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Double enjeu pour les Bleues

Du 1er au 17 Aout prochain, se déroulera, en France, la 7e édition de la Coupe du monde de rugby féminin. Pour les joueuses françaises, du rectangle vert aux médias, les enjeux sont nombreux.

 Il y a 7 ans, la France organisait la Coupe du monde de rugby sur ses terres. Pour le match d’ouverture, dans un stade de France comble, la pression populaire était énorme et Rémi Martin sonnait, symboliquement, le glas de sa carrière internationale, en voyant sa passe interceptée conduire à un essai d’Ignacio Corleto précipitant la défaite tricolore face à l’Argentine (17 à 12). Une défaite dont les Bleus se relèveront, atteignant les quarts de finale de la compétition, et se présentant alors face aux favoris néo-zélandais. Des favoris qu’ils vaincront, suite à une erreur d’arbitrage manifeste, mais surtout grâce à une débauche d’énergie phénoménale et à une performance collective remarquable, se qualifiant pour le dernier carré de leur Coupe du monde (éliminés en demi par les Anglais). Ironie de l’Histoire, ce match qui restera comme l’un des plus marquants de la compétition s’était déroulé dans le Millennium Stadium de Cardiff. 

Alors que cette année, la France s’attèle à nouveau à la tâche de l’organisation du rendez-vous planétaire, cette fois-ci conjugué au féminin, la gestion de la ferveur ambiante et du fort engouement médiatique et les matchs à délocaliser (qui plus est à l’étranger) sont deux problématiques bien moins présentes à l’esprit des joueuses et des organisateurs, tant l’événement prend une moins grande ampleur.

Médiatiquement : à quand le feu des projecteurs ? 

Ainsi, seulement six des trente matchs de la compétition seront retransmis sur une chaîne de télévision gratuite, et l’ensemble de la phase de poule se déroulera à Marcoussis, dans un relatif anonymat. La majorité des matchs de classements se joueront également au Centre National de Rugby, seuls six rencontres (dont les demi-finales et les petites et grandes finales) auront pour cadre le Stade Jean Bouin. 

En plus de cette faible couverture télévisuelle et de la tenue de rencontres en un lieu peu propice à faire de la Coupe du monde de rugby féminin un fait majeur de l’actualité du sport mondial, la campagne de communication menée dans le but de promouvoir l’événement est restée assez peu développée. 

Autant de facteurs symptomatiques de l’amateurisme qui règne encore dans le rugby féminin français. Un amateurisme auquel les meilleures joueuses de l’Hexagone ne sont pas forcément réfractaires et qu’elles revendiquent même parfois : « Nous n’avons ni salaire, ni médiatisation. Notre seule récompense est le maillot de l’équipe de France, alors on se bat pour lui » (Marie-Alice Yahé, ancienne capitaine des Bleues, forcée d’arrêter sa carrière il y a quelques mois, en raison de commotions cérébrales répétées). Mais bien que porteur de certaines valeurs, il reste concrètement un frein au développement de leur activité, et le désintérêt global qui caractérise pour l’instant la Coupe du monde, est, en ce sens, un camouflet dans leur quête de conditions de travail plus favorables à leur progression sportive.

Cependant, malgré ce déficit de visibilité médiatique criant, à l’approche du coup d’envoi du tournoi, la pression monte dans le clan français. En effet, les joueuses ressentent les attentes croissantes qu’elles suscitent, comme en a témoigné la capitaine de l’équipe, Gaëlle Mignot, à l’évocation de la visite que la ministre des Sports, Najat Vallaud-Belkacem, leur a rendue : « On est suivies et pas mal de journalistes s’intéressent à nous. Ca fait plaisir que la ministre vienne nous voir. On se sent soutenues. » 

De soutien, elles auront bien besoin, pour mettre fin à la suprématie néo-zélandaise, ce qui serait pour elles, le meilleur moyen d’offrir à leur performance une plus grande résonnance médiatique. 

Sportivement : rompre l’hégémonie néo-zélandaise 

Quadruples tenantes du titre, les blacks ferns sont les reines de l’ovale féminin depuis 1998. Lors de leurs trois derniers couronnements, les Anglaises ont été leurs premières dauphines, leurs victimes préférées à l’heure du dernier acte. Qui pourrait briser cette série d’identiques finales ? Si l’Irlande, le Canada, les Etats-Unis voire l’Australie sont des candidats sérieux, la France ne manque pas d’arguments.

En effet, elle reste sur un Tournoi des 6 Nations magistralement remporté, Grand Chelem à la clé, meilleure attaque et meilleure défense de la compétition. Le XV de France participe à une Coupe du monde en tant que meilleure équipe européenne pour la deuxième fois de son Histoire, la première fois, en 2002, les Bleues avait terminé 3e. Que peuvent-elles réellement viser cette année ? Gaëlle  Mignot assume l’ambition de son groupe : « L’objectif est de faire mieux que lors de la dernière Coupe du monde, en 2010, où l’on avait terminé à la quatrième place […] on n’exclut pas, bien entendu, de pouvoir monter sur la plus haute marche ».

En phase de groupe, la France affrontera successivement le Pays de Galles (dès vendredi), l’Afrique du Sud et l’Australie. Une poule relevée mais que les françaises peuvent légitimement aborder avec confiance. Lors du dernier Tournoi, elles ont en effet, par exemple, infligé une cinglante défaite (27-0) à leurs adversaires galloises. Pour se qualifier à l’issue de cette première phase, elles devront terminer 1ère ou meilleure 2e *.

Dans le sillage de leur capitaine donc, mais aussi des expérimentées Sandra Rabier et Laetitia Salles (qui peut devenir recordwoman de sélection à l’occasion de l’événement), de leur chef d’orchestre, Sandrine Agricole et des jeunes prometteuses que sont l’aérienne Coumba Diallo et  l’infranchissable Marjorie Mayans, c’est un défi qu’elles peuvent relever. Un défi qui va au-delà de leurs attentes personnelles tant il peut prendre une dimension importante dans l’évolution de leur pratique sportive.

Destins mêlés : deux objectifs intimement liés

En effet, à tout cercle vertueux, il faut un élément fondateur, et la victoire est le meilleur déclencheur de la reconnaissance. C’est par l’excellence sportive que passera le développement du rugby féminin français, ainsi les différents objectifs que nos Bleues peuvent se fixer sont intimement liés, et fusionnent même en un seul but : celui de soulever le trophée. 

Au sein de la hiérarchie mondiale de sa discipline comme dans le paysage médiatique du sport français, le XV de France féminin a l’occasion de bousculer l’ordre établi. Par ses bons résultats récents, c’est une mission qu’il a déjà entreprise et qui se poursuit dès demain à Marcoussis.

Mesdames, c’est maintenant que l’Histoire s’écrit. 

Simon Farvacque 

*Le calendrier de la compétition : http://www.lerugbynistere.fr/news/calendrier-coupe-monde-rugby-feminin-2014-0804142148.php Pour plus d’informations : http://www.ffr.fr/index.php/ffr/rugby_international/coupe_du_monde_feminine

Sources :

 http://www.les-sports.info/rugby-tournoi-des-six-nations-feminin-2014-epr48347.html http://www.lequipe.fr/Rugby/Actualites/-feminin-n-est-qu-un-adjectif/353840 http://espritbleu.franceolympique.com/espritbleu/actus/4013-galle-mignot--4-ans-que-lon-se-prpare.html

Le journal l’Equipe du 29/07/2014 

Le journal Aujourd’hui en France du 30/07/2014

Publié le 31/07/2014