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JO 1936 – Jesse Owens et le paradoxe de Berlin

Pour Adolf Hitler, les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, devaient être ceux de la « race aryenne ». Ils ont été ceux de Jesse Owens, athlète afro-américain quadruple médaillé d’or. Un pied de nez historique qui en cache un autre : aux Etats-Unis, Owens était un héros controversé. 

Un instrument de propagande. Tous les grands événements sportifs peuvent l’être et les Jeux olympiques de Berlin (1936) en sont l’exemple absolu. Ces Jeux, le CIO les a confiés à la capitale allemande en 1931 (au détriment de Barcelone notamment), avant l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, en tant que Chancelier le 30 janvier 1933.

Malgré les textes racistes (lois de Nuremberg en 1935) qui régissent l’Allemagne, le CIO maintient la ville berlinoise comme hôte de Jeux olympiques qui deviennent un enjeu primordial aux yeux d’Hitler. Un double-enjeu même.

Faux semblant

Pour le Führer, organiser la plus grande compétition sportive au monde offre deux opportunités immenses. La première : faire l’étalage de la puissance de la « race aryenne », de « son » Allemagne nazie. La seconde : faire l’apologie de son régime, l’idéaliser en camouflant son aspect totalitaire et son ambition d’expansion.

Pour ne pas braquer les grandes nations – les JO sont menacés de boycott, des « jeux populaires » sont organisés à Barcelone, en protestation – Hitler n’interdit la compétition à personne, sans distinction de croyance, d’origine ou de couleur de peau. Les compétitions se déroulent dans un climat faussement accueillant. Symbole de cette hypocrisie : les affiches antisémites sont retirées pour l’occasion.

Owens, star des Jeux

Les bons résultats de la délégation allemande favorisent cette ambiance non-délétère. L’Allemagne remporte le classement des médailles (89) devant les Etats-Unis (56), battus pour la première fois depuis 1896 et l’instauration des JO modernes, grâce à une préparation draconienne (soupçons de dopage) et au choix de certains sports notamment (l’intronisation du handball par exemple). Mais un athlète, à lui-seul, éclipse ce constat global.

L’Afro-Américain Jesse Owens est sacré à quatre reprises. Sur 100m, sur 200m, en relais sur 4x100m et dans l’épreuve du saut en longueur. Il démontre l’hérésie de la théorie nazie de supériorité de la « race aryenne », mais le simulacre de tolérance décrété par Hitler fait qu’il n’est pas un paria à Berlin. Le principal rival de l’athlète américain au saut en longueur, l’Allemand Luz Long, salue même chaleureusement son succès. Owens dira plus tard à son sujet : « les médailles que j’ai gagnées ne valent pas grand-chose face à mon amitié 24 carats avec Luz Long ».

« C’est Roosevelt qui m’a snobé »

Quid du comportement d’Hitler à l’égard du quadruple champion olympique ? Les informations divergent selon les sources. Dans ses mémoires, Owens confessera en tout cas que ce fut à son retour aux Etats-Unis, où la « ségrégation raciale » le mettait en marge de la société, qu’il fut le plus mal accueilli : « c’est Roosevelt qui m’a snobé (le président américain ne l’a pas reçu à la Maison Blanche pour le féliciter). Aux Etats-Unis, je ne pouvais pas m’asseoir à l’avant du bus, je ne pouvais pas vivre là où je le voulais ».

Aujourd’hui, avec le recul que l’histoire nous procure, Jesse Owens s’impose comme le visage de la résistance à l’oppression nazie. Mais hier, c’était avec son quotidien de citoyen américain méprisé que sa gloire olympique contrastait.

Simon Farvacque


Sources :

Le film La Couleur de la victoire 
http://www.humanite.fr/berlin-1936-les-jeux-de-la-honte-613465
https://www.olympic.org/fr/berlin-1936 
http://www.liberation.fr/sports/2016/08/04/jesse-owens-l-enjeu-olympique_1470278

Publié le 13.12.2016