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Earvin Ngapeth, à l’heure de la maturité ?

Il y a quatre ans il était le symbole de son échec cuisant, il est aujourd’hui celui de son renouveau marquant. Earvin Ngapeth auteur d’un Mondial brillant a confirmé cet été qu’il était bel et bien devenu l’un des leaders de l’équipe de France de volley. Retour sur le début de carrière mouvementé de ce joueur réputé, autant pour son talent que pour ses frasques répétées.

A l’occasion des grands événements internationaux, les sportifs peu médiatisés tout au long de l’année passent à vitesse « grand v » de l’ombre à la lumière, avant, souvent, de renouer avec leur anonymat du quotidien aussi vite qu’ils l’avaient quitté. Ainsi, la majorité des volleyeurs français, qui viennent de buter sur la dernière marche du podium mondial (4e), n’auront pas longtemps goûté aux sollicitations diverses et variées...mais Earvin Ngapeth, lui, dans une certaine mesure, est bien moins soumis à cette versatilité de l’intérêt médiatique à son égard. En effet, s’il n’est pas starisé comme peuvent l’être certains de ses homologues adeptes d’un ballon rond (footballeurs voire même basketteurs et handballeurs) ou ovale (rugbymans), son nom n’est étranger à aucun amateur de sport français un tant soit peu curieux.

C’est d’abord par sa précocité qu’il s’est fait remarquer.

La (trop ?) rapide éclosion

Fils d’Eric Ngapeth, ancien volleyeur international Franco-Camerounais, le jeune Earvin (né en 1991) penche d’abord pour le football... mais cède finalement aux sirènes du volley-ball , sport qui lui permet de marcher dans les pas de son paternel, mais surtout d’exprimer tout son potentiel physique, comme il l’expliquait récemment : « Mon père voyait que je m’éclatais bien au foot [...] Alors qu’en volley ce n’est pas forcément la même ambiance, pas les mêmes délires. J’ai commencé à m’y mettre vraiment vers 13 ans, à Poitiers, car je voyais que j’avais des qualités et que cela me permettait de voyager dans toute la France ».

A partir de ce choix, son ascension est fulgurante. Polyvalent, une énorme détente et un bras ultra-rapide font de lui un redoutable marqueur mais il brille également en réception, il se forge rapidement un joli palmarès en équipe nationale dans les catégories de jeunes _double champion d’Europe -19ans (en 2007 et 2009) et champion d’Europe -21 ans (en 2008, alors surclassé) _ et intègre l’effectif professionnel du Tours Volley-Ball en 2008, en même temps que son père y accède au poste d’entraineur.

Après une Coupe de France en 2009, il remporte avec le club tourangeau le doublé Coupe-Championnat en 2010 et suscite beaucoup d’attente pour son premier grand rendez-vous en Bleu, chez les grands, à l’occasion du Championnat du Monde 2010.

Seulement, ce dernier sera catastrophique pour lui comme pour l’équipe de France.

Le traumatisme de 2010...

Dès le début de la compétition, Earvin fait parler de lui... mais pas pour les raisons espérées. Ostentatoirement mécontent de son statut de remplaçant, désinvolte après une défaite, renfermé sur lui-même... il finit par être exclu de l’équipe après une altercation avec le coach de la sélection, Philippe Blain. La France termine à la 11e place du Mondial, son plus mauvais résultat depuis 1998, lorsqu’elle ne s’était même pas qualifiée, et le malaise Ngapeth ne fait que commencer.

En effet, suite à la sortie d’un documentaire (« Repris de Volley », épisode d’Intérieur Sport) qu’il juge à charge _ déclarant que les témoignages des joueurs qui l’ont soutenu ont été coupés au montage... contrairement à ceux dressant de lui un portrait négatif _  Earvin voit son image assimilée à celle d’un gamin gâté qui a fait péricliter toute une équipe, toute une Nation. Déjà, il avait eu quelques problèmes de comportements, plus jeune (17 ans), au Centre National de Volley : il n’en faut pas plus pour que les médias fassent de lui l’enfant terrible de son sport, surtout dans une période où l’image renvoyée par les sportifs professionnels fait tant débat en France (cf Knysna 2010).

Mais Ngapeth se défend d’être à l’origine du conflit, pointant du doigt les problèmes de management au sein d’un groupe où la hiérarchie était figée, autant que la concurrence était biaisée. En effet, il déclare qu’après avoir participé à toute la préparation (quatre mois de stages et de compétitions), il s’est retrouvé sans explications sur le banc, au profit de Stéphane Antiga, indéboulonnable à l’époque, malgré que ce dernier ait intégré des vacances en famille à son programme pré-Coupe du Monde.

A cette époque, toujours d’après Ngapeth : « Chacun choisissait ses compétitions, négociait ses vacances. » et les privilèges dont certains jouissent alors, il ne les accepte pas : «  Moi j’avais tout fait, je n’étais pas d’accord avec ça. Je ne vois pas en quoi j’ai eu tort. Pourquoi je n’aurais pas le droit d’être mécontent ? Même moi, à sa place (celle d’Antiga), je ne me sentirais pas bien. ».

... pire qu’une blessure personnelle

Son tempérament lui vaut de tourner rapidement la page de cet épisode douloureux, sur le parquet en tout cas (même s’il est suspendu de la sélection pendant un an). Son discours est d’ailleurs résolument axé sur la performance sportive en tant que telle : « Mon image a été ternie, mais tant que je suis bon sur le terrain, ça n’aura pas d’incidence ».

Cependant, les répercussions causées par cette affaire sont terribles pour son entourage. Earvin, tout juste 19 ans à l’époque, dit avoir vu sa mère pleurer suite à la diffusion des images du reportage évoqué... et ça, il ne pourra jamais l’oublier : « On m’a fait passer pour quelqu’un qui n’a pas d’éducation, pour un branleur, ce n’était pas possible. Je n’oublierai jamais.».

Si le joueur, Earvin Ngapeth, ne l’est pas, l’homme, lui, est donc marqué par cet événement... surtout qu’il ne cache pas son émotivité « Le terrain de volley est le seul endroit où je pleure [...] Je suis émotif [...] Quand ça ne va pas dans l’équipe, je n’arrive pas à faire semblant que tout va bien. ». Une certaine sensibilité qu’il aime traduire par les mots, notamment à travers le rap, sa deuxième passion. Sous le pseudo de « Klima » il a déjà sorti deux albums qu’il a lui-même produits en 2010 et 2013 ... encore une nouvelle facette de la personnalité d’un joueur décidément sujet aux clichés.

En effet, filiation sportive, talent indéniable, progression éclair, goût prononcé pour le rap, écarts de comportement, frasques extra sportives*... Earvin Ngapeth réunit toutes les garanties pour être trop rapidement considéré comme une ex-future-star transformée en étoile filante par loisirs parasites, dilettantisme et immaturité, comme un  jeune homme incapable d’exploiter son formidable potentiel, bref comme un enfant aussi doué que gâté qui risque de voir s’évaporer les promesses que les prémisses de sa carrière avaient générées. 

Mais ce pseudo-portrait simplifié n’est qu’un faux-semblant, aucunement une réalité. Car la réalité, c’est qu’Earvin Ngapeth fait bien partie des meilleurs joueurs de la planète aujourd’hui, comme il l’a prouvé cet été en s’imposant comme l’un des réceptionneurs-attaquants les plus performants du grand rendez-vous planétaire.

L’évolution ? « Je suis toujours le même. »

Son tortueux parcours en club _ avec notamment un lucratif passage par la Sibérie au VK Kouzbass Kemerovo, alors coaché par son père, en 2013 _ qui l'amène à jouer actuellement en Italie (au Pallavolo Modène) contraste avec sa régularité en équipe de France, depuis qu’il l’a retrouvée en 2011. Régularité qui fait de lui l’un de ses cadres. Même aux yeux des médias, son image a évolué : il a été choisi pour inaugurer l’émission Esprit Bleu sur L’équipe21. Pour passer de paria à leader et de risée à emblème qu’a-t-il bien pu changer dans son attitude ? Rien, d’après lui  _ « Je suis toujours le même. C’est surtout le groupe qui a changé. En 2010 je n’étais pas bien dans le groupe ; là, je joue avec mes potes. » _ ni d’après son père : « La communication de l’équipe de France consiste à dire : “ Il a changé, il a retenu la leçon, c’est pour ça que ça se passe bien ”. Mais ça n’est pas du tout le cas ! Si on le remettait dans les mêmes conditions, il irait au clash aussi. Il subissait un état de fait injuste. »

Philippe Blain n’est pas convaincu par ces déclarations, exprimant un avis différent : « en 2011 [lors de son retour en équipe de France] je sentais qu’il changeait dans la gestion de ses émotions. Quand on mûrit, on le fait sans s’en apercevoir. »

A mi-chemin entre la modestie et la fierté, Earvin Ngapeth ne veut ni se donner le rôle d’un homme devenu parfait ni reconnaître qu’il gèrerait peut-être mieux aujourd’hui la situation compliquée qu’il vivait en 2010, au risque de banaliser ce qui restera toujours pour lui une terrible injustice.

Le meilleur est-il à venir ?

A ses yeux, la progression de l’équipe nationale depuis trois ans (7e puis 5e aux Championnats d’Europe 2011 puis 2013 et donc 4e des Mondiaux cette année) s’explique par les qualités intrinsèques de ses joueurs et l’expérience commune que certains partagent « La génération qui a remporté trois championnats d'Europe chez les jeunes s'installe. Aujourd'hui, nous sommes quelques-uns à se connaître depuis que l'on a 15-16 ans. ». Le futur s’annonce prometteur et les regards se tournent déjà vers le rêve olympique, car le Brésil approche à grands pas.

A Rio, en 2016, l’équipe de France de volley courra derrière la première médaille olympique de son histoire et Earvin Ngapeth sera certainement l’un de ses principaux atouts dans cette quête. C’est en tout cas l’un des objectifs que ce dernier s’est fixés et le meilleur moyen pour qu’un jour ses exploits éclipsent définitivement les incartades de son passé.

Simon Farvacque

*il doit comparaître devant la justice suite à une rixe à la sortie d’une boite de nuit en août 2013

Sources :

http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/Ngapeth-inaugure-esprit-bleu/503669

http://www.lequipe.fr/Volley-ball/Actualites/Ngapeth-reconvoque/466965

http://www.ffvb.org//front/index.php?mduuseid=Mjg%3D&dsgtypid=37&page=actu&actid=OTYy

http://rue89.nouvelobs.com/rue89-sport/2013/09/20/ngapeth-star-volley-francais-a-reputation-sale-gosse-245833

http://www.africatopsports.com/2014/01/31/portrait-earvin-ngapeth-le-lion-camerounais-qui-fait-la-fierte-du-volley-ball-francais/

http://www.20minutes.fr/sport/1225773-20130920-earvin-ngapeth-on-compare-a-anelka-moi-laime-bien

Publié le 03/10/2014