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ASM Clermont Auvergne: L'éloge de la patience

ASM Clermont Auvergne : L’éloge de la patience

           Plus c’est long plus c’est bon. Le club de Clermont a cultivé l’adage à l’excès, attendant d’être quasiment-centenaire pour enfin étreindre le Bouclier de Brennus. L’ASM Clermont Auvergne (feu-AS Montferrand) a en effet dû patienter 99 ans, pour faire main-basse sur le titre national. Une patience enfin récompensée lorsqu’en 2010, après dix finales perdues, la malédiction fut vaincue.  
C’est maintenant la Heineken Cup qui fait les yeux doux aux hommes de Vern Cotter, et même si rien n’est meilleur que l’attente, ces derniers ne pourront pas être aussi flegmatique que dans leur quête de suprématie hexagonale car la H Cup s’apprête, sembe-t-il, à rendre l’âme.  Alors pour Clermont, est-ce déjà l’heure du sacre continental ?

Lors de la saison 2006/07, dès sa première saison à la tête du club, Vern Cotter emmène les siens en finale du Top 14 et du Challenge Européen. Si l’ASM exécute Bath 22 à 16 en clôture de la petite coupe d’Europe, elle n’est pas encore assez mûre pour être reine de France, et s’incline face au Stade Français (18-23). N’est-ce que partie remise ? Loin de se décourager, à force d’habitude, le club clermontois se présente à nouveau fièrement, un an plus tard, au Stade de France. Cette fois, c’est un autre Stade, celui de la ville rose, qui douche ses espoirs de triomphe. Toulouse l’emporte 26-20. Mais jamais deux, sans trois, pour un club décidément sujet aux proverbes. En 2009 Clermont défie l’USAP, un autre monument en mal de trophée, qui attend quant à lui de décrocher le Bouclier depuis 54 longues années. Porical se joue de Rougerie, Perpignan décroche le  Graal  et Clermont reste Fanny (13-22).

La revanche sonnera enfin en 2010, les clermontois remportant confortablement la finale (19-6) qui les opposait à nouveau à des perpignanais pour qui le poids du soulagement du sacre précédent était trop lourd à porter. Un poids qui les entraîne d’ailleurs depuis, petit à petit, dans les profondeurs du classement.

Bien que ce mal ne les touche pas autant, depuis quatre ans, les auvergnats semblent récupérer lentement de leur tant attendu couronnement. Mais ce dernier n’est pas un aboutissement, et de nombreux défis incombent à ce nouveau rang de véritable prétendant et non plus d’éternel perdant.

Ainsi, les Montferrandais ambitionnent de remporter le titre européen. La H Cup est même définit comme « priorité absolue »  par leur coach Néo-zélandais. Sans succès pour l’instant. Mais le tableau n’est pas tout noir pour autant. Depuis que le bouclier de Brennus a fait escale en Auvergne le Stade Marcel Michelin est en effet un bastion imprenable.  Cependant, ce record d’invincibilité à domicile ne remplit pas l’armoire à Trophée, et le passé récent du club, en match à élimination directe, est jalonné de nombreuses déconvenues. Notamment sur la scène continentale.

En H Cup, des souvenirs douloureux et indélébiles, mais une progression quasi-constante

Mais si ces dernières années la coupe d’Europe fut le théâtre de cruelles désillusions pour Clermont, la courbe que dessine sa progression, quasiment rectiligne vers les sommets, laisse espérer  une proche consécration.

Lors de la saison 2009/10, c’est en quart de finale que l’ASM s’incline sur les terres du Leinster1 d’un Brian O’Driscoll toujours aussi inspiré, au terme d’un interminable chassé-croisé (28-29). Le triplé de Julien Malzieu n’aura donc pas suffi, et le drop raté par Brock James, sur la sirène, était alors le symbole parfait d’un club qui n’avait pas encore appris à gagner.

Lorsque, deux ans après, les auvergnats retrouvent les Leinstermen, au stade des demi-finales cette fois, le résultat est le même (15-19) … et le scénario se veut encore plus douloureux2. En effet, les fantômes de Chaban Delmas hanteront sans doute toujours Wesley Fofana, qui ce jour-là fût à deux doigts d’inscrire un essai synonyme de finale.  

L’an dernier, Clermont vainc ses démons irlandais, éliminant le Leinster en phase de poule et venant à bout de sa province rivale : le Munster de Paul O’Connell, à l’issu d’une demi-finale maitrisée       (16-10).

La défaite en finale face à Toulon, au paroxysme de la déception 

 Les clermontois se présentent alors en finale face aux toulonnais. Ultime affrontement totalement inédit, entre deux clubs n’ayant jamais atteint ce stade de la compétition jusqu’ici.

Une finale dont Clermont est grand favori… mais qui se déroule à Dublin. Les fantômes irlandais sont-ils définitivement enterrés, ou vont-ils ressurgir au pire moment ?

Confiants, trop confiants, les auvergnats se font cueillir par des varois diaboliquement opportunistes. D’une contre-attaque aussi imparable qu’inattendue  le RCT  vient crucifier des clermontois atterrés.  La malédiction celtique a encore frappé.

Cette nouvelle terrible désillusion, est encore personnifiée par Brock James. Pourtant l’auteur de l’échec final, dans le dur exercice du drop de la gagne, est cette fois David Skrela. Mais c’est bien l’image du facétieux Armitage tirant la langue3 à l’ouvreur australien, sur le chemin de la terre promise, qui restera gravée dans les mémoires.

Cet essai, à une passe, inscrit suite à une action débridée4, illustre à merveille la victoire du pragmatisme toulonnais remettant en cause la stratégie de l’orgie de rugby, choisie et assumée par les  clermontois. Des clermontois qui virent donc finalement leur ambitieux « on joue tous les ballons » froidement ramené à la raison par la défense et le réalisme du RC Toulon.

Les limites du turnover permanent 

La défaite (15-16) fut si dure à encaisser pour l’ASM que la semaine suivante, face au Castres Olympique, en demi-finale du Top14, le coach auvergnat décide de faire tourner. Une tendance chronique chez lui. Celle de faire jouer la concurrence à outrance.  En plus des absences sur blessures de Cudmore et Vosloo, il éjecte en effet  Hines, James et Domingo du quinze de départ. Mais le coup de poker de Vern Cotter n’eut pas l’effet escompté, son équipe subissant une cuisante défaite (9-25). Un échec qui acheva d’inscrire en pointillés, la réussite d’une saison clermontoise contrastée. 

Une saison dont Vern Cotter assumera l’épilogue désastreux, dressant un amer constat de ses mauvais choix, que ce soit en termes de gestion d’effectif ou de plan de jeu :

« Sans renier notre philosophie de jeu, on doit à un moment du match (contre Toulon) changer notre fusil d’épaule. Les soldats étaient là, mais pas la gestion. C’est frustrant pour Franck et moi, c’est un constat. Je n’élude pas mes responsabilités. Je regrette d’avoir fait confiance à 2 ou 3 joueurs... »

De ces déclarations semble s’être ensuivie une certaine remise en question. Car cette année, bien que l’ASM continue de présenter la particularité de pouvoir aligner quasiment deux 15 de départ de même niveau (qui plus est très élevé),  Vern Cotter privilégie la continuité.  Le coach clermontois aurait-il appris des erreurs du passé ? Il déclarait le 26 mars dernier :

« Je ne pense pas que l'effectif maintenant va énormément tourner jusqu'à la fin de saison [....]    il n'y aura plus de gros turn-over » 

En effet le turnover est à manier avec précaution. Il peut faire d’un effectif pléthorique soit un redoutable avantage, soit un terrible inconvénient. Il n’y a qu’à voir les candidats dont disposait Clermont pour peupler son centre du terrain ces dernières saisons, pour comprendre la difficulté de la tâche confiée  à Franck Azéma (coach des lignes arrières).

Une paire de ¾ centre estampillée All Black  (Benson Stanley-Regan King) avec deux joueurs aux profils quasiment opposés et donc terriblement complémentaires. Une autre sous le signe du Coq français ? (Wesley Fofana-Aurélien Rougerie). Avec en joker de luxe, un certains Nakaitaci, auquel l’équipe de France offre presque plus de temps de jeu que son club clermontois. Les opportunités ne manquent pas… mais c’est un dur compromis à trouver pour que les ego ne se froissent pas. 

La saison de tous les records… ou celle des éternels remords 

Un formidable effectif donc, qui  permet à Clermont d’avoir la légitime ambition de briller sur tous les tableaux. Avec l’objectif pour son coach néo-zélandais de conclure en beauté ses 8 années à la tête du club (il entraînera l’Ecosse à partir de juin prochain). En réalisant la performance, inégalée depuis, du Stade Toulousain qui en 1996 avait remporté le doublé (la H Cup et le championnat de France), il tirerait sa révérence au firmament. Mais comme évoqué précédemment, il semble considérer la compétition européenne comme l’objectif prioritaire.

Une compétition qui prend d’ailleurs cette saison une dimension plus patriotique, avec 6 victoires chacun Anglais, Français et Irlandais vont en effet profiter de cette 19e et, sans doute, dernière édition pour se départager pour l’éternité (si la réforme de la coupe d’Europe devait être officialisée). Samedi, le coup d’envoi de la lutte finale sera donné.

Comme, en quelque sorte, celui de la saison de Clermont, qui recevra les Tigres de Leicester dans son antre de Marcel  Michelin,  car, si cette année le jeu et les résultats des auvergnats sont satisfaisant, ils ne sont que faiblement révélateurs.

En effet les clermontois ont relativement aisément dominé leur groupe en H cup, et ce n’est que maintenant, que le Top 14 commence vraiment. Un championnat somnolant pendant 7 mois qui se réveille brusquement, un championnat dans lequel les  équipes se déplacent maintenant pleines d’ambition. Comme si à l’approche de la fin, leur faim de victoire se décuplait enfin. Nous sommes passé à l’heure d’été, à l’heure du printemps et de ses bourgeons, alors fini l’hibernation : place à l’action. Un printemps si souvent synonyme de déception pour le club de Clermont. Qu’en sera-t-il cette saison ?

Samedi, très vite nous verrons, si l’échec en finale de l’an dernier était le point culminant de l’histoire clermontoise en H Cup, ou s’il fût au contraire le dernier étage de la fusée qui enverra cette année les auvergnats sur le toit de l’Europe.

L’ère Vern Cotter avait débuté par un titre en Challenge européen et une finale de Top14 perdue. Une première saison en demi-teinte à l’image de la période de transition que traverse actuellement le club clermontois, ex-perpétuel perdant qui aspire à devenir grand. Si le règne de l’entraîneur néo-zélandais se conclut par une victoire en H Cup, voire même par le fameux doublé,  on pourra légitimement l’ériger au rang d’époque dorée, pour un club qui abandonnera alors définitivement son statut de dauphin patenté.  

Mais surtout, la patience de tout un peuple aura encore payé.

 

 

 

 

http://www.rencontresaxv.fr/2010/04/10/h-cup-2010-resume-video-leinster-clermont/

2 http://www.dailymotion.com/video/xqjfas_leinster-vs-clermont_sport

3 http://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fmedias.lequipe.fr%2Fimg-photo-jpg%2F-%2F1500000000315101%2F167%3A377%2C1589%3A1094-665-335-70%2F524ad.jpg&imgrefurl=http%3A%2F%2Fwww.lequipe.fr%2FRugby%2FActualites%2FLaporte-appelle-a-ne-plus-siffler-delon-armitage%2F402401&h=335&w=665&tbnid=YDAlt08DazNgtM%3A&zoom=1&docid=XuGNeQY5VzODkM&ei=7ks3U5GDAq3s0gXXrYHgDw&tbm=isch&iact=rc&dur=640&page=1&start=0&ndsp=25&ved=0CGQQrQMwBA 

4 http://www.youtube.com/watch?v=l8PetDjG7ME

 

FARVACQUE Simon

Publié le 02/04/13

Autres sources : 

http://www.lerugbynistere.fr/news/la-revolution-competitions-europeennes-direction-suisse-2102141547.php

http://www.lequipe.fr/Rugby/HIST_CE.html

http://www.rugbyrama.fr/rugby/top-14/2012-2013/demi-finales-top-14-2013-asmca-co-presentation-castres-maintenant-ou-jamais_sto3771721/story.shtml 

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/2013/05/28/asm-clermont-vern-cotter-je-regrette-d-avoir-fait-confiance-a-certains-leaders_1566428.html

http://www.lamontagne.fr/auvergne/sports/actualite/rugby/2014/03/26/vern-cotter-asm-il-n-y-aura-plus-beaucoup-de-changements-dans-l-effectif_1934450.html

http://www.lequipe.fr/Rugby/HIST_ELIT1.html