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Coupe du monde de foot: Quand les chiffres se font l'avocat du rêve.



                En préambule, vous remarquerez que dénoncer les dommages collatéraux de l’hégémonie médiatique du football ne m’empêche pas de m’intéresser à ce dernier. D’ailleurs, ne parler fièrement que de curling ou de twirling bâton, dans le simple but de me crédibiliser à vos yeux en tant que spécialiste du Sport, tournerait au ridicule. Qui plus est, la discrimination positive, de manière générale et en l’occurrence envers les sports dits « mineurs », peut parfois à mon sens être bien plus néfaste que bénéfique. Enfin, se borner à ne pas évoquer le thème du fameux « ballon rond » traduirait plus une attirance inavouable de ma part envers lui, qu’une véritable conviction journalistique.
               
                    La prochaine coupe du monde de Football, qui se déroulera du 12 Juin au 13 Juillet prochain au Brésil, regroupe des enjeux diverses, que ce soit dans les domaines sportifs ou socio-économiques. Seulement je ne m’attarderai pas sur ces derniers, car ils sont bien trop importants pour être vulgarisés en quelques lignes.
Libre à vous de me trouver trop Candide, mais ma réflexion s’arrêtera aux abords du terrain. Elle s’aventurera à l’interface du rêve et de la réalité, cherchant à vous démontrer que les statistiques n’ont pas toujours vocation à défendre cette dernière.  

Aujourd’hui un grand nombre d'équipes nationales paraissent « favorites » du mondial aux yeux de leurs supporters respectifs.
L’Angleterre, berceau du football, ne cesse d’espérer renouer avec sa gloire passée. Depuis sa très controversée victoire de 1966 elle n’a pourtant plus jamais fait mieux qu’une demi-finale en 1990 (victoire finale de la RFA).
 L’Allemagne n’a d’ailleurs plus remporté le trophée depuis cette même année… soit depuis qu’elle est réunifiée. Lors des trois dernières éditions, la Mannschaft n’a pas quitté le podium mondial.  Alors, est-ce l’heure pour sa génération dorée (Lahm, Schweinsteiger…) _ soutenue par la suivante, toute aussi prometteuse (Reus, Kroos, Götze…)_ de remettre au gout du jour la fameuse citation de Gary Linaker* ?
Pour cela il faudrait mettre fin à l’hégémonie de l’équipe d’Espagne. Elle qui a enfin troqué depuis 2008 son costume de perdant magnifique contre celui de souverain tyrannique. Combien de temps les autres nations vont-elles encore se contenter des miettes laissées par l’ogre hispanique depuis 2008 (coupe des confédérations 2009 et 2013 revenant au Brésil) ?
Le Brésil justement, ne semble envisager que la victoire finale sur ses terres, tels les All Blacks lors de la coupe du monde de rugby 2011, ou encore les Springboks lors de l’édition 1995 de cette même compétition. Ces deux triomphes annoncés auraient eu un impact sociétal énorme en cas de non-réalisation, et se sont finalement accomplis dans des conditions douteuses. Mais ce n’est pas le débat ici. En dehors de cela, l’équipe brésilienne a prouvé l’an dernier (en venant à bout de l’Espagne 3-0 en finale de la coupe des confédérations) que son statut de favori était légitimé par son niveau de jeu et n’était pas seulement une vue de l’esprit née de la pression populaire.
Enfin, les nations qui portent en leur sein les deux joueurs qui se partagent les 6 derniers ballons d’Or (le Portugal et l’Argentine) peuvent naturellement se présenter comme ambitieuses.
Dans le même registre, peut-on raisonnablement écarter de la course une équipe italienne pourvue de talents aussi imprévisibles que géniaux (Verratti, Balotelli… l’inusable Pirlo). Que doit-on penser de la Côte d’Ivoire, dont les joueurs-cadres ne sont pas moins prestigieux (Drogba, Yaya Touré, Gervinho) ?
Où doit-on situer l’équipe de France dans cette valse géante où les prétendants semblent surgir de toute part? Comment doit-on interpréter son statut de 20e Nation au classement Fifa ?  
A mes yeux, si le mode de classement** peut porter à débat, il reflète globalement la place de la France au sein de la hiérarchie mondiale actuelle. Le dénouement heureux du barrage a certes créé une dynamique positive, mais il n’érige pas les Bleus au statut de favori.
Si je pense donc qu’il est nécessaire de relativiser l’ « exploit » réalisé face à l’Ukraine, il ne faut pas pour autant négliger le fait que les Ukrainiens étaient « tête de série ». A mes yeux, le statut d’outsider que cela conférait aux Français, certes paradoxal à la lecture des CV des joueurs des différentes équipes, était loin d’être illogique au vue de l’histoire récente.  
L’Ukraine restait tout de même sur 8 matchs sans défaites avant le « jour de gloire de Mamadou Sakho ». De plus, outre cette statistique à très court terme, les Ukrainiens, peuvent se targuer d’avoir vu l’un de leurs joueurs couronné d’un ballon d’Or durant le 3e millénaire (Chevchentko en 2004).
Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Un célèbre Francky peut en témoigner.
Remarquez, le dernier ballon d’or espagnol est un certain Luis Suarez (pas le cannibale Uruguayen attention !). C’était il y a plus d’un demi-siècle maintenant (1960) et pourtant le palmarès récent de la Roja peut légitimement faire des envieux.
Ainsi, si on a tendance à dire que les chiffres parlent d’eux même, on n’oublie trop souvent qu’ils soufrent d’un terrible manque de force de caractère et donc de mentionner à quel point ils sont influençables.
Cherchons-y alors des motifs d’espoir pour notre sélection tricolore.
Par exemple, le dernier pays à avoir remporté le titre de champion du monde sans s’être qualifié directement à l’issu de la phase éliminatoire est… la France en 1998.
Bon, je vous l’accorde, une qualification laborieuse acquise à l’issue des barrages est difficilement comparable avec une participation automatique au gré du statut d’hôte… mais faîtes preuve d’un soupçon d’utopisme que diable !
Notons enfin que le premier titre européen de l’équipe de France de Football (1984) mit 14 années à se concrétiser en couronnement mondial, matérialisé en 1998 par l’inoubliable sacre de Champion du Monde. Jusqu’ici, bien hélas, il n’y a aucune raison d’y voir un fabuleux présage estival en cette année 2014. Pourtant, en cherchant bien…
Pénalty raté par Raul en quart, main d’Abel Xavier en demi, égalisation de Wiltord et but en Or de Trézéguet en finale face à l’Italie, ça ne vous dit rien ? Eh oui, la France qui remporte l’Euro 2000.     Je vous laisse faire le calcul, et ne vous ferai pas l’affront d’être plus explicite.
Finalement, si les statistiques les brisent souvent par la froideur de la rationalité mathématique, elles peuvent parfois, au contraire, alimenter les rêves les plus fous.


*« Le football est un sport simple : 22 hommes poursuivent un ballon pendant 90 minutes et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent »
** http://fr.fifa.com/worldranking/procedureandschedule/menprocedure/index.html


Farvacque Simon
http://fr.fifa.com/worldranking/rankingtable/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ballon_d'or
http://www.eurosport.fr/football/equipes/ukraine/teamcalendar.shtml
Publié le 27/01/2014