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Entretien avec Imam Dabo (combattant professionnel MMA)

 Imam Dabo : « Nous, combattants français, on va faire le travail ! »

En France, le MMA (Mixed Martial Arts), précédé de sa réputation de sport dangereux, voit son développement minoré par le Ministère des Sports (qui en proscrit la pratique en compétition, sur le sol hexagonal) et par sa non-affiliation à une fédération, intimement liée à cette non-reconnaissance ministérielle. Pourtant, sa croissance est une réalité, et son essor un véritable fait de société, comme Imam Dabo (21 ans, combattant professionnel), peut en témoigner. Ce dernier, qui pratiquait la boxe anglaise dans sa jeunesse, alors qu’il était également l’un des protagonistes d’une web-série à succès, a accepté de me recevoir chez lui, pour discuter de l’avenir de son sport et de ses propres objectifs. Rencontre avec un homme déterminé.

 


Bonjour Imam, merci de prendre un peu de ton temps pour répondre à mes questions. En tant que combattant professionnel MMA, pourrais-tu commencer par nous définir, globalement, ce qu’est le MMA ? Sport dont beaucoup de gens ont déjà entendu parler, mais que peu connaissent véritablement.

Le MMA, c’est un art martial mixte qui regroupe plusieurs types d’arts martiaux et sports de combat (boxe, kick-boxing, muay-haï, boxe française, lutte, grappling, jiu-jitsu brésilien, luta livre etc.). En fait, c’est un sport qui permet d’être vraiment très actif, qui se base sur tous les points : milieu, haut, bas. C’est un mix. 

C’est en cela qu’il est très complet. Cette discipline est organisée comment, à l’échelle mondiale ? Par des Fédérations, des organisations, la remise de ceintures etc. ?

Oui, il y a des fédérations de MMA, à l’étranger en tout cas. Sinon, c’est par ceintures que ça marche. Ce sont des organisations qui montent leurs propres « shows » et font appel à des combattants. L’organisation la plus connue c’est l’UFC (Ultimate Fighting Championship), elle commence à dater, de l’année 2000 (année de sa codification plus stricte - selon les « règles unifiées du MMA » - après avoir émergé dès 1993), et maintenant c’est à une échelle mondiale. C’est une grosse organisation, qui engage des gens et qui met une ceinture en jeu. Cela dépend des combattants, mais il faut quand même gagner un certain nombre de combats pour arriver jusqu’à la ceinture. Elle représente « The titre », le titre suprême. 

La vision du MMA en France, tu la qualifierais comment ? Parce que ce n’est pas un sport aussi développé que dans les pays que tu évoques.

Ma vision du MMA en France... c’est que la France gâche une opportunité. Franchement, le sport qui évolue le plus en ce moment, c’est le MMA ! Le MMA, est reconnu dans quasiment tous les pays, il y en a peut-être deux ou trois qui ne le reconnaissent pas... et encore, je dis « deux ou trois » car sinon on va me taper sur les doigts quand la vidéo sera publiée (sourire). C’est vraiment un sport reconnu qui grimpe et ne cesse de grimper, qui accroche tout le monde. Comme j’ai vu dans une vidéo : Vous allez dans un centre commercial, un match de foot y est diffusé... tout le monde ne va pas regarder. Un match de basket ? Tout le monde ne va pas regarder. Du MMA ? Peu importe : on va regarder car cet aspect « combat », cet aspect « libre », ça enchante tout le monde ! En France ce n’est pas « légalisé » (voir introduction) mais c’est vraiment dommage, car c’est ce qui fuse en ce moment.

Qu’est-ce qui bloque alors ? C’est la mentalité, c’est une question d’argent ?

En France, on est un peu limité. On se limite un peu. Dans le MMA, ce qui gêne en fait, ce sont les frappes au sol... bien que ce soit un sport vraiment réglementé. C’est vrai qu’avant le MMA ce n’était pas très réglementé, mais maintenant il y a des coups qui sont interdits, des catégories de poids, des contrôles antidopage, c’est strict, les combattants sont suivis, c’est... un sport ! Un sport comme un autre. En France, je ne sais pas pourquoi, ils sont limités.

Ok. Toi, dans ce contexte compliqué justement, comment as-tu pu développer ton projet, en arriver là où tu en es ? En France, quels sont les leviers pour devenir combattant professionnel de MMA ?

En France, pour devenir combattant de MMA, professionnel (réflexion)... Déjà, ce qui est dur, c’est d’obtenir le statut. En France « c’est mort ». Ce que je vais devoir faire c’est bosser, à côté, et en même temps je vais faire du MMA, je vais essayer de trouver des créneaux, mais ce n’est pas le MMA qui va me faire manger. En tout cas, pas moi. Peut-être d’autres combattants, et encore... il faut vraiment être « haut ». Ce n’est pas accessible à tout le monde, « c’est con », mais en France, on est obligé de faire deux « tafs ». Après, il y a des sponsors, certains en ont. Mais c’est difficile. 

D’accord, il faut se trouver ses sponsors, se faire sa place etc. Je sais que tu es dans la team Crossfight Paris, que représente cette organisation ? Que t’apporte-t-elle ?

Pour moi, le Crossfight c’est un club, mais c’est également une famille. C’est le plus gros club de MMA de France, deuxième meilleur club d’Europe, il a été rapporté comme tel, ce sont des faits. C’est dirigé par le coach, également fondateur du Crossfight, Lopez Fernand, il est connu dans le circuit. C’est un club qu’il a ouvert, à Porte Dorée, et qui regroupe plein de bons combattants, notamment des combattants à l’UFC comme Mikael Lebout et Taylor (Lapilus), à qui je fais une dédicace d’ailleurs. Après il y a de gros combattants, dans toutes les catégories, connus dans le circuit, comme par exemple : Teddy Violet, Samir Faiddine, Arnold Quero, Damien Lapilus... on a aussi Tahar (Habdi), Chabane (Chaibeddra), Seydina (Seck), Francis (Ngannou, qui a signé pour quatre combats à l’UFC, entre temps) etc.* On a de bonnes combattantes aussi : Valérie (Domergue)... Donc on a une grosse team ! Crossfight, ça ne m’apporte qu’une évolution, j’avance là-bas - et tout le monde avance ! – à « vitesse grand v ». Je pense que c’est le club de l’avenir, le club qui peut apporter quelque chose  en France.

C’est juste un collectif  d’entraînement, ou ça va plus loin ? Cela t’aide à trouver des sponsors, des combats etc. ?

Entraînement, mais pas seulement. C’est le club qui m’aide à trouver des combats, avec un agent aussi, qui s’appelle Phi, de Fight Star Management (1). Le club travaille donc avec un agent, mais également avec un personnel « condition physique », des professeurs d’anglais, pour nous aider à parler à l’étranger, des ostéopathes etc.

C’est une vraie formation, pas juste un groupe.

Voilà, c’est un vrai suivi. Tous les combattants sont suivis, tous types de combattants. Ce n’est pas celui qui est tout en haut qui va être soutenu au détriment de celui qui est tout en bas, c’est vraiment un soutien pour tout le monde. Personnellement, je me sens bien là-bas, j’évolue bien là-bas... « C’est de la balle ».

Ok. Avant d’en arriver là, il y a dû avoir des échelons à franchir. Comment cela t’est venu, cette envie de faire du MMA ? Tu es passé par d’autres sports de combat ?

Je suis passé par la boxe anglaise. J’ai fait de la boxe anglaise à côté de chez moi, à Elancourt, au sein du Boxing Club Team Farrugia... J’ai vraiment aimé la boxe, mais quand j’ai vu le MMA, je me suis dit « non, c’est un truc de fou ça ! ». Un jour je suis allé dans une salle de MMA, pour voir, parce qu’on m’avait dit « des gens sont biens dans ce sport, se sentent libres... ». Moi, j’étais un mec qui, déjà, dans mon quartier, aimait beaucoup faire  des corps-à-corps avec les gens, de la lutte. Donc je suis allé voir par curiosité. Direct, je suis arrivé avec mes petits clichés « ouais, le petit mec là-bas il ne peut rien me faire. Impossible. ». On a fait un un-contre-un... mais ça allait trop vite pour moi (rires). Je me suis dit « non, c’est abusé. ».

Tu as accroché direct !

J’ai accroché directement ! Je voyais que je pouvais apprendre des choses avec mon corps. Quand tu vois par exemple que lorsque ton bras est tourné dans ce sens, tu es soumis, tu ne peux rien faire. Tu ne peux pas revenir... tu te dis « c’est pour moi ça ! ».

D’ailleurs à cette époque-là, tu avais peut-être d’autres projets. Je sais que tu faisais une web-série. C’était juste un délire de jeunesse ? Ou tu penses à revenir à la comédie dans le futur ?

En fait, j’étais dans une  série qui s’appelait Story 2 Ouf, qui a vraiment marché sur le net, dépassant le million de vues. On sortait des épisodes etc. On était jeunes, on aimait bien... mais ça prenait beaucoup de temps. Durant toutes les vacances : on tournait. Tous les soirs après l’école, tous les week-ends : on tournait. On était avec une production, Ghost Management, parfois on se filmait nous-mêmes. Cela prenait trop de temps, et ça ne payait pas. J’étais jeune et je me suis dit « Bon, il faut que je m’amuse ». Quand les gens sortaient, je ne pouvais pas...

Trop de contraintes. Des horaires de professionnel... mais sans salaire.

Voilà, sans rien.

D’accord, cela n’a pas marché à cause de ça, car c’était sans rien au bout. Mais cela ne sera peut-être pas toujours sans rien. Tu penses y revenir un jour ? Mêler les deux projets, d’autant plus que dans la série Story 2 Ouf il y avait quelques scènes  de combats...

J’y avais  pensé. Mais je suis tombé dans un « truc »... en  fait à la base, quand je suis venu au Crossfight je pensais m’entraîner, sans penser dépendre du MMA. J’y songe vraiment maintenant. J’ai pris goût à tout ça, à m’entraîner etc. je trouve  que je m’améliore bien. C’était un délire aussi, pareil, le MMA, j’en faisais... mais j’en faisais comme un sport (loisir). Maintenant, je veux réussir dedans, j’ai ma place à faire dedans et je la ferai !

Tu es concentré à 100% là-dessus.

Concentré sur ça, oui. La comédie, j’ai lâché l’affaire.

C’est ta jeunesse, c’est derrière toi.

Ouais voilà, c’était juste un délire.

Vu comme aujourd’hui les vidéos sur internet se développent – on a l’impression que les « buzz » se font encore plus facilement qu’il y a quelques années – tu n’as pas le sentiment d’être arrivé trois/quatre ans trop tôt dans ce milieu ?  Aujourd’hui, ça pourrait te booster encore plus.

C’est vrai que notre série, déjà à l’époque, avait eu un certain nombre de vues. Donc, oui, quand je  vois les « viners » (personnes qui acquièrent une notoriété via le web, par la publication de courtes vidéos, souvent humoristiques) – et j’en connais  plusieurs – ce qu’ils deviennent... moi, je suis de la génération -94, j’ai 21 ans depuis cette année, beaucoup sont de -96, c’est-à-dire qu’ils nous regardaient, ils regardaient nos vidéos, je vois qu’ils sont tombés au bon moment : les gens sont à fond sur eux ! Il n’y avait pas  les applications comme Instagram etc. quand nous faisions ça. Maintenant, ce sont des activités très suivies : si on s’était lancé aujourd’hui, on  aurait « tout éclaté » ! Même là, il y a encore des gens qui me disent « refais des vidéos, refais etc. », mais voilà... je suis MMA maintenant (sourire). Je suis un mec du MMA, j’ai choisi.  Il faut faire des choix, et j’ai fait mon choix.

Justement, aujourd’hui encore, tu parles d’un emploi du temps compliqué. C’est dommage, parce que si tu bénéficiais d’une situation plus stable, d’une vie professionnelle plus « tenable » en termes d’horaires, avec les financements qui le permettent... tu pourrais peut-être encore mener ces deux projets de front.

« Grave ». Franchement, en France, c’est dommage qu’ils ne soutiennent pas. Je vous jure. Dans d’autres pays, en Ecosse, en Angleterre, ils soutiennent leurs combattants, en Irlande aussi. Pour ma part je ne suis allé qu’en Ecosse pour le moment... mais quand vous voyez ça, ce soutien aux autres combattants, vous vous dîtes : « C’est dommage d’être dans un pays limité ». C’est dommage d’être dans un pays dans lequel les gens ont une mentalité comme ça. Ils freinent le pays, ils nous freinent énormément. Dans les autres pays, tout le monde avance. Mais ça va arriver bientôt... je vous jure que ça va arriver !

Tu penses que ça va se débloquer ?

Oui, ça va se débloquer, c’est obligatoire. Nous, les combattants français, on va faire le travail, et on finira par avoir la reconnaissance que l’on doit avoir. C’est sûr. On va leur montrer, on va porter la France tellement haut...

... que ça va suivre après ?

Voilà, ils vont se dire « ils nous ont portés, on est obligé de les suivre maintenant ».

Ok, à l’échelle internationale, que penses-tu de la médiatisation de la combattante Ronda Rousey ?

Ah Ronda... elle a prouvé (rires). Rien à dire. Elle est là, ses combats, elle les gagne tous en 30-40 secondes, c’est la « number one ». Jamais une combattante n’a fait ce qu’elle est en train de faire, elle est juste en train d’exploser tous les records. Chapeau.

Tu vois aussi qu’elle est bien entourée, on doit la conseiller en terme de communication, car dès qu’elle a l’occasion d’aller « au clash » avec Mayweather par exemple, pour être encore plus médiatisée... elle ne la rate pas. C’est là que l’on voit que c’est un milieu dans lequel il faut savoir se comporter, en plus de faire la différence pendant les combats.

Voilà ! En MMA, il y a deux combats. Il y a l’extérieur et l’intérieur. Il y a des gens qui ont été super bons en combat. Mais leur comportement, leur façon d’être les ont amenés à l’oubli. Tandis que d’autres n’ont rien fait dans un ring mais ont réussi, car ils  savaient parler et se montrer. Je trouve qu’en France c’est ce qu’il manque, c’est ce qu’il faut ramener. En France, il y a beaucoup de faux-humbles. Pour moi, dans ce sport-là, ce sont de faux-humbles. Pourquoi ? Parce que tu es dans un sport  de combat où tu veux « éclater ton adversaire », alors à partir du moment où tu fais genre : « Non, moi je suis ceci, je suis cela, ne vous inquiétez pas... » (Sceptique). Tu peux respecter ton adversaire, mais en faisant le « show » ! C’est ce qui manque. Mais ça aussi, cela va arriver.

En parlant de ce qui va arriver : quelles sont tes futures échéances sportives, les gros combats à venir... qu’est-ce qui nous attend dans les prochaines semaines ?

(Enthousiaste) Déjà, dans les semaines à venir, je vais m’entraîner à fond ! Pour commencer. Ensuite, j’avais combattu dans une organisation qui s’appelle Art of Combat, normalement je devrais combattre pour le titre de cette organisation. Je dois en savoir plus, j’ai un agent qui me dégote des combats, qui doit me dire ce qu’il en est. Cette année, je pense qu’il y a des choses à prendre en France. Je pense que je vais tout prendre... (Plus incisif) Je vais tout prendre, même ! Puis je vais me lancer à l’étranger, et tout prendre à l’étranger, pareil. Parfois il faut passer par certaines étapes.

Tu es dans l’idée de t’imposer dans le milieu proche, national, pour pouvoir t’exporter ensuite à l’international ?

Voilà, c’est juste un nettoyage. Comme quand tu formates ton disque dur. On va commencer par prendre tout ce qu’il y a à prendre ici, en France, puis après (souriant et déterminé), on va aller à l’international et on va aller prendre la ceinture à Demetrious (Demetrious Johnson, détient actuellement la ceinture « poids mouche » de l’UFC).

Ok, merci de m’avoir accordé un peu de temps.

Merci à toi.

Finalement, est-ce qu’on peut le dire maintenant... que ta vie est une « Story 2 Ouf » ?

Maintenant on peut le dire (rires). C’est une  « Story 2 Ouf », de malade même !

 

Entretien avec Imam Dabo, par Simon Farvacque

 

*Pour plus d’informations sur le concept Crossfight et sur les athlètes qui y adhèrent, site officiel : http://crossfight.fr/club/

(1) http://www.fightstar-management.com/index.php?page=services

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Réalisé le 08.08.2015 et publié le 14.08.2015