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Alejandro Valverde, infidèle à lui-même

En treize saisons au plus haut niveau, l'Espagnol de 36 ans n'avait jamais participé au Tour d'Italie. Dès demain, il mettra fin à cette anomalie. 

Inédite. La présence d'Alejandro Valverde (Movistar) au départ de ce 99e Giro, est une première. Une première aux multiples répercussions. La plus évidente est intrinsèque : cette participation à l'épreuve transalpine a poussé le double vainqueur en titre du classement World Tour à revoir son programme... à moins que ce ne soit l'inverse, en vue de Rio.

Quel impact sur son entame de saison ?

Pas d'Amstel Gold Race (qu'il disputait chaque année depuis 2012), une Flèche Wallonne maîtrisée (1er) et un Liège-Bastogne-Liège en retrait (16e) : Valverde a réalisé une campagne de classiques en demi-teinte. Comme si, pour une fois, sa condition n'était pas optimale à cette période de l'année... preuve qu'il compte vraiment briller sur les routes italiennes. 

L'Espagnol, connu pour sa constance et pour être peu soumis aux fameux pics de forme, a été moyen sur le Challenge de Majorque pour sa rentrée, transparent sur Tirreno-Adriatico (qu'il n'avait plus couru depuis... 2002 : 119e, en tant que néo-pro) et donc moins souverain durant les ardennaises. Le fait qu'il ait un temps envisagé de participer au Tour des Flandres (ce qui aurait, là encore, été inédit) symbolise son manque de repères face à cette approche différente. Malgré ce début d'année plein d'incertitudes, il a tout de même cumulé les succès (six, dont deux classements généraux) : à l'heure de monter en puissance, il semble prêt. 

Quel impact sur le Tour d'Italie ?

Suffisamment pour accrocher un deuxième Grand Tour à son tableau de chasse ? Au micro de sa formation, Valverde affiche de l'ambition - visant "un podium et au moins une victoire d'étape" - mais se plait en outsider : "Nibali est le favori".

Difficile de le contredire. Vincenzo Nibali (Astana, 31 ans), qui compte les trois épreuves de trois semaines à son palmarès (Alberto Contador est le seul coureur contemporain à pouvoir aussi s'en targuer), est bien l'homme à battre, sur ses terres. L'Espagnol Mikel Landa (SKY, 26 ans), ancien équipier du Requin de Messine, reste sur un Giro impressionnant, bouclé sur le podium, malgré son rôle de lieutenant de Fabio Aru (2e). Sera-t-il aussi fort en leader, qu'il l'était en joker de luxe ?

C'est peut-être dans l'ombre de ce duel que la figure de proue de Movistar avancera à pas feutrés.  Le Néerlandais Tom Dumoulin (Giant-Alpecin, 25 ans), "rouleur qui monte" (6e du Tour d'Espagne 2015) et le Colombien Esteban Chaves (Orica-GreenEDGE, 26 ans), "puncheur qui grimpe" (5e de cette même Vuelta), compteront également parmi les têtes d'affiche. Tandis que la liste des outsiders est particulièrement hétéroclite : du Canadien Ryder Hesjedal (Trek Segafredo, 35 ans), ancien lauréat (2012), au Colombien Rigoberto Uran (Cannondale, 29 ans), ancien dauphin (2013 et 2014) en passant par son jeune coéquipier, l'Italien Davide Formolo (23 ans), 31e pour sa première participation en 2015, ou encore par Majka (Tinkoff, 26 ans), Kruijswijk (Lotto NL-Jumbo, 28 ans) voire Zakarin (Katusha, 26 ans), tous acteurs d'une/des précédente(s) édition(s).

Sur les 15 Grands Tours qu'il a achevés, Valverde a terminé 14 fois dans les 10 premiers... et n'a jamais été classé au-delà de la 20e place. 

Au sein de cette pléiade de prétendants, l'argument qui plaide le plus en faveur de Valverde - outre ses états de service (voir statistiques ci-dessus) - c'est la relative mesure du parcours proposé.

Plus raisonnable qu'il ne l'a été par le passé, celui-ci compte quatre étapes de haute montagne (arrivées à plus de 1500 mètres d'altitude, sans tenir compte du chrono en bosse), sept de moyenne montagne, "accidentées", sept réservées aux "grosses cuisses" et trois contre-la-montre, dont un en côte. Avec plusieurs épilogues favorables aux coureurs polyvalents, rapides au sprint dans de courtes montées, Valverde fera souvent figure d'épouvantail. Le menu concocté par RCS semble mieux lui convenir que ceux des années précédentes, adressés aux purs escaladeurs. Purs escaladeurs dont il ne fait pas vraiment partie comme en attestent ses résultats lors du Tour de France, dont il a mis tant de temps à intégrer le tiercé gagnant (3e en 2015, à sa huitième tentative). 

Quel impact... sur le Tour de France ?

Cet engagement sur le Giro sonne d'ailleurs, logiquement, le glas des ambitions de Valverde sur le Tour, qui reste pourtant une course sur laquelle il prévoit de s'aligner. Fausse mauvaise nouvelle? 

Il pourrait appréhender la Grande Boucle comme un tremplin pour les Jeux Olympiques (dont le profil de la cours en ligne est dessiné pour lui) et poser moins de problèmes hiérarchiques au sein de sa formation. Il serait logique qu'il se mette au service de Nairo Quintana, sans arrières pensées, au contraire de l'an dernier, où la présence des deux hommes sur le podium des Champs Elysées  laissait un sentiment d'inachevé. 

Valverde n'est pas le seul à céder aux sirènes d'un Giro qu'il a longtemps boudé. Pour sa dernière saison, Fabian Cancellara (Trek Segafredo, 35 ans), y participera quant à lui pour la troisième fois, la première depuis 2009... année de l'unique Grand Tour remporté par Valverde (Vuelta). L'objectif du rouleur suisse ? Porter un maillot de leader qu'il n'a jamais revêtu à l'issue du contre-la-montre inaugural (9.8 km). 

Cette année, la tunique rose suscite la convoitise des plus expérimentés cadors du peloton.

Simon Farvacque 


Source : http://www.procyclingstats.com/
Publié le 05.05.2016