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Dix sportifs qui n’ont pas marqué l’année 2014




C’est la grande mode des fêtes de fin d’année, outre les bêtisiers : moult sportifs sont érigés ou stigmatisés en « Top » ou en « Flop » de la saison en cours ou écoulée. Mais quid de ceux qui n’ont brillé ni par leurs exploits... ni par leurs performances ratées ? Coup de projecteur sur dix d’entre eux, qui n’ont pourtant pas démérité.

Pour intégrer cette shortlist, un prérequis nécessaire : faire preuve d’un très bon niveau de pratique mais n’avoir récemment remporté aucun grand titre. Entrent également en compte, l’éventuelle sympathie dégagée _ à mon égard, car, oui, cette élection, en plus de reposer sur un mode de scrutin dictatorialement simpliste (je suis l’unique votant) se caractérise par sa partialité _ la capacité à être souvent proche du but suprême sans jamais réussir à l’atteindre et (bonus non négligeable) le fait d’être doté d’un patronyme original et chantant.

And the winners are... (Classés au gré de mon humeur et non de leur valeur) :

Giacomo PEREZ-DORTONA, des finales, du bronze, de l’argent... mais pas de sacre

 Plongeons tout d’abord aux côtés du jeune nageur marseillais (25 ans). Brasseur redoutable il réalise cette saison des performances satisfaisantes, atteignant la finale sur 50 (7e) et 100 m brasse (5e) aux Championnats d’Europe et garnissant son armoire de médailles en argent (2e durant les CE, sur 4 x 100 m 4 nages et les Mondiaux en petit bassin, sur 4 x 50 m 4 nages) et en bronze (3e à l’occasion du 100 m brasse et du 4 x 100m 4 nages de ces mêmes Mondiaux). Cependant, l’or s’est continuellement refusé à lui, au niveau international, en 2014.

Ainsi, derrière le monolithique Florent Manaudou (7 titres dans les deux compétitions à l’instant évoquées) Giacomo ne peut que se faire petit. Son heure de gloire viendra peut-être un jour : il confirme en tout cas sa montée en puissance (record personnel sur 100m brasse cette année) et peut légitimement espérer se muer en vainqueur et non plus en accumulateur de places d’honneur. Le tout sans faire de vagues ni brasser trop d’air... car si la parole est d’argent, le silence est d’or.

Passons à un autre sportif méritant mais peu médiatisé : Critiano Ronaldo ! (Non ? Ok. Dites-le si on ne peut plus rigoler...) n’étant finalement pas sélectionné, Martin Braithwaite le remplace au pied levé.

Martin BRAITHWAITE, énergie et combativité au service de statistiques mitigées

Sachez qu’en Ligue 1, David Luiz n’a pas le monopole de la ressemblance avec Tahiti Bob (personnage de la série Les Simpson). En effet, avant même que le fougueux défenseur central brésilien ne rejoigne la première division française, un grand chevelu y parcourait déjà les stades, par de spectaculaires chevauchées : Martin Braithwaite ne passe pas inaperçu et ses performances non plus.

En effet, l’ailier toulousain, international danois, ajoute à cette activité débordante d’intéressantes qualités de finisseur et prouve, dès ses premiers pas dans le club de la ville Rose, qu’il sait se montrer efficace, en inscrivant 4 buts lors de ses 8 premiers matchs de championnats (au début de la saison 2013/2014).

Seulement, depuis, les choses se compliquent légèrement. Ainsi, sur l’ensemble de l’année civile 2014, il compte également, seulement, 4 buts en championnat (en 30 rencontres, cette fois).

Ainsi, entre ses capacités indéniables et son bilan léger, il présente toutes les garanties pour se voir affublé du statut, ici décerné, de footballeur moyen de l’année.

Traversons maintenant l’Océan Atlantique, pour y découvrir son alter ego basketteur: Andrew Bogut.

Andrew BOGUT, de franchise player frustré à joueur de complément comblé ?

Le grand intérieur australien (2m13) était attendu plus haut qu’il n’a jamais su monter. Premier choix de la Draft 2005, il passe six saisons à défendre les couleurs des Milwaukee Bucks, marque toujours, en moyenne, entre 9,1 et 15,9 points/match (assortis d’une dizaine de rebonds) chaque année... mais ne remporte aucune série en playoffs. Sur cette période, il se distingue par une présence dans le 3e Cinq du All-NBA Team* de 2010 (inédite pour un joueur de sa nationalité) et une distinction de « meilleur contreur » de la ligue, en 2011. Moins d’un an plus tard, suite à une nouvelle blessure (plusieurs ayant déjà entravé sa progression) et une saison tronquée, il est transféré à Golden State.

Son impact individuel est moindre chez les Warriors (toujours présent au rebond et « au bâche », son scoring passe dans une fourchette plus modeste : 5,8 à 7,3 pts sur les trois dernières saisons, celle-ci comprise) mais ses ambitions collectives peuvent décupler. En effet, dès 2013, il passe enfin un tour de playoffs et, pour l’instant, son équipe de Golden State est solidement installée aux commandes de la Conférence Ouest (avec 83,33% de victoires, contre 78,88% pour Portland). Finalement, rentrer dans le rang, statistiquement, est peut-être une excellente nouvelle pour lui.

Passons maintenant des tirs en suspension ou autres double-pas, aux pas de tir enneigés, où nous attend Simon Eder.

Simon EDER, métronomique dans la conquête des places d’honneur

Le biathlète autrichien de 31 ans tire plus vite que son ombre _ il est reconnu par beaucoup de ses pairs, dont un certain Bjoerndalen, comme l’un des meilleurs dans l’exercice face aux cibles et se caractérise notamment par sa vitesse d’exécution_ mais fait rarement mouche à l’heure de décrocher des trophées. 

Aux JO de Sotchi il a remporté une médaille en relais (le bronze) mais a surtout cumulé quatre places allant de la 4e à la 16e (en individuel, sprint, poursuite et mass-start).  Il figure actuellement au 15e rang du classement général de la coupe du monde de biathlon (5e à l’issue de la saison précédente, le meilleur résultat de sa carrière, ainsi que 2e dans deux catégories : l’individuel et la poursuite). Bref, il a tout du perdant magnifique.

Seul petit accroc... une victoire dans la poursuite d'Oslo-Holmenkollen, juste après les Jeux. Personne n’est parfait, même dans l’imperfection. Rassurez-vous, Laurens Tend Dam, lui, n’a rien gagné l’an dernier.

Laurens TEN DAM, le Hollandais (un peu, mais pas trop) volant 

Dans l’ensemble de sa carrière, le Néerlandais de 34 ans, membre de l’équipe cycliste Team LottoNL-Jumbo, n’a d’ailleurs remporté que deux courses (2e étape de la Course de la Solidarité et des Champions Olympiques 2006 et 1ère étape du Critérium International 2008). Cependant, il est loin d’être incompétent sur son vélo : 9e du Tour de France, cette année, tout de même, ce n’est pas rien.

Il représente une sorte de coéquipier modèle (8e du Tour d’Espagne 2008, en soutien de Robert Gesink, 6e de cette même Vuelta)... voire une roue de secours de luxe, car, parfois, il finit devant son leader au classement général, presque par inadvertance. Ainsi, Mollema, auteur d’un inoubliable chrono sur le Tour cette saison (140e de la 20e étape, à 9min26 du vainqueur) s’est classé un rang derrière lui, au final, sur cette Grande Boucle. Ces deux résultats représentent, sur les courses de trois semaines, les deux principaux faits d’armes de Ten Dam, souvent dernier lâché du groupe des favoris, mais jamais en mesure de les attaquer. C’est finalement lorsqu’il avait subi une blessure spectaculaire, suite à une chute, sur le TDF 2011,  qu’il avait eu le droit aux égards des médias... mais sur un malentendu, il va bien finir par faire « Top 7 » sur un Grand Tour et là, les mauvaises langues n’auront plus qu’à ranger la leur dans leur poche !!

Varvara LEPCHENKO, l’art d’être bien classée... en ayant rien gagné 

Sans transition, lâchons la bicyclette et empoignons notre raquette, pour nous intéresser à Varvara Lepchenko, qui s’impose d’une courte tête face à Carla Suarez Navarro (sans la moindre raison, je vous le concède) dans la compétition féroce dont accouche cette remise de prix aléatoire.

Alors que la tenniswoman américaine réussissait l’exploit, en 2012, de terminer l’année avec le statut de 21e joueuse mondiale, sans avoir disputé la moindre finale sur le circuit principal, en 2014, elle a, pour la première fois, accédé au dernier match d’un tournoi (s’inclinant en 3 manches, à Séoul, face à sa compatriote McHale) mais son compteur de victoire finale reste désespérément bloqué à zéro, en dix saisons, cela commence à faire long...

Elle a cependant fait preuve d’une jolie régularité en Grand Chelem, en y passant toujours au moins un tour, ce qui reflète sa capacité à assumer son statut de 35e au classement WTA, et en opposant une résistance intéressante à Serena Williams en 16e de finale de l’US Open (s’inclinant 6-3 6-3 mais réalisant tout de même deux fois plus d’aces, 6 à 3, que son adversaire).

En 2015, elle courra sans doute derrière son premier titre, ce qu’un autre adepte de la petite balle jaune, Roberto Bautista-Agut, n’aura plus à faire.

Roberto BAUTISTA-AGUT, belle progression... en toute discrétion

L’Espagnol vient de réussir la plus belle saison de sa carrière, et de loin : 15e au classement ATP (alors que 58e était sa précédente référence de fin d’année) il a gagné ses deux premiers trophées, l’Open de Bois-le-Duc et le tournoi de Stuttgart. Seulement, il reste loin de la starisation, pour bien des raisons : d’une part, sa nationalité l’empêche de jouer le rôle de représentant de tout un peuple (il n’est que le 4e Ibère à l’ATP), d’une autre, son âge, déjà 26 ans, ne fait pas de lui un « jeune prodige » et enfin son jeu, pas particulièrement spectaculaire et dénué d’un « coup fort » particulier, n’attire pas la lumière sur ses résultats.  Ces derniers restent d’ailleurs modestes _ bien que très corrects _ en  GC, où le cap des 8e de finale s'avère être pour lui une vraie barrière (battu à ce stade de la compétition par Dimitrov et Federer, à l’Open d’Australie et à l’US Open).

L’anonymat dans lequel Roberto a progressé a donc joué en sa faveur pour l’obtention de son diplôme « mention assez bien » ... mais attention, s’il continue comme ça, il finira par faire parler de lui et ne pourra dire qu’adieu à ses neuf camarades de jeu. 

Danger qui guette également sérieusement le prochain sportif plébiscité.

Kévin GOURDON, coup de projecteur sur le perforateur de l’ombre

En effet, en voici un autre qui flirte dangereusement avec la popularité ! Car, en Top 14, ce ne sont ni les Toulonnais Bryan Habana ou James O'Connor, ni le Clermontois (pour quelques mois encore) Napolioni Nalaga qui « battent le plus de défenseurs » depuis le début de la saison ... mais bien Kévin Gourdon (selon le journal L’Equipe). Le flanker rochelais, qui peut également évoluer au poste de numéro 8, est particulièrement fort dans le duel offensif, avec des capacités d’évitement très développées, qui collent, il est vrai, bien à son léger (à l’aune de ceux que l’on peut rencontrer aujourd’hui dans le rugby moderne) gabarit (100 kg pour1m85).

Son entraîneur, Patrice Collazo, se risque à assumer qu’il voit en lui un futur joueur de l’équipe de France : "Kevin a connu des difficultés .Au départ il a eu du mal par rapport à l’exigence que j'attendais de lui. [...] .Depuis, il a bossé avec toujours ce petit brin d'insouciance qui lui va bien. [...] Je suis prêt à mettre un billet sur l'arrivée de Kevin dans le groupe France dans les mois qui viennent."

Le potentiel de ce joueur, et son âge (24 ans) qui laisse espérer une certaine marge de progression, plaident en faveur de cette éventualité. De plus, même si le poste de 3e ligne aile n’est pas le moins fourni, en France, en joueurs de qualité, son profil « joueur de ballon » pourrait être un atout, à l’heure de rendre plus dangereux offensivement, un XV du Coq qui pâtit légèrement de la palette assez restreinte des excellents défenseurs que sont Bernard Le Roux et Thierry Dusautoir. Ainsi, tout pourrait aller très vite pour Kévin Gourdon... très vite ? Peut-être pas autant que Mujinga Kambundji.

Mujinga KAMBUNDJI, la Suissesse aux jambes de feu et à la « tête en l’air »

L’athlète helvète, 4e sur 100m et 5e sur 200m aux Championnats d’Europe (qui se déroulaient à Zurich) est une sprinteuse d’avenir (22 ans). Ces deux performances s’avèrent aussi décevantes, car si proches de lui offrir une médaille, qu’encourageantes, car assorties de records personnels (en demi sur le 100 et en finale sur le 200) qui font également office de records nationaux !

De plus elles représentent également des rayons de soleil pour un athlétisme suisse, moribond, qui ne remporte qu’une seule breloque (en or, celle de Kariem Hussein, sur 400 m haies).

Le seul véritable regret  qu’elle peut épouser est celui d’avoir « oublié » le témoin, dès le départ, en finale du 4 x 100 m de ces mêmes CE. Pour le reste, un beau futur semble lui tendre les bras (sur le Vieux Continent, car elle reste encore très loin des meilleurs à l’échelle planétaire).

A tel point que l’on est en droit de se demander, si Mujinga n’aurait pas plus sa place au sein d’un des fameux « Top 10 des révélations de l’année » qu’entre les lignes de ce papier (le jury était incompétent... qu’y puis-je ? désolé). Ce à quoi ne peut plus prétendre Kirsten Wild.

Kirsten WILD, reine de la piste à qui un os, nommé Vos, barre la route

Récupérons notre vélo, précédemment laissé sur le bas-côté, pour nous pencher sur son cas. La cycliste hollandaise est, de la piste (sa spécialité, où elle excelle) à la route, une des figures de son sport depuis près d’une dizaine d’années.... pourtant, sur le bitume, à l’heure de s’adjuger les plus belles victoires dont elle pouvait rêver, elle a toujours buté sur Marianne Vos, elle aussi native des Pays-Bas, véritable ogre du cyclisme féminin sur la même période.

Cette saison encore, elle termine 4e au classement UCI (ce dernier étant remporté par... Vos), 5e de la « Coupe du Monde » et ne compte donc toujours aucune victoire dans ces révélateurs annuels de régularité que sa compatriote a remporté, respectivement, sept et cinq fois.

Très puissante, Wild pouvait contester le statut de favorite à sa grande rivale, à l’occasion de la ligne droite finale de la « Course By le Tour de France », sur le faux-plat montant des Champs- Élysées ... que nenni, au sprint (soit dans son propre domaine de prédilection), elle est encore battue par son insatiable adversaire. Tout un symbole. 

Plusieurs êtres vous manquent et tout est dépeuplé

Félicitations aux heureux élus... car dix candidats retenus, cela fait bien peu, tant les postulants étant nombreux. En effet, au-delà de toute plaisanterie, cette liste non-exhaustive a pour but de rappeler que si les sportifs de haut niveau accèdent à la notoriété par leurs incartades ou leurs exploits, leurs régressions spectaculaires ou leurs excellents résultats, la majorité de leur population se trouve entre les déceptions et les champions. En 2015, c’est pourtant vers l’un de ces deux pôles qu’ils devront tous tendre pour faire la Une des journaux, le premier étant plus facile à rejoindre... mais le second plus glorieux autant que, pour beaucoup, inaccessible.

Ces constats entraînent une question : « dans la vie, l’essentiel est-il de se démarquer ? » voire une contradiction... finalement, comme l’ensemble de leurs collègues et adversaires, les dix personnes évoquées ont bel et bien marqué le Sport durant l’année qui vient de s’écouler, car sans le ciel aucune étoile ne pourrait scintiller.

Simon Farvacque

* http://fr.wikipedia.org/wiki/All-NBA_Team

Autres sources :

http://www.francetvsport.fr/championnats-d-europe-de-natation/resultats/relais-4-x-100m-quatre-nages-hommes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Eder

http://www.eurosport.fr/biathlon/coupe-du-monde-4/standing.shtml

http://fr.wikipedia.org/wiki/Roberto_Bautista-Agut

http://www.football.fr/football/joueurs/detail-saison/2014/martin-braithwaite-39852.html

http://www.sports.fr/nba/classement-conferences.html

http://www.lequipe.fr/Tennis/wta-classement.html

Publié le 03/01/2015