balle jaune pour de bon, à l’heure de la vérité. La cohorte de stars version open devait trouver la voie du succès, cette dernière comprenant quatre étapes jusqu’au Graal tant convoité.

Ballade argentine, frayeur tchécoslovaque

La première est une formalité : Etats-Unis 5-0 Argentine, « emballez c’est pesé », place à un deuxième acte bien moins aisé. Le rendez-vous face à une équipe de Tchécoslovaquie (dernière du nom avant que le pays ne se scinde en République tchèque et Slovaquie en 1993) elle aussi impériale pour son entrée en lice (5-0 contre la Belgique), s’annonçait effectivement plus compliqué. Il l’a été.

Pourtant, les américains, qui accueillent la rencontre, prennent rapidement la mesure de leurs adversaires : Sampras ne fait qu’une bouchée de Karel Novacek  (6-3, 6-4, 6-2) et Agassi ne parait pas plus enclin à l’empathie envers Petr Korda (6-2, 6-4, 6-1). La paire Leach-McEnroe n’a plus qu’à conclure l’affaire... ce qu’elle ne saura faire. La tâche en incombe alors au futur roi du circuit : Pete Sampras. Couac total, il est balayé en quatre sets par Korda (finaliste à RG cette année-là, tout de même), les Etats-Unis sont poussés à jouer un cinquième match décisif. Agassi ne tremble pas... pas plus d’un set en tout cas, et se défait de Novacek (7-6, 6-0, 6-0). Conclue par deux roues de bicyclette ce quart de finale n’a pourtant pas été une promenade de santé. Après avoir gravi cette pente escarpée c’est à un autre défi de taille que vont s’atteler les boys de la bannière étoilée : éliminer la Suède du numéro 1 mondial Stefan Edberg. 

Edberg, numéro 1 effronté, menace terrassée

Ce dernier a récupéré ses galons de leader du classement mondial en réalisant ce qui restera  comme son dernier exploit majeur : triompher magistralement à l’US Open, au prix d’un parcours exceptionnel (trois victoires d’affilées en 5 sets, entre son 8e de finale et l’avant dernier acte, avec à chaque fois un break de retard dans l’ultime manche).

Qui plus est, c’est en prenant le dessus sur Sampras qu’il s’impose en finale et le Roi déchu qu’il détrône du sommet du tennis international, est alors Jim Courier. C’est donc non sans une certaine rancœur envers son leader que les Américains défient l’équipe suédoise.

Courier, double tenant du GC français, se doit de mettre sa bande sur orbite (la rencontre se déroule sur terre battue, à Minneapolis) : après sa victoire en 4 sets aux dépends de Nicklas Kulti, c’est chose faite. Agassi triomphe d’Edberg (5-7, 6-3, 7-6, 6-3), dans ce qui fut sans doute le tournant de la rencontre, et la doublette McEnroe-Sampras entérine la victoire américaine en se jouant de la paire Edberg-Järryd.

Dernière danse : place aux Helvètes éreintés

En finale, c’est un duo qui s’oppose à la grande Amérique : Marc Rosset, champion olympique, et Jakob Hlasek, avec qui il a remporté les internationaux de France en double quelques mois auparavant, sont les deux uniques joueurs de la sélection suisse.

Agassi, décidément intraitable, vainc Hlasek (6-1, 6-2, 6-2), Rosset se défait de Courier, en cinq manches, et lorsque la fameuse paire helvète mène deux sets à zéro face à Sampras-McEnroe... la Suisse entrevoit l’exploit. Le duo américain redresse la barre, s’impose (6-7, 6-7, 7-5, 6-1, 6-2) et laisse le soin à Courier de se rattraper en parachevant le sacre de son pays, d’une victoire en quatre sets face à Hlasek. Les USA récupèrent leur Coupe Davis, John McEnroe, décisif en finale, tire sa révérence (même s’il fera de multiples come-back plus ou moins sérieux) sur un énième fait d’arme.

Côté perdants, Rosset ne cachera pas que la faiblesse quantitative de son équipe, lui fut rédhibitoire : « (on) ne pouvait compter que sur deux joueurs vraiment compétitifs. Il en aurait fallu deux autres pour jouer contre une telle armada. »

Une ultime victime qui retente aujourd’hui sa chance

Depuis cet échec face à l’une des sélections les plus éminentes de l’Histoire du tennis, la Suisse n’a plus joué la moindre finale de Coupe Davis alors, qu’entre temps, la France en a disputé cinq (deux victoires / trois défaites) et c’est dans ce cadre que les deux Nations se retrouvent dans moins d’un mois.  L’enjeu sera double pour l’un des acteurs de ce combat. Roger Federer _ tout juste vainqueur du 82e tournoi de sa carrière, à Bâle _ peut en effet décrocher l'un des derniers grands titres manquants à son palmarès. Cette aspiration individuelle, inscrite dans une confrontation collective, pourrait bien influer directement sur le contexte de la partie qui se déroulera en France (21-23 novembre).

En effet, le cœur a ses raisons, que la raison ignore. De cette lutte acharnée, entre ces deux entités, émerge notre jugement. Mais lorsque le doute s’immisce au sein du cœur, l’équation, déjà ardue, devient d’autant plus dure, si ce n’est impossible, à résoudre.

Se résoudre à sacrifier leur âme patriote sur l’autel de la grâce de Federer, ou faire de leur fierté nationale le bourreau de la connivence qu’ils entretiennent avec Maître Roger ? Les français amateurs de tennis et fans de l’icône suisse, auront un choix à faire.

Insoluble dilemme pour certains, passionnante dualité interne pour d’autres, cette problématique apportera encore un peu plus de sel à une finale de Coupe Davis qui n’en manque pas : la France a de belles cartes en main et un large éventail de possibilités, parmi lesquelles un joker peut se révéler... mais la paire de Rois helvète (même si Wawrinka reste sur des résultats peu  convaincants) semble supérieure intrinsèquement.

Qui s’adjugera le Saladier que le carré d’As américain s’était brillamment octroyé il y a de cela vingt-deux années ? Joutes verbales par médias interposés, choix de la surface discuté, photos sur les réseaux sociaux pour bluffer... La partie de poker menteur est déjà entamée.

Farvacque Simon

*Référence au film le Cinquième Élément (1997) Luc Besson

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Coupe_Davis_1992

http://www.lequipe.fr/infogs/Tennis/ATP-40ans.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisPalmaresAUS_F_M.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisPalmaresRG_F_M.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisPalmaresWIM_F_M.html

http://www.sports.fr/tennis/coupe-davis/palmares.html

http://www.tennis-histoire.com/coupe-davis2.html

http://plazbovo.free.fr/CHRONOPEN-coupe-davis-1990.html

http://plazbovo.free.fr/CHRONOPEN-coupe-davis-1991.html

http://articles.baltimoresun.com/1992-03-28/sports/1992088027_1_sampras-davis-cup-agassi

http://plazbovo.free.fr/CHRONOPEN-us-open-1992.html

http://www.welovetennis.fr/coupe-davis/92585-fort-worth-1992-l-histoire-d-un-duo-suisse-qui-y-croyait-dur-comme-fer

Publié le 26/10/2014