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Tennis : Loin des cimes ...

 

... et décimés

Toujours présents dans l’antichambre de l’élite du tennis mondial, sans réussir à s’inviter dans ses hautes-sphères, les meilleurs joueurs français entament la saison 2016 avec plus de pépins physiques que de certitudes.

Adrien Bossel et Gaël Monfils ont le même âge (29 ans), mais ils partagent un point commun bien plus significatif : ils occupent une place identique dans la hiérarchie tennistique de leurs pays respectifs (5e). Seulement, quand le premier nommé (helvète), se contente du 359e rang du classement ATP, le second (français), s’y illustre bien plus efficacement (24e). Au nombre de Grands Chelems remportés, sur les trente dernières années, la Suisse « mène » pourtant 19-0 face à la France (« Fanny » depuis 1983).

Une statistique anecdotique, qui cache un constat antithétique : le tennis tricolore traverse une Bérézina au long cours qu'il conjugue avec un tir groupé de ses membres les plus éminents, en deuxième rideau de la scène internationale. La situation ne date pas d’hier (voir article : Génération historique ou désenchanté ? Le procès de la démesure) pour des Bleus qui font preuve d’autant de constance que d’impuissance. Distancés du symbolique wagon des huit premiers (tous à plus de 1300 points), ils n’abordent pas l’année 2016 dans des conditions idéales. 

Gasquet (9e), fragile leader

Sa saison 2015 : une première en Grand Chelem. Richard Gasquet est sans doute le plus mal en point de la bande… alors qu’il reste sur un exercice satisfaisant. Sa progression au classement – retour à une neuvième place qui était sienne en 2013, après une année 2014 (26e) minée par… les blessures –  s’explique et se voit majorée par les deux titres qu’il a remportés (à Montpellier et Estoril) et le cap qu’il a franchi dans les Majeurs.

Avec un enchaînement de performances inédit – demi-finale à Wimbledon (remember 2007), quart de finale à l’US Open – il dément sa propension à ne pas franchir le « cut » des huitièmes en Grand Chelem (quinze défaites en seize matchs à ce stade de la compétition entre 2005 et 2013, dont onze d’affilée). Pourtant, cette dynamique de prime abord positive… n’est que superficielle.

Son état de santé : Un mal de dos récurrent. En effet, en filigrane de cet opus 2015 satisfaisant, Gasquet a toujours été pénalisé par son dos récalcitrant (hernie discale latente) et celui-ci se rappelle à lui : « La semaine dernière, à l'entraînement, je me suis refait mal au dos ». Face à cette douleur qui, Gasquet décide de déclarer forfait pour l’Open d’Australie « C'était beaucoup trop juste (…) j'ai suffisamment d'expérience, je sais que c'est la meilleure solution. ».

Loin d’être défaitiste, le Biterrois voit une opportunité dans cette contrariété : « Je vais bien me préparer, en commençant par faire beaucoup de gainage ces dix prochains jours. ». L’an passé, un choix similaire (il avait relancé un cycle de préparation juste avant la saison sur terre battue, pour reposer son dos et se renforcer) l’avait amené à réaliser un été de qualité. Un retard à l’allumage aux airs de bon présage ?

Tsonga (10e), l’éternelle rengaine

Sa saison 2015 : toujours « bien ». Jamais « mieux ». Ce faux-départ, Jo-Wilfried Tsonga, dans la roue de Gasquet, l’avait vécu l’an passé (première non-participation à l’Open d’Australie depuis 2006 – voir suite). Lui non plus n’avait pas manqué de relever la tête, avec une présence dans le dernier carré à Roland Garros (battu par Wawrinka, futur vainqueur). Il s’était par contre montré moins à son aise par la suite avec, notamment, un Wimbledon décevant (1/16e de finale).

Tsonga (un titre en 2015), dans sa communication comme dans ses résultats, semble pris dans un cercle ni vicieux, ni vertueux, depuis 2008 (et son unique finale en Grand Chelem, à l’OA). Il est toujours bon (classement oscillant entre la 6e et la 13e place, cinq autre demies en GC, sur trois surfaces différentes) et poursuit continuellement le même objectif… sans l’atteindre. Un objectif qu’il a encore formulé il y a quelques jours : remporter un Grand Chelem est le « but ultime (qui lui) donne de la passion pour le jeu ».

Son état de santé : La prudence est de mise. Plusieurs interrogations subsistent sur la forme du Manceau, qui espère également être présent à Rio, en quête d’une nouvelle médaille olympique (argenté à Londres, en double, avec Llodra). Lors de l’exhibition d’Abu Dhabi, il n’a pas fait le poids face à Ferrer (6-1, 6-1), avant de décliner le dessert du jour de l’an (match de classement contre Anderson). En déclarant « Je suis malheureusement contraint de me retirer en raison d'une contracture à l'avant-bras ! » via son compte twitter, Tsonga fait écho à de mauvais souvenirs.

C’est en effet une blessure semblable qui l’avait handicapé durant le dernier round de la Coupe Davis 2014, qui avait vu la Suisse mettre KO la France (il confessera, quelques semaines plus tard en déclarant forfait pour l’OA 2015, qu’il n’aurait « jamais dû jouer cette finale »). Alors, qu’en est-il un an après, pour le numéro 2 français, qui « souhaite ne prendre aucun risque » : simple mesure de précaution, ou mal plus profond ? Gilles Simon a d’autres préoccupations.

Simon (15e), l’intellect en frein-moteur.

Sa saison 2015 : un éclair sur gazon. Le quinzième joueur mondial est revenu sur ce fameux dernier acte de la course au Saladier d’Argent 2014 : « j'avais proposé de jouer la finale en Guadeloupe (…) sachant que nous avions le temps de nous préparer et pas eux.». Il s’est également exprimé sur le cadre stricte  posé par Yannick Noah (en tant que capitaine de l’équipe de France), impatient «de voir ce qui se passera quand des joueurs s'en écarteront.». Des réflexions et prises de positions médiatiques dont il est coutumier. 

Cette appétence pour la "gymnastique de l'esprit" est la force, autant que la faiblesse de Simon, joueur régulier peu habitué aux coups d’éclats, dont les qualités de stratège se muent parfois en défaut. Depuis 2008 (trois titres et une finale au Master 1000 de Madrid), il n’a ainsi joué aucune demi-finale en GC, et n'a renoué qu’une seule fois avec l’ultime scène d’un M1000 (Shanghai 2014). Son année 2015 plutôt terne, embellie par un quart de finale sur le gazon londonien et par un tournoi de plus à son palmarès (il en compte douze, comme Tsonga et Gasquet d’ailleurs), ne déroge pas à ce constat.

Son état de santé : RAS. En ouverture de la saison 2016, lundi, il n’a pas passé l’obstacle Dimitrov à Brisbane (défaite 6-3, 7-6), échouant ainsi dès le tour inaugural. C’est son premier échec face au Bulgare, qu’il n’avait plus affronté depuis les JO 2012 et face à qui il menait 4-0. Nouvelle équation à résoudre pour Gilles Simon et sa matière grise.

C’est également « dans la tête » que le bât blesse parfois, pour Benoît Paire

Paire (19e), confirmation en leitmotiv

Sa saison 2015 : l’avènement annoncé. Plutôt caractériel qu’analyste invétéré (il ne se revendique pas comme tel en tout cas), Paire, incontestablement talentueuxa longtemps pêché par manque de « self control ». Sa progression l’avait mené jusqu’au 26e rang de l’ATP, fin 2013, mais il faisait autant parler par ses frasques (altercation avec Llodra, notamment) que par ses performances.

Après une année 2014 tronquée par une blessure au genou : 2015 fut pour lui le déclic attendu. Gain de ses quatre premiers tournois (un ATP 250, trois Challengers), découverte d’une deuxième semaine en Grand Chelem (US Open) et meilleur classement atteint en fin de saison (19e), le palier franchi l’est en tout point. Il lui faut maintenant confirmer, prouver qu’il est, mentalement, prêt à poursuivre son ascension.

Son état de santé : cheville endolorie. Mais au-delà de l’aspect psychologique, sa condition physique n’est pas au beau fixe. Lui aussi traîne une blessure qui se résorbe sans jamais disparaître totalement. C’est une entorse à la cheville qui a perturbé sa préparation, « une entorse qui remonte à Wimbledon, mais qui s’est réveillée » selon le principal intéressé.

Ainsi Paire n’attaque pas 2016 pieds au plancher et solide sur ses appuis, malgré une première victoire face Lukas Rosol (7-5, 7-5), à Chennai (son centième succès sur le circuit en carrière). Il n’a pas pu faire le travail foncier qui risque de s'avérer nécessaire à un nouveau changement de statut. Si elle ne le décourage pas « J’ai envie de plus haut. De me frotter aux meilleurs. (…) Je ne me mets pas de limites. Je suis confiant…», cette contrainte le préoccupe « …il faut juste que les pépins physiques soient de côté. ». 

Gaël Monfils, autre joueur fantasque et irrégulier, n’a pas vécu l’intersaison dont il rêvait.

Monfils (24e), si mal en point ?

Sa saison 2015 : déceptions en chaîne. Sans être catastrophique, le Monfils-2015 ne restera pas comme un grand cru. Aucun trophée remporté, une seule finale disputée (plus faible total depuis 2008), pas d’exploit à Roland Garros (défaite face à Federer en 1/8e, trois sets à un) : l’année passée, « La Monf’ » se sera plus illustré par son excentrisme que par ses succès (coup de bluff face à Dolgopolov à Monte-Carlo, fou rire avec Mannarino, à Wimbledon). 

Pour Monfils, qui déclarait en 2011 « Mes meilleurs années ? C’est à partir de maintenant et jusqu’à dans cinq ans », l’heure n’est plus aux atermoiements. Un sentiment d’urgence qu’il a ainsi formulé en octobre dernier : «Je n’ai plus de temps à perdre, je suis motivé.». Ajoutant qu’il comptait « tout casser dès le début de l’année (…) être au taquet sur chaque objectif », grâce notamment à une fin de saison 2015 tournée sur « la prépa ».

Son état de santé : non au show... par choix ? S’il restait alors évasif quant à ses desseins « Quels sont mes objectifs ? Ça, je le garde pour moi…»,  le premier d’entre eux était donc de démarrer en trombe. Et il est déjà compromis. Monfils, blessé à la jambe lors de l’IPTL (International Premier Tennis League ) a décliné la Hopman Cup (3-9 janvier).

Est-ce un forfait diplomatique de sa part, pour une compétition non inscrite au circuit-ATP, dans le but de profiter des derniers instants dont il dispose pour s’affûter en vue des semaines à venir ? Peut-être. Toujours est-il qu’il semble encore loin d’avoir pu jouir d’une phase d’entraînement sans encombre.

Un problème aussi récurrent pour Monfils… que ce panorama global l’est pour le tennis français. Au-delà de ces états des lieux personnalisés, son bilan médical traduit toujours le même paradoxe : avec quatre représentants, la France est le seul pays à compter plusieurs joueurs dans le « Top20 - ATP » sans que l’un d’eux n’y figure parmi les huit premiers.

Simon Farvacque

 

Les classements ici mentionnés sont valables au premier janvier 2016.

Sources :

http://fr.tennistemple.com/classement-atp/w1y2016c0l0

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurM_2856.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Richard-gasquet-la-meilleure-solution/620195

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Jo-wilfried-tsonga-vise-l-or-a-rio-et-un-grand-chelem/620236

http://www.eurosport.fr/tennis/coupe-davis-2/2014/coupe-davis-2014-tsonga-je-n-aurais-jamais-du-jouer-cette-finale_sto4548626/story.shtml

http://www.lequipe.fr/Tennis/TennisFicheJoueurM_3191.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Gilles-simon-avait-propose-la-guadeloupe-pour-la-finale-2014/620813

http://www.lequipe.fr/base/tennis/duels/FaceaFace.html#JOUEUR1=3191&JOUEUR2=3649

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Benoit-paire-j-ai-envie-de-plus-haut/617044

http://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Gael-monfils-illusions-de-preparations/606939

Crédits photo :

http://www.20minutes.fr/sport/tennis/1618879-20150529-roland-garros-suivez-match-simon-mahut-direct-vers-13h15

http://www.lexpress.fr/actualite/sport/tennis/roland-garros-monfils-chardy-et-gasquet-ont-sombre_1685269.html

http://www.tennisleader.fr/atp-francais/nominations-meilleur-joueur-francais-2015

 

Publié le 07.01.15